Sano di Pietro, « San Bernardino in gloria »

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Sano di Pietro (Sienne, 1406 – 1481)

San Bernardino in gloria (Saint Bernardin en gloire), milieu du XVe s.

Huile sur bois, 283 x 100 cm.

Inscriptions

  • (sur le livre que tient Bernardin) : « QVE SVRSVM SV[N]T SAPITE NO[N] QUE SVP[ER] TERRAM » [1]
  • (sur le fond bleu, en lettres d’or, en haut : « MANIFESTAVI NOMEN TUUM HOMINIBVS » [2]
  • (sur le cadre, en bas) : « GLORIA SEN »
  • le monogramme du Christ « IHS » est visible sur le fond bleu, à la hauteur de la tête du saint et une seconde fois sur le cadre, en bas.

Provenance : Salle du Chapitre du Duomo, Sienne.

Sienne, Museo dell’Opera del Duomo.

Alors que nous regardons cette œuvre dans l’espace d’un musée, il nous faut songer que nous nous trouvons devant une image qui fut, en réalité, conçue comme un hommage rendu à Bernardino da Siena, et qui demeure le témoignage de l’intense dévotion des habitants de la ville en faveur de l’un de ses deux plus grands saints « locaux » qui venait, en 1450, d’être canonisé.

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L’espace vertical de la peinture est entièrement occupé par la figure en pied du saint au visage émacié. C’est à peine s’il a été possible d’y intégrer les deux anges merveilleusement délicats qui le soulèvent sans peine à l’aide d’un drap d’or, solution de goût typiquement médiéval (fig. 1), au-dessus du globe terrestre, dans l’apesanteur. [3]

Vêtu de la bure franciscaine fermée, à la ceinture, à l’aide de la corde aux trois nœuds propre aux religieux appartenant à cet ordre, Bernardino tient ouvert dans sa main gauche un livre où sont inscrites les paroles de l’évangile de Jean qui l’accompagnent fréquemment et qui semblent signer sa propre existence au service du Dieu qu’il révère. Le monogramme du Christ dont le soleil projette des rayons, symbole absolu de Bernardino, est présent à deux reprises, dans l’image et sur le cadre.

Pour cette fois, le fond d’or tant aimé à Sienne, fait place à un magnifique ciel d’azur venu tout droit de chez Simone Martini.

[1] « quæ sursum sunt sapite non quæ supra terram » : « pensez aux réalités d’en haut, non à celles de  la terre », Lettre de Saint Paul Apôtre aux Colossiens, chap. 3, verset 2.

[2] : « J’ai manifesté ton nom aux hommes [que tu as pris dans le monde pour me les donner. Ils étaient à toi, tu me les as donnés, et ils ont gardé ta parole.] » Mises dans la bouche du Christ évoquant Dieu-le-Père, par Jean l’Évangéliste (Jn 17, 6), ces paroles font partie du long discours prononcé lors de la dernière Cène, après avoir lavé les pieds des apôtres.

[3] Dans le contexte présent, le globe terrestre signifie la vanité de toutes choses ici-bas. Ce sont probablement quelques unes des villes dans lesquelles Bernardino s’est rendu sa vie durant qui sont figurées ici avec un grand souci du détail, et qui donnent le sentiment charmant qu’elles remplissent à elles seules l’univers terrestre, chacune enclose dans son propre espace sagement délimité, sorte de pré carré dont les frontières ne seraient pas protégées par une forteresse mais par une sorte de grande haie de verdure.