Duccio di Buoninsegna, « Apparition du Christ aux apôtres les portes étant closes »

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Duccio di Buoninsegna (Sienne, vers 1260 – vers 1318/19)

Apparizione di Cristo agli apostoli a porte chiuse (Apparition du Christ aux apôtres les portes étant closes)

Tempera et or sur panneau, 41,4 x 54,4 cm.

Sienne, Museo dell’Opera del Duomo.

Les apôtres [1], informés par leurs deux compagnons qui ont immédiatement regagné Jérusalem après avoir rencontré le Christ à Emmaüs, se sont réunis pour évoquer ensemble l’apparition. C’est le moment où le Christ leur apparaît une nouvelle fois, subitement, comme le précise le texte, sans qu’aucune porte n’ait dû être ouverte pour lui laisser le passage. De ce point de vue, la représentation que nous donne Duccio est d’une précision impeccable : les trois portes percées dans le mur du fond demeurent toutes hermétiquement closes. L’Évangile de Luc (Lc 24, 33-50) raconte la scène en des termes très précis : « Comme ils en [2] parlaient encore, lui-même fut présent au milieu d’eux, et leur dit : ‘La paix soit avec vous !’ Saisis de frayeur et de crainte, ils croyaient voir un esprit. Jésus leur dit : ‘Pourquoi êtes-vous bouleversés ? Et pourquoi ces pensées qui surgissent dans votre cœur ? Voyez mes mains et mes pieds : c’est bien moi ! Touchez-moi, regardez : un esprit n’a pas de chair ni d’os comme vous constatez que j’en ai.’ Après cette parole, il leur montra ses mains et ses pieds. »

A l’instar de la plupart des autres scènes peintes sur le revers du polyptyque, le décor de la pièce est vu frontalement, créant le sentiment que nous nous trouvons face à un décor de théâtre. L’impression est renforcée par la présence d’un plan horizontal qui s’achève net, à la verticale, près de la limite horizontale de l’œuvre. Ce plan, dont l’épaisseur est bien visible, crée une sorte d’estrade légèrement surélevée qui évoque fortement la scène d’un théâtre, au bord de laquelle se jouerait le drame.

La composition frontale, d’une grande simplicité, donne lieu à une lisibilité parfaite de l’ensemble. Au centre, Jésus vient d’apparaître et salut dans le même instant les apôtres, d’un signe de bénédiction. Les plis dorés de son vêtement disent une nouvelle fois l’état intermédiaire dans lequel il se trouve après la Résurrection ; les parties de son corps blessées par les clous de la Crucifixion sont apparentes, comme il se doit. Répartis en deux groupes équivalents de part et d’autre de la figure du Christ, les apôtres, manifestent tous les sentiments allant de l’étonnement à la frayeur qu’une pareille situation peut susciter.

Une fois encore, c’est le sens pratique qui l’emporte dans la vision que Duccio nous donne de l’événement : une panoplie d’auréoles est visible au-dessus de chacun des deux groupes d’apôtres. Deux d’entre eux en sont pourtant dépourvus, sans que rien ne laisse imaginer qu’ils puissent avoir aucunement démérité. Il y a fort à parier que c’est au moyen très pratique de cette omission que Duccio évite aux deux auréoles manquantes de venir cacher les visages des apôtres situés à l’arrière plan.

[1] Ils ne sont plus que dix : Judas n’est plus compté dans le nombre (il a, de surcroît, mis fin à ses jours quelques heures auparavant, après avoir pris la mesure de son forfait). Thomas, quant à lui, est absent, comme nous l’apprendrons dans la scène suivante où nous le verrons manifester son incrédulité devant la nouvelle apparition du Christ.

[2] Les apôtres parlaient encore de l’apparition survenue le jour même en présence des deux pèlerins.