Chompagno di Simone Martini, « Madonna col Bambino e due Angeli »

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Chompagno [1] di Simone Martini (Assistant de Simone Martini) 

Madonna col Bambino e due Angeli (Vierge à l’Enfant et deux anges)

Tempéra sur bois, 34,5 x 16,5 cm.

Provenance : Capella delle Carceri (Montalcino).

Montalcino, Museo Civico e Diocesano di Arte Sacra.

La Vierge Marie portant son Fils sur les genoux et entourée de deux anges n’est pas assise sur un trône, comme on s’y attendrait. Elle est assise sur un monument qui contribue à évoquer ce que toute la scène s’efforce de signifier : comme dans toutes les Vierges à l’Enfant du XIVe s., le vrai sujet de l’œuvre se cache derrière des apparences trompeuses, car c’est bien la Passion du Christ qui doit servir de méditation au fidèle destiné à se placer à genoux devant l’œuvre. Une fois encore, le petit format de celle-ci renvoie à une commande privée. C’est donc dans un cadre intime que le destinataire de l’œuvre a pu la contempler et, grâce à elle, élever sa pensée vers le Drame vécu par Celui dont les Textes disent qu’il est venu pour racheter l’humanité.

[1] Le mot italien « chompagno » désigne très précisément les membres d’un groupe composé de membres eux-même élèves, assistants et seconds du maître qui constituait à son tour la personnalité artistique de référence et qui déterminait les grandes lignes du travail à accomplir. Le texte du Breve dell’arte de’ pittori sennes dell’annno 1355 constitue un témoignage important sur le fonctionnement du laboratoire qu’était l’atelier à l’époque médiévale tardive. Celui-ci n’était pas seulement le lieu physique où était quotidiennement réalisé le travail mais « une véritable unité économique basée sur une hiérarchie pyramidale » au sommet de laquelle se trouvait « le ‘maître’, qui pouvait] être flanqué d’un ou plusieurs ‘chompagni’, entendus comme étant des parents ou des conjoints ; à leurs côtés, se [distinguaient] les ‘disciples’ [(ou élèves)] et les travailleurs à l’année, au mois ou à la journée, ou sur une tâche donnée ou encore d’éventuels collaborateurs temporaires extérieurs. Au sein de ce ‘staff’ pouvaient se créer diverses spécialisations individuelles ou tâches techniques spécifiques (celui qui broie les couleurs, qui prépare les panneaux à l’enduit [gesso] ou la toile, qui s’occupe des dorures, …). Dans une situation de ce type, le concept même de signature devient relatif au sens :moderne de l’autographie, et se transforme plutôt en une marque de fabrique, en une garantie de qualité de la part du chef d’atelier même lorsque l’oeuvre a été exécutée à plusieurs mains et non seulement par lui. Comme l’attesté Ghiberti dans les Commentarii et  comme le confirme Vasari [dans les Vite], Simone Martini travaillait en contact étroit avec son beau-frère Lippo Memmi. Si Lippo était déjà responsable administratif de ‘l’atelier des Memmi’, fondé par Memmo di Filipuccio, à un certain moment, son style parvient à un niveau si élevé qu’il se confond avec celui de Simone, comme c’est le cas dans l’Annonciation aujourd’hui aux Offices, qui n’est pas signée des deux noms par hasard ». « Simone Martini e ‘compagnie’, in Laura MARTINI (sous la direction de), Castiglione d’Orcia. Sala d’Arte San Giovanni. Silvana Editoriale, Milano, 2007, pp. 18-19.