Luca Signorelli, « Benedetto rimprovera di violato digiuno lo fratello di Valeriano monaco »

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Luca Signorelli (Cortone, vers 1450 – 1523)

Benedetto rimprovera di violato digiuno lo fratello di Valeriano monaco (Benoît réprimande le frère du moine Valérien pour le jeûne non respecté), 1505-1508.

Fresque

Inscription (sous la fresque) :

  • « COME BENEDETTO RIMPROVERA DI VIOLATO DIGIVNO LO FRATELLO DI VALERIANO MONACO » [1] 

Provenance : In situ

Chiusure (Asciano), Abbazia di Monte Oliveto Maggiore, Cloître principal.

Dans toutes les scènes représentées sur les parois du cloître, ainsi que l’indiquent avec insistance chacune des inscriptions lisibles sous les fresques, c’est davantage la façon dont Benoît conduit une action, que la nature de l’action elle-même qui est représentée. D’où la nécessité de faire figurer un ou plusieurs épisodes secondaires visant à expliciter le rôle du Saint.

Dans le cas présent, la chronologie des faits est un peu particulière puisqu’il s’agit de donner à voir, non pas tant la faute commise que la réaction de Benoît qui en est la conséquence.

Le nom du jeune homme, frère du moine Valeriano, est donné dans le Dialogue : il s’appelle Valentiniano et deviendra le premier abbé du Latran, ainsi que l’un des informateurs de Grégoire le Grand. Valentiniano avait l’habitude de se rendre en pèlerinage à l’Abbaye de Montecassino tous les ans et faisait pénitence en chemin en ne prenant aucune nourriture. Mais cette fois-ci, tandis qu’il est en route, il rencontre un étrange compagnon …

Pour suivre les différents moments de l’épisode, il faut d’abord tourner son regard vers la droite, puis revenir en arrière vers la gauche. C’est ainsi que l’on voir Valentiniano, cheminant d’un bon pas vers sa destination, être accosté par un voyageur dépenaillé portant un baluchon. Sa tenue est suspecte, d’autant que sa coiffe bleue est pourvue de deux cornes : c’est le diable en personne. Poursuivant leur chemin après avoir contourné l’énorme rocher qui cache le lointain et divise l’espace dédié à la narration, les deux voyageurs parviennent à l’arrière plan, au pied d’une montagne où ils se sont arrêtés pour s’asseoir auprès d’une source. Le personnage cornu découpe une tranche de pain dans une miche, tandis que le frère de Valentiniano s’abreuve. Il va de soi qu’il a déjà cédé à la tentation et rompu le jeûne sur les conseil maléfiques qui lui ont été prodigués.

Revenu au premier plan, Valeriano est aussi parvenu à destination. Benoît qui « par l’esprit, voit toutes choses absentes » réprimande le jeune homme qui s’est présenté devant lui à genoux.

[1] « Comment Benoît réprimande le frère du moine Valérien pour le jeûne non respecté ». L’épisode est relaté dans le Livre II des Dialogues, chapitre 15 :

« Le moine Valentinien dont j’ai parlé plus haut, avait un frère qui était laïc mais religieux de cœur, lequel, pour recevoir la prière de bénédiction du serviteur de Dieu et pour voir son frère, avait l’habitude de venir tous les ans de chez lui au Prieuré en restant à jeun. Or, un beau jour qu’il faisait route vers le monastère, un autre marcheur qui avait des provisions de route se joignit à lui. Comme l’heure avançait et qu’il était déjà assez tard, l’autre lui dit : ‘Viens, frère, prenons quelque nourriture afin de ne pas tomber de fatigue sur la route.’ Il lui répondit : ‘Loin de moi, frère ! Je ne le peux pas car j’ai pris l’habitude d’arriver toujours à jeun chez le vénérable Père Benoît.’ A ces mots, son compagnon de route se tut pendant un certain temps.

Mais ensuite, comme ils avaient encore fait un bout de chemin, il l’invita de nouveau à manger. Il ne le voulut pas puisqu’il avait résolu de venir à jeun. Alors celui qui l’avait invité à manger se tut à nouveau et il consentit à marcher encore un peu avec lui en restant à jeun. Mais comme la route s’allongeait et que l’heure, plus tardive aussi, fatiguait nos marcheurs, ils découvrirent le long de la route, un pré, une source et tout ce qui pouvait leur paraître le plus agréable pour se refaire le corps. Son compagnon lui dit alors : ‘Voilà de l’eau, voilà un champ ! Quel bon coin pour se restaurer et se reposer un peu afin d’arriver au bout de notre route en pleine forme !’ Ces paroles lui chatouillaient agréablement l’oreille et l’endroit avait le don de plaire à ses yeux ; alors, désarmé par cette troisième invitation, il donna son accord et il mangea.

C’est donc à une heure vespérale qu’il parvint au Prieuré, et ayant été présenté au Vénérable Père Benoît, il lui demanda une prière de bénédiction. Mais aussitôt, le saint homme lui reprocha ce qu’il avait fait en chemin : ‘Quoi donc, frère, lui dit-il, l’ennemi malin qui s’exprimait par la bouche de ton compagnon de route n’a pas pu te persuader une première fois, ni une seconde, mais il t’a convaincu au bout de la troisième et il t’a dominé en t’amenant à faire ce qu’il voulait.’ Alors celui-ci, reconnaissant la faiblesse coupable de son esprit, se jeta à ses pieds, se mettant à pleurer et à rougir de sa faute, et cela d’autant plus qu’il se rendait bien compte que, même en l’absence du Père Benoît, c’est vraiment sous ses yeux qu’il avait fauté. »

D’après http://www.abbayes.fr/lectio/Vie_Benoit/Introduction.htmn, consulté le 7 février 2020, et CAVALCA, Domenico, Volgarizzamento del Dialogo di San Gregorioreproduit dans CARLO, Enzo, Le storie di San Benedetto a Monte Oliveto Maggiore. Cinisello Balsamo (Milano), 1980, pp. 161-180.