‘Maestro di Monteoliveto’, « Crocifissione »

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Maestro di Monteoliveto’  (atelier de Niccolò da Siena ?)

Crocifissione (Crucifixion), date ?

Inscription : /

Tempéra sur panneau, 127 x 32 cm.

Provenance : ?

Sienne, Pinacoteca Nazionale.

L’auteur de cette Crucifixion, peut-être l’un des membres de l’atelier de Niccolò di Segna, demeure anonyme jusqu’ici. A l’examen, l’apparente modestie de l’œuvre révèle, en réalité, une étonnante petite machine à produire du sens.

Le format oblong et vertical du support est inhabituel, et l’on ne peut qu’admirer l’intelligence avec laquelle le peintre en exploite les possibilités. Jouant de la verticalité, il dispose les personnages en accentuant à l’extrême la distance qui sépare le Crucifié du petit groupe qui tend ses regards vers lui. Au pied de la croix, la Vierge (plus justement appelée Vergine addolorata en Italie), et saint Jean l’Evangéliste effectuent un mouvement marqué pour lever la tête afin de voir Jésus, dans un effort visible qui ajoute encore à l’humanité de leurs attitudes désolées.

L’obscurité, qui efface tout jusqu’à l’abstraction, et au sein de laquelle la scène elle-même peine à émerger, pourrait illustrer parfaitement les ténèbres observées lors d’une éclipse, événement prodigieux qui, selon Matthieu l’Evangeliste, aurait plongé la terre dans l’ombre « depuis la sixième jusqu’à la neuvième heure », alors que le Christ expirait sur la croix [1]. Dans cette ombre qui l’engloutit et réduit le réel à néant, le Christ, tout en haut, paraît s’éloigner. Inéluctablement seul au sommet de la croix, il semble aussi pris dans un étau, et c’est bien de l’extrême étroitesse du panneau que résulte cette sensation. Alors que le Christ est séparé, dorénavant, des autres protagonistes qui le scrutent depuis le sol, la hauteur démesurée de la croix à laquelle il est attaché vient renforcer encore un sentiment d’oppression déjà éprouvé, augmentant encore le caractère effroyable d’une scène que la nuit environnante ne parvient pas à effacer. Deux petits anges à peine visibles accompagnent l’agonie.

Tout en haut, comme on le voit souvent dans les Crucifixions, un pélican nourrissant ses petits symbolise le sacrifice du Christ pour le salut de l’humanité.

[1] « […] depuis la sixième heure, il y eut des ténèbres sur tout le pays, jusqu’à la neuvième heure. Et vers la neuvième heure, Jésus s’écria d’une voix forte : Eli, Eli, lama sabachthani ? c’est-à-dire : Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? » (Mt 27, 45-46).

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