‘Il Pintoricchio’, « Enea Silvio Piccolomini parte per il concilio di Basilea »

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Bernardino di Betto, dit ‘Il Pintoricchio’ (Perugia, vers 1452 – Siena, 1513)

Enea Silvio parte per il concilio di Basilea (Enea Silvio part pour le concile de Bâle)

Fresque

Inscriptions (dans un cartel, sous la fresque) : « AENEAS SILVIVS PICCOLOMINEVS NATVS EST PATRE SILVIO MATRE VICTORIA XVIII. OCTOB. ANN. MCCC.V. CORSIANI IN FVNDIS GENTILIIS BASILEAM AD CONCILIUM CONTENDENS VI TEMPESTATIS IN LYBIAM PROPELLITVR » [1]

Sienne, Duomo, Libreria Piccolomini.

À l’instar de celui qui figure au bas de chacune des autres scènes de ce cycle, le long titre inscrit sous la fresque explicite ce que celle-ci représente. Bien que le texte en soit assez long, il ne dit pas tout : il ne mentionne pas, notamment, le somptueux convoi constitué de prélats, de notables, de cavaliers, de pages et de hallebardiers qui accompagne, comme s’il s’agissait du cortège des rois mages que l’on peut voir chez Bartolo di Fredi ou Benozzo Gozzoli, le jeune homme à cheval, en route pour Bâle où doit se dérouler un concile important sur lequel nous reviendrons.

Dans sa Vita de Pio II, Giovanni Antonio Campano ne fait aucune référence à ce convoi mais précise : « Ennuyé par les affaires domestiques et désireux de conquérir la gloire, il se rendit à Bâle, cité des Helvètes, lieu dans lequel devait se tenir le Concile, déjà convoqué de longue date, contre le pape Eugène. Parce que le voyage était tortueux, et très difficile en raison de la guerre déclenchée avec les voisins Florentins, et déterminé pour cela à voyager le long des côtes ligures, appareillant à Populonia, il dut faire face à une tempête. Emporté par la force des vents vers la Corse et la Sardaigne, il fut poussé jusque sur les côtes de la Lybie. »

De son côté, dans ses Commentarii, Pie II nous donne sa propre version de la situation ; il raconte que les membres du groupe dont il faisait partie, en provenance de l’Ile d’Elbe, « étaient en route vers Gênes lorsqu’il firent face à une furieuse bourrasque qui les emporta en vue des côtes lybiennes ; la peur était grande parmi les marins de finir dans l’un des ports des barbares. Mais, chose admirable à raconter et peut-être difficile à croire pour l’auditeur, en un seul jour et une seule nuit, après avoir levé l’ancre sur les côtes de l’Italie, et être parvenus entre l’Elbe et la Corse, ces derniers furent poussés jusque sur les côtes d’Afrique, et au-delà, et puis, avec le changement de direction des vents, furent repoussés vers la Corse et la Sardaigne, et de là, s’abandonnant à la force des flots plus que navigant, il s’approchèrent à nouveau de l’Italie et accostèrent à Portovenere. Alors, se procurant un trirème ]3], ils rejoignirent Gênes au cours d’une navigation heureuse, et de là, par voie de terre, Milan, où ils virent le grand et fameux duc Filippo Maria [Visconti]. Après un bref séjour, ils repartirent et, traversant les monts du Saint-Gothard couverts de neiges épaisses et de glaciers escarpés et d’une hauteur telle que l’on pouvait quasiment toucher le ciel, ils parvinrent enfin à Bâle. »

Longtemps après, Pio se souviendra de cette scène épique survenue sur la route du concile de Bâle (faire note) et la racontera, notamment, dans une lettre à un ami comme la première forte fortuna (extraordinaire chance) qui marqua le début d’une épopée personnelle. Ce qui fait dire à Marilena Caciorgna et Roberto Guerrini [4] que, face à la fresque, « on assiste, en substance, à la naissance d’un héros. »

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1

Le paysage (fig. 1) raconte la tempête à laquelle a échappé, en mer, notre héros, et la suite du voyage demeurant à effectuer par terre, à gravir des sommets périlleux qu’annoncent, au-delà de la ville de Gênes, vue ici à flanc de colline, les hauts massifs alpins que l’on devine à l’horizon vers lesquels se dirige le cortège, s’éloignant de la tempête encore visible à gauche du paysage. L’instant exact du voyage semble être salué par un arc-en-ciel évoquant à sa manière le calme reparu … après la tempête.

Celle-ci constitue une sorte de tour de force de la part du Pintoricchio, tant est rare, dans la peinture du XVe siècle, la représentation de ce type d’événement, imposé ici par les exigences d’une narration dont il est l’apparente raison d’être. Partant d’une observation effective et attentive du phénomène, Pinturicchio peint un énorme nuage noir dont s’échappe les traînées verticales de la pluie, formant un rideau immatériel tel que l’on peut en voir au cours des orages observés dans les lointains. Les éclairs de la foudre n’ont pas été omis afin de conférer à cette tempête sur la mer le caractère épouvantable qu’elle se devait de donner à voir.

[1] « Enea Silvio Piccolomini, fils de Silvio et Victoria, né le 18 octobre 1405 dans les possessions familiales de Corsignano. Partant en voyage vers le lieu du Concile de Bâle, il fut surpris par une violente tempête aux environs de la Lybie. »

[2] Même le lévrier, place bien en vue au premier plan, semble tout droit sorti d’un cortège accompagnant les rois mages.

[3] Trirème : Galère des anciens à trois rangs de rames (Littré).

[4] In LORENZONI 2008, « Biografia e tradizione classica nella Libreria Piccolomini », p. 154.