Pietro di Domenico, « Adorazione dei pastori con i Santi Paolo e Galgano »

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Pietro di Domenico (Sienne 1457 – 1502)

Adorazione dei pastori con i Santi Paolo e Galgano (Adoration des bergers et les saints Paul et Galgan), signée.

Tempéra sur panneaux, 174 x 136,5 m. (avec son cadre original).

Inscriptions (signature, bas du cadre, au centre) : « OPU[S] PETRI DOMINI[CI] DE [SE]NIS M … »

Provenance : ?

Sienne, Pinacoteca Nazionale.

Au sommet de cette Adoration des Bergers, une fois n’est pas coutume, c’est la figure de l’Éternel bénissant qui apparaît à l’emplacement généralement dévolu à l’étoile qui a guidé les bergers jusqu’à leur destination. Ces derniers semblent d’ailleurs quelque peu relégués en arrière du fait de la présence anachronique, au premier plan, des saints Paul et Galgano, tous les deux identifiables à leur épée, celle de Paul (fig. 1) maintenue entre les bras du saint en prière, celle de Galgano, miraculeusement enfoncée dans une petite saillie rocheuse très opportunément présente à proximité de la couche de l’Enfant Jésus (fig. 2).

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1

On ne peut qu’être frappé par la beauté de la figure de Paul, abîmé dans un recueillement dont l’intensité n’a d’égale que l’évidence de la sincérité, et par ce visage du saint, empreint d’une humanité si humble et si attachante à la fois. Derrière lui, l’un des bergers est également criant de vérité. Portant encore en bandoulière une sorte de gourde qu’il n’a pas pris le temps de déposer, il semble être à peine parvenu devant le Sauveur dont il a depuis peu appris la naissance, et qu’il observe maintenant avec une attention où se lit un véritable respect non exempt, cependant, d’une touche d’incrédulité, comme si celle-ci était liée au caractère absolument inouï du spectacle qui s’offre à lui. Une forme d’incrédulité qui ne tardera pas à s’évanouir une fois passés les premiers instants de stupéfaction.

A l’opposé, un second berger entre en scène, portant sur les épaules un agneau, comme pourrait le faire n’importe quel berger. Ce n’est pourtant pas n’importe quel berger que nous regardons mais un de ceux à la rencontre de qui un ange est venu récemment porter la Bonne Nouvelle. Aussi cet agneau résonne-t-il ici comme l’écho de Celui qui sera reconnu et désigné comme tel par Jean Baptiste quand il verra s’avancer le Christ sur la rive du Jourdain.

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2

Au centre de l’œuvre (fig. 3), ce n’est pas la figure jolie et lisse de la Vierge en prière devant le Fils qu’elle a mis au monde qui attire le regard, pas plus que celle, bien que inattendue ici, de Galgano, elle aussi un peu trop convenue. C’est Joseph qui sollicite toute l’attention, tant son attitude trahit le malaise dans lequel il se trouve et attire ce faisant l’irrésistible sympathie de qui le regarde.

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3

La tête posée sur la main, perdu dans ses réflexions, on le dirait presque au bord des larmes. C’est qu’il n’a pas encore eu la visite de l’ange qui, en même temps qu’il l’invitera à fuir le massacre de tous les enfants en bas âge ordonné par Hérode, lui confirmera à la fois la nature divine de l’enfant et la parfaite innocence de l’épouse qu’il a renoncé à livrer aux grands-prêtres en raison d’un adultère qui était, et demeure à ses yeux, une hypothèse possible.

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4

Reste l’Enfant. Allongé sur la paille, à même le sol, un linge ramassé derrière les épaules (fig. 4) pour soulever le haut de son corps dans une position plus confortable, cet Enfant nous regarde. Comme pour souligner l’instance de ce regard, il esquisse un geste de désignation qui semble dire : c’est bien toi que je regarde. Avec une insistance qui ne cessera pas puisqu’il s’agit d’une image, le regard interrogateur posé sur nous par ce nouveau-né au visage triste, que peut-il signifier sinon que nous sommes pris à témoin ?

A l’arrière-plan, dans le paysage, on peut voir non pas l’arrivée prochaine du cortège des rois mages qui ne surprendrait pas dans une Adoration des bergers, mais un couple en route par les grands chemins. Guidée par l’homme, une mule porte la femme qui, elle-même tient dans ses bras un enfant. Ce couple et cet enfant, c’est évidemment la Sainte Famille qui, déjà, fuit la persécution en se dirigeant vers l’Égypte.