Aprocryphes (écrits)

On qualifie généralement d’apocryphe un écrit « dont l’authenticité n’est pas établie » (Littré). « Là où les quatre Évangiles officiels sont restés muets, les Apocryphes prennent volontiers la parole. Ils savent ce que les autres ignoraient, ils disent ce que les autres [1]Entendre : les quatre Évangiles canoniques. n’ont pas dit. Dans les apocryphes, l’affectueuse curiosité des fidèles, avide de détails précis, de renseignements intimes sur cette admirable histoire dont on ne lui fournissait que de courts résumés, a puisé de bonne heure plus d’un trait heureux, plus d’une page touchante, qui ont mérité quelques fois de passer à jamais dans la croyance même de l’église. » [2]René Grousset, « Le bœuf et l’âne à la nativité du Christ », dans Mélanges de l’école française de Rome (Mélanges d’archéologie et d’histoire), tome 4, 1884, pp. 334-344.

Les éditions Gallimard, à l’occasion de la publication des deux tomes qu’elles leur ont consacrés, indiquent que le qualificatif « apocryphes, […] signifie qu’en dépit d’un contenu comparable à celui des Écritures [ces textes] n’appartiennent pas au canon. En effet, soit ils s’écartent de la doctrine officielle de l’Église en véhiculant des idées hétérodoxes, soit ils font trop appel au merveilleux, aspect dont l’Église s’est toujours méfiée. Mais rappelons que le canon des Écritures n’a pas été fixé tout de suite, son histoire court jusqu’à la quatrième session du Concile de Trente (1546). Ajoutons aussi qu’il y a toujours désaccord en la matière entre l’Église catholique et les Églises protestantes pour certains livres […]. Les écrits chrétiens que l’on dit ‘apocryphes’ n’ont cessé d’être diffusés, récrits, adaptés. Ils furent le terreau de l’imaginaire chrétien, et une source d’inspiration pour les sculpteurs, les peintres, les écrivains, les musiciens et les cinéastes : le Buñuel de La Voie lactée se souvient des Actes de Jean. C’est que, face au discours régnant, institutionnel, ces textes ouvrent un espace à l’imagination. Ils se développent en quelque sorte dans les interstices des livres canoniques. Ils comblent des vides, inscrivent une parole dans les silences, donnent une voix aux personnages muets, un nom et un visage à ceux qui n’étaient que des ombres. Comme toute littérature, ils rusent avec le discours clos. »

« En l’an 367, dans son Epistola festalis, S. Athanase crut devoir prémunir les fidèles contre la lecture des apocryphes. En 348, S. Cyrille de Jérusalem l’avait précédé dans cette voie. Les deux évêques avaient jugé grave le péril qui de ces écrits dérivait pour la foi chré- tienne. En pareilles circonstances le devoir du pasteur était de préciser quels étaient les Livres Saints reconnus comme tels par l’Église ; une fois publiée officiellement la liste de ces livres, tout apocryphe était stigmatisé et signalé à la défiance des chrétiens. Aussi les deux évêques publièrent-ils le canon des Ecritures. » [3]Jean Ruwet, « Le canon des Écriture. Saint Athanase », Biblica, vol. 33, no. 1, 1952, pp. 1–29. Mise en ligne : JSTOR, http://www.jstor.org/stable/42618713.

Notes

Notes
1 Entendre : les quatre Évangiles canoniques.
2 René Grousset, « Le bœuf et l’âne à la nativité du Christ », dans Mélanges de l’école française de Rome (Mélanges d’archéologie et d’histoire), tome 4, 1884, pp. 334-344.
3 Jean Ruwet, « Le canon des Écriture. Saint Athanase », Biblica, vol. 33, no. 1, 1952, pp. 1–29. Mise en ligne : JSTOR, http://www.jstor.org/stable/42618713.

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