‘Il Vecchietta’, Huitième section de la paroi de la Sagrestia Vecchia

img_4973

Lorenzo di Pietro, dit ‘Il Vecchietta’ (Castiglione d’Orcia, 1410 ? – 1480)

  • [Credo] in Spiritum sanctum, Dominum, et vivificantem [1] – Et unam, sanctam, catholicam, et apostolicam Ecclesiam [2], 1446-1449.
    • La Gloria del Tempio di Gerusalemme (La Gloire dans le Temple de Jérusalem)
      • Aggeo (Le prophète Aggée)
    • Salomone che sacrifica nel Tempio (Salomon sacrifie dans le Temple)

Fresques

Inscriptions :

  • (sous la figure du prophète Aggée) : « AGEUS »
  • (texte figurant dans la banderole d’Aggée) : « SPIRITUS MEUS … IN METUM CAM(?) ET I[M]PLEBO DOMUM ISTAM GLORIA DICIT DOMINUS EXERCITUM » [3]
  • (sous la scène peinte au bas de la paroi) : « ET OMNES FILII ISRAHEL VIDEBANT DESCENDENTEM IGNEM ET GLORIAM DOMINI SUPER DOMUM » [4]
  • (tout-à-fait à droite de l’inscription précédente) : « ‘… FICAVIT … »

Provenance : In situ

Sienne, Santa Maria della Scala, Sagrestia Vecchia.

La lunette

Huitième d’une série de douze, cette section de la paroi est consacrée à la représentation du huitième article de la profession de foi, très probablement combiné avec le neuvième comme nous le verrons ci-dessous.

  • La Gloria del Tempio di Gerusalemme (La Gloire dans le Temple de Jérusalem)
    • Aggeo (Le prophète Aggée)

img_4479

1

Tout indique ici que le sujet représenté est bien le huitième article du Credo. Dans une architecture riche et relativement complexe, creusée d’une niche profonde, un homme se tient à gauche de ce que l’on peut identifier comme un autel. Cet homme est Pierre, l’apôtre reconnaissable à sa physionomie et à sa chevelure et sa babe blanche. Son statut de prince des apôtres est souligné par le fait qu’il est debout, contrairement aux autres apôtres que l’on devine maintenant, malgré le mauvais état de la surface picturale, assis autour de l’autel, nimbés d’une auréole, à l’instar de Pierre mais aussi de l’apôtre qui se tient à l’opposé de Pierre et dont on voit le sommet de la tête orné du même symbole.

Au-dessus, flottant dans une « mandorle ronde » [4], ou plutôt dans un ensemble de cercles concentriques, format qui évoque la complétude et la perfection, apparaît la Trinité. Partant de ce point, des langues de feu, symboles de la descente de l’Esprit Saint, se dirigent vers les douze apôtres figurant au-dessous. « A travers la combinaison de l’autel et de la Trinité, et à travers la position prédominante de saint Pierre, la fête de la Pentecôte se voit donner ostensiblement un accent ecclésial » [5] dont la présence affirmée du Temple dans la scène située au-dessous constitue la préfiguration. Le reliefs sculptés sur les architectures inspirés de l’antiquité semblent n’entretenir aucun rapport avec le sujet principal mais contribuent à souligner cette dimension particulière.

La paroi

  • Salomone che sacrifica nel Tempio (Salomon sacrifie dans le Temple)

img_4968

2

Une importante architecture classique, expression de la gloire du temple, détermine la structure de la scène peinte sur cette partie de la paroi, au-dessous la représentation de la foi en l’Esprit Saint. La présence des lettres « FICAVIT » encore lisibles à l’extrémité droite de la ligne d’inscription, au bas de la fresque, invite à conclure que la formule était constituée de la combinaison de deux formules, comme cette occurence est déjà apparue précédemment. Henk van Os [7], encore, considère qu’il s’agit des mots du verset 7 du même chapitre, qui dit : « Sanctificavit quaque Salomon medium atrii ante templum Domini. » [8] Les deux textes associés fournissent une bonne explication de ce qui est représenté.

img_4480

3

« Au centre de la composition, on voit une petite construction hexagonale, comme on en trouve sur les cassoni peints par l’atelier d’Appolonio di Giovanni. [9] » Dans cette petite construction, on voit un autel derrière lequel officie un grand-prêtre aidé par deux de ses assistants. Au-dessus de l’ensemble apparaît Dieu-le-Père donnant sa bénédiction. Apparemment, le motif est compris comme la personnification des mots ‘Gloriam Domini super domum’. Sur la gauche, le roi Salomon est agenouillé avec un certain nombre d’hommes derrière lui. » [10]

img_4481

4

L’homme que l’on voit au premier plan tient à la main un rosaire qui accentue l’atmosphère de dévotion et de religiosité qui règne dans la scène, tout en servant de repoussoir afin de mettre en arrière et, par là même, en valeur l’espace architectural soigneusement ordonné selon les règles de la perspective.

[1] « Je crois en l’Esprit Saint, qui est Seigneur et qui donne la vie, Il procède du Père et du Fils. » Huitième article de la profession de foi (Symbole de Nicée-Constatinople).

[2] « Je crois (en) l’Eglise, une, sainte, catholique et apostolique. » Neuvième article de la profession de foi (Symbole de Nicée-Constatinople).

[3] Combinaison probable de deux textes du prophète Aggée : « Mon esprit se tient au milieu de vous : Ne craignez pas ! »‘ (Aggée 2, 6b) et  » […] oracle du Seigneur de l’univers. » (Aggée 2, 8b) auxquels, selon Van Os (VAN OS 1974, p. 44), plusieurs mots ont été ajoutés dans un ensemble « partiellement lisible et donc incompréhensible de ce fait. »

[4]  « Tous les fils d’Israël, voyant le feu descendre et la gloire du Seigneur sur la Maison, s’inclinèrent face contre terre sur le dallage [; ils se prosternèrent pour rendre grâce au Seigneur « car il est bon, éternel est son amour !]. » Second Livre des Chroniques (Chroniques II, 7, 3).

[5] La formule est de Henk van Os. Cette curieuse formulation, qui passerait pour un pléonasme si la forme de la mandorle était circulaire, convient moyennement à un vocable désignant un format dont la caractéristique est d’être proche de l’ovale.

[6] VAN OS 1974, p, 44.

[7] VAN OS 1974, p. 45.

[8] « Salomon consacra le milieu de la cour qui était devant la Maison du Seigneur. [C’est là, en effet, qu’il offrit les holocaustes et les graisses des sacrifices de paix, car l’autel de bronze que Salomon avait fait ne pouvait pas contenir l’holocauste, l’offrande de céréales et les graisses.] » Second Livre des Chroniques (Chroniques II, 7, 7).

[9] Appolonio di Giovanni (Florence, 1415 ou 1417 – 1465) : peintre et miniaturiste florentin.

[10] VAN OS 1974, p. 45.