‘Il Pintoricchio’, « Pio II indice la spedizione contro i turchi, ormai prossimo alla morte »

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Bernardino di Betto, dit ‘Il Pintoricchio’ (Perugia, vers 1452 – Siena, 1513)

Pie II, alors proche de sa mort, déclenche l’expédition contre les turcs 

Fresque

Inscriptions : « PIUM CUM ANCON. EXPEDITIONE IN TURCOS ACCELERARET EX FEBRE INTERIIT CUIUS ANIMAM HEREMITA CAMALDULEM. IN COELUM EFFERRI VIDIT CORPUS VERO PATRUM DECRETO IN URBEM REPORTATUM EST » [1]

Sienne, Duomo, Libreria Piccolomini.

C’est donc à Ancône, comme le rappelle l’inscription, que mourut Pie II, alors qu’il tentait d’accélérer le départ de l’expédition contre les ottomans qui fut le dernier grand combat de sa vie. Et c’est donc bien le paysage d’Ancône, assez reconnaissable par son profil particulier du fait de la présence de la Cathédrale de saint Cyriaque [2], qui existe toujours [3], construite au sommet d’une colline très pentue, sur laquelle, aujourd’hui encore, s’accroche la vieille ville (et qui n’est pas sans évoquer une autre ville, elle aussi arrimée sur une colline, Gênes, que nous avons eu l’occasion de rencontrer dans la première fresque du cycle).

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1

Désormais, Pie II est atteint par une fièvre qui ne le quitte plus. Ce n’est pourtant pas la raison pour laquelle il se déplace sur la sedia gestatoria, sorte de trône sur lequel le pape était porté afin d’être plus facilement vu des fidèles. Au contraire, cette sorte de moyen de déplacement très spécifique, porté par six solides gaillards, signale à l’attention du public la dignité du souverain pontife, et contribue à mettre en valeur la puissance de Pie II que l’on voit ici donner des ordres en les accompagnant d’un mouvement de l’index qui marque son autorité (fig. 1), et pourvoit ainsi à une bonne organisation en vue du prochain départ de la flotte. [4]

Devant lui, s’est agenouillé le Doge de Venise, Cristoforo Moro, dont la flotte est au mouillage dans le port d’Ancône, ainsi qu’un dignitaire vêtu à la mode orientale. Selon une tradition ancienne, celui-ci serait Hassan Zaccaria, prince de Samos, que l’on voit également à genoux. Debout derrière lui, Cem, fils du sultan retenu en otage à Rome, tandis que sur la gauche, vêtu de bleu et portant une longue barbe rousse, il nous faut identifier Thomas Paléologue, despote de Morée alors évincé de son trône. Tout autour du pontife, se déploie une petite foule de personnages qui, du dignitaire au page, occupe tout l’espace du premier plan. Au lointain, le paysage marin est immobile. Une étrange lumière évoque un soleil couchant dans une ambiance nostalgique dont le vol descendant du couple d’oiseau qui traverse le champ de l’image semble annoncer la fin proche et inéluctable du héros que nous avons accompagné tout au long de l’histoire racontée sur les hautes parois de la librairie. Construit par ses héritiers pour honorer Pie II et participer à la construction d’un mythe, le lieu constitue, finalement, un mausolée à sa mémoire.

L’inscription évoque le déclenchement glorieux de l’expédition contre les turcs ottomans. La réalité se révèle différente : mort alors qu’il attendait des renforts qui ne vinrent pas, ceux des princes qui avaient entendu son appel plièrent aussitôt bagages et rejoignirent leurs ports d’attache.

[1] « Pie II, tandis qu’il sollicitait à Ancône l’expédition contre les turcs, mourut cueilli par la fièvre. Un ermite camaldule vit son âme soulevée dans les cieux, tandis que son corps, par décision des cardinaux, fut rapporté à Rome. » On ne relèvera la référence à la pieuse légende du moine camaldule que pour signaler qu’elle n’est pas faite pour nuire à l’image du souverain pontife.

[2] Dédiée à Cyriaque de Rome (mort vers 303-306 : diacre, saint auxiliaire, ainsi que sont qualifiés quelques saints, tels Christophe, du fait qu’ils sont parfois considérés comme des soutiens dans le malheur ou les difficultés).

[3] Il faut avouer ici que Pinturicchio représente la Cathédrale sous un aspect bien différent de la réalité, la gratifiant d’un style renaissant purement imaginaire, en la privant de sa coupole byzantine si caractéristique ainsi que de toute trace de son caractère gothique, tout en la dotant cependant d’un haut clocher qu’on ne lui a jamais vu.

[4] On notera, parmi les navires à quai, la présence d’un trirème, ce même bateau sur lequel embarqua Enea lors de sa folle course dans la tempête que nous avons observée dans la première fresque du cycle.