Ambrogio Lorenzetti, Madonna col Bambino

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Ambrogio Lorenzetti (documenté entre 1319 et 1348)

Madonna col Bambino (Vierge à l’Enfant), date ?

Tempéra sur panneau, 100 x 58 cm.

Inscriptions : /

Provenance : cure de l’église de San Lorenzo à Serre di Rapolano.

Sienne, Pinacoteca Nazionale.

L’apparente sérénité de la Madone serrant son Fils dans les bras en l’enveloppant contraste avec la stupéfaction de l’Enfant aux gros yeux ronds, presque exorbités. Formant ensemble un volume compact, les deux silhouettes sont blotties l’une contre l’autre dans un jeu de lignes spiralées qui les enserre littéralement et traduit merveilleusement le sentiment de tendresse qui les réunit et qu’Ambrogio s’emploie ici à rendre absolument visible. Rarement, dans la peinture religieuse du Trecento, verrons-nous l’Enfant passer ainsi son petit bras derrière le cou de sa Mère et se raccrocher, comme il le fait, au pli du manteau qu’elle a rabattu sur sa tête. Le geste est d’une précision qui ne semble a priori guère réaliste pour un enfant de cet âge ; difficilement explicable, ce geste, pourtant, ne peut passer inaperçu tant il est souligné. Dans son autre main, l’Enfant maintien un oiseau qu’il a attrapé par l’aile et que vous voyons maintenant se débattre et tenter de se libérer de l’emprise de la main en le mordant à l’aide de son bec. Que vient faire ici cette scénette qui introduit du bruit et du désordre dans le silence immobile d’un instant d’intimité maternelle. C’est précisément l’incongruité de cette présence qui constitue l’embrayeur grâce auquel nous serons conduits à percevoir le sens profond de ce que nous avons sous les yeux. Et c’est une fois encore la grammaire de l’iconographie qui nous fournit la réponse. Cet oiseau, que nous avons déjà rencontré et que nous retrouverons dans ce même contexte, est un chardonneret [1], symbole de la Passion du Christ.[2] C’est donc là le sujet véritable, peint, en quelques sortes, « entre les lignes » sur le panneau, et sur lequel un fidèle du Moyen-âge pétri du pouvoir de la symbolique des signes pouvait élaborer sa propre méditation.

La Madonna col Bambino, dont le cadre est moderne, devait faire partie d’un ensemble plus vaste, sans doute un triptyque. [3]

[1] Le chardonneret symbolise le sacrifice du Christ lors de la Passion parce que les chardons épineux dont il se nourrit et dont il tire également son nom évoquent ceux de la Couronne d’épines. De la même manière, la tache rouge qu’il porte sur la tête doit être interprétée comme un rappel du sang versé par le Christ sur la Croix.

[2] Nous savons également que le geste du Christ serrant le voile de la Vierge dans la main, est une évocation de l’instant où, au Calvaire, Marie se dépossèdera de son propre voile pour cacher la nudité de son Fils.

[3] Voir catalogue de l’exposition Ambrogio Lorenzetti, Sienne, 22 octobre 2017 – 21 janvier 2°18, p. 334.