Vincenzo Tamagni, « Assunzione della Vergine con i Santi Sebastiano, Tommaso e Rocco »

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Vincenzo Tamagni (San Gimignano, 1492 – 1530)

Assomption de la Vierge avec les saints Sébastien, Thomas et Roch, 1527.

Huile sur bois, 275 x 160 cm.

Inscriptions (dans un listel du tombeau de la Vierge ?) : « VINCENTIUS SCTI GIMINIANI HOC OPUS FACIEBAT M. D. XXVII »

Provenance : In situ

Montalcino, Santuario della Madonna del Soccorso.

Le transept droit de l’église, où se trouve l’œuvre de Tamagni, ne bénéficie en temps normal d’aucun éclairage naturel, et il est encore plus sombre que la nef … Cependant, si l’on souhaite l’observer l’œuvre, ce qui est conseillé, il est possible – il est indispensable ! – d’activer l’éclairage prévu à cet effet grâce à une pièce de 0,50€ (en 2018).

L’œuvre, signée et datée a d’abord été installée, à l’origine, dans l’oratoire de la ville dédié à San Rocco (Saint Roch). Après la destruction de ce bâtiment en 1553 (vérifier dans l’église), peu de temps après la défaite finale de Montalcino dans la guerre qui a opposé Florence et les impériaux à la République de Sienne, le retable a été déplacé dans l’église où il se trouve encore aujourd’hui. Brogi [1], dans l’inventaire des objets d’art de la région qu’il a rédigé au milieu du XIXe s., en a donné une description très précise : « Sur le second autel – l’Assomption de la Vierge Marie, laquelle est assise dans la gloire à l’intérieur d’une mandorle [2] de séraphins. Huit anges volètent autour. Dans la partie inférieure, près du tombeau, sont agenouillés Saint Roch, à droite, Saint Sébastien, à gauche, et au centre, en arrière du tombeau, Saint Jacques (sic !) qui reçoit la ceinture. Sur l’urne sépulcrale est représentée une Pietà, vue en demi-figure de petite taille au centre d’une forme circulaire. Dans un listel, on peut lire l’inscription ‘VINCENTIUS SCTI GIMINIANI HOC OPUS FACIEBAT M. D. XXVII’. Tableau semi circulaire dans sa partie supérieure, peint à l’huile avec des figures un peu plus petites que la taille réelle, haute de 2,75, large de 1,60 mètre – Vincenzo Tamagni 1527. En médiocre état de conservation : bien qu’il ait été restauré, il menace à nouveau de se fissurer à plusieurs endroits. Les dommages qui menacent ce tableau réclament toute l’attention des autorités en charge de la conservation ». Excepté l’erreur qui conduit l’auteur à confondre les apôtres Thomas et Jacques, la description se révèle assez précise. On peut aussi observer le beau paysage de la Val d’Elsa et au lointain à gauche, la silhouette de la ville de San Gimigniano, patrie du peintre.

L’œuvre a été peinte aussitôt après le retour de Tamagni de Rome que celui-ci quitta avant le sac de la Ville (1527). Un an plus tôt, Tamagni peignait pour un commanditaire privé le Spozalizio (Mariage de la Vierge) conservé aujourd’hui au Palazzo Barberini, peint dans un style souple et sophistiqué dont l’Assomption de Montalcino semble avoir oublié toute trace.

L’œuvre est importante dans la production de l’artiste du fait qu’étant datée et signée, elle permet de reconstruire les différentes étapes chronologiques de la carrière du peintre de San Gimigniano.

Une tradition tenace veut que le personnage de San Rocco, agenouillé à droite de la tombe vide de la Vierge, soit un autoportrait de Tamagni (la même hypothèse insistante vaut également pour le San Rocco du Museo d’Arte Sacra de San Gimigniano …). L’attitude du Saint a été soigneusement étudiée par l’artiste dans deux dessins actuellement conservés au Musée du Louvre (fig. photo) et identifiés par Philip Pouncey [3]. Dans chacun de ces deux dessins, malgré quelques variantes observables, la pose du saint est déjà fermement établie et correspond en tous points à celle du panneau de Montalcino : le Saint est revêtu de l’habit de pèlerin qui le caractérise, son chapeau posé à ses pieds comme s’il venait de faire halte pour s’agenouiller devant la tombe et devenir ainsi l’un des témoins de la scène. Dans sa main droite, il tient fermement son bâton, second attribut du pèlerin tandis que de sa main droite, il soulève le pan de sa veste pour montrer le bubon de peste qu’il porte sur le haut de la cuisse et qui constitue l’attribut iconographique principal et par lequel il est habituellement identifié.

Comme dans la plupart des Assomptions toscanes, Saint Thomas est vu alors qu’il reçoit du ciel la ceinture [4] que la Vierge vient de lui lancer pour le convaincre de la réalité de ce qu’il voit, et lui en laisser un témoignage.

Noter la représentation inhabituelle du Saint Sébastien : le jeune homme, lui aussi agenouillé, est couvert d’un manteau qui cache la nudité d’un corps où nulle trace de blessure n’apparaît ; il porte la palme du martyre.

La dernière restauration de l’œuvre date de 2015 [5]. Elle a permis, notamment, d’éliminer le noircissement de la surface picturale dû à la poussière et à la fumée des bougies votives ainsi que des interventions intempestives et maladroites qui en avaient modifié l’apparence initiale.

[1] BROGI 1897, p. 240.

[2] Voir lexique.

[3] POUNCEY 1946, pp. 42-45.

[4] La « Santa Cintola » ou Sainte Ceinture, que la Vierge aurait lancé à Saint Thomas au moment de l’Assomption, est conservée depuis ( ??) dans le trésor de la Cathédrale de Prato, près de Florence, en Toscane donc, ce qui explique l’allusion fréquente à cette scène dans les représentations de ce sujet par des artistes toscans.

[5] CASTROVINCI 2017, p. 167.