‘Il Pintoricchio’, « Enea Silvio, vescovo di Siena, presenta all’imperatore la futura sposa »

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Bernardino di Betto, dit ‘Il Pintoricchio’ (Perugia, vers 1452 – Siena, 1513)

Enea Silvio, vescovo di Siena, presenta all’imperatore la futura sposa (Enea Silvio, évêque de Sienne, présente à l’Empereur Frédéric III son épouse)

Fresque

Inscriptions : « AENEAS FEDERICO. III. IMP. LEONORAM SPONSAM EXHIBET ET PUELLAE LAUDIS AC REGUM LUSITANORUM COMPLECTITUR. » [1]

Sienne, Duomo, Libreria Piccolomini.

Dans son Historia rerum Friderici tertii imperatoris, l’évêque Enea, qui avait été chargé d’accompagner jusqu’à Sienne la jeune femme arrivée par mer en Italie venant du Portugal, décrit la future imperatrice ainsi : « une jeune femme de taille moyenne, de seize ans, le front ouvert, les yeux très noirs et lumineux, la bouche petite, les joues gracieusement enflammées, le cou blanc comme neige, le visage splendide dans chacune de ses parties, et dans lequel on ne voyait aucun défaut. »

C’est cette belle jeune fille, Éléonore d’Aragon, infante du Portugal, que l’évêque est chargé de présenter officiellement à son royal époux lors d’une cérémonie organisée dans le grand espace ouvert que constitue alors le pré situé devant la porte Camollia (celui-ci accueillait, à Sienne, les voyageurs en provenance de Florence). L’ecclésiastique et homme de loi allemand Henrich Leubing fut chargé de prendre la parole au nom de l’empereur et ce fut l’évêque Enea qui, à nouveau, parla, cette fois-ci, au nom de la princesse Eléonore.

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‘Il Pintoricchio’,  Enea Silvio, vescovo di Siena, presenta Eleonora d’Aragona all’imperatore Federico III, détail montrant le paysage et la ville de Sienne.

De même que l’on reconnaît parfaitement le lieu de l’action [2], on sait avec certitude qui sont les principaux protagonistes présents au centre de l’image : l’évêque Enea présente les deux époux l’un à l’autre selon une mise en scène qui n’est pas sans évoquer de manière frappante une représentation du Mariage de la Vierge. Sont présents, à gauche de l’empereur, son frère Albert, duc d’Autriche, vu de dos, portant un large chapeau de laine de couleur rose, ainsi qu’Heinrich Leubing, la main sur la hanche et portant une longue barbe blanche. Dans le cortège d’Éléonore, sont identifiables Andrea di Nanni Piccolomini, frère du commanditaire de la librairie où nous nous trouvons (et donc neveu d’Enea). Portant une cape noire sur une veste marron, il est accompagné de sa femme Agnese di Gabriel Francesco Farnese dans une élégante tenue noire. A l’arrière, se tient Alberto Arringhieri, portant un manteau noir frappé de la croix des chevaliers de Rhodes.

Il semble que l’auteur de la composition soit le jeune Raphaël, si l’on en juge par un dessin, daté de 1502-1503, aujourd’hui conservé à New-York dans la collection de la Pierpont Morgan Library. C’est ce même dessin que le jeune peintre réutilisera, en le réinterprétant, dans son Mariage de la Vierge de 1504 (fig. 2), selon toute vraisemblance en ayant aussi connaissance de la version peinte avant lui par le Pérugin sur le même thème (fig. 3) puisqu’il réalise l’œuvre, avant de quitter Pérouse et alors qu’il est encore dans l’atelier de celui-ci.

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Raffaello Sanzio, “Sposalizio della Vergine”, 1504. Huile sur panneau, 170 x 117 cm. Milano, Pinacoteca di Brera (signé « Raphael Vrbinas » et daté « MDIIII »).
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Pietro Perugino, “Mariage de la Vierge“, 1501-1504. Caen, Musée des Beaux-Arts.

[1] « Enea présente à l’empereur Frédéric III son épouse Éléonore et célèbre les vertus de la jeune femme et des rois d’Aragon. »

[2] Dans le paysage qui sert de fond à la cérémonie, on distingue au loin la ville de Sienne, que l’on reconnaît y compris dans son organisation spatiale : la haute tour de l’antiporto de la porte Camollia devant laquelle s’étend le pré où se déroule la cérémonie ; sur sa gauche, la tour du Mangia du Palazzo Pubblico, entourée d’autres qui n’existent plus, et à droite, la coupole, le “facciatone” et le campanile de la Cathédrale qui paraît avoir été peinte hier. Bien visible à l’arrière des personnages du premier plan, dans l’axe de symétrie, est également représenté le monument commémoratif appelé colonne du Portugal qui sera érigé un mois après la rencontre et qui existe encore à l’endroit où s’est déroulée la scène.