Bartolo di Fredi, “Polittico dell’Incoronazione della Vergine.” Hypothèse de reconstitution

Achevé en 1388 comme l’indique la date inscrite sous le panneau central, le polyptyque a hélas été démembré, probablement au XVIIIe siècle ou au début du XIXe, et ses compartiments dispersés. Ce n’est qu’au cours des dernières décennies du siècle dernier qu’il a été possible, pour l’essentiel, de le reconstituer.

En 1985, à la suite d’Enzo Carli et d’autres historiens de l’art, Gaudenz Freuler a proposé une hypothèse de reconstitution (fig. ci-dessous) à partir des éléments identifiés, certains de longue date, dans les collections de la Pinacothèque nationale mais également dans des collections publiques et privées, italiennes et internationales. Celle-ci est presque unanimement admise aujourd’hui. C’est cette même reconstitution [iii] qui est exposée à Montalcino, aussi complète que possible même si l’on ne peut que regretter l’absence des compartiments devenus inaliénables.

Reconstitution Freuler

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Il s’agit, en premier lieu, des deux cuspides de l’Annonciation des volets latéraux (Ange Annonciateur (fig. 3) et Vierge de l’Annonciation (fig. 4), tous deux conservés aujourd’hui au Los Angeles County Museum).

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3                                            4

Deux autres panneaux, que Gaudenz Freuler place entre les pinacles de l’Annonciation et les volets consacrés à l’Histoire de la Vierge, devaient, selon lui, compléter l’ensemble : une Adoration des Bergers (actuellement à Rome, Pinacothèque Vaticane) en face d’une Adoration des Mages (Polesden Lacey, National Trust).

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Enfin, deux compartiments manquent à la prédelle : il s’agit de l’Annonce à Joachim (Rome, Pinacothèque Vaticane) et de la Présentation de la Vierge au Temple (Musée du château de Wawel, Varsovie, Pologne) L’absence de ces deux compartiments crée dorénavant deux lacunes qui déstabilisent l’organisation narrative, laquelle s’organisait visuellement en des symétries  discrètes et pourtant décisives, que nous examinerons ci-après.

La liste des différentes scènes qui constituaient le retable est présentée de gauche à droite et de haut en bas afin d’en faciliter l’identification. Les six panneaux absents de la présentation que nous voyons dans le musée de Montalcino sont mentionnés (lieu de conservation en gras). Un lien permet de visualiser chacune des œuvres concernées. Il va de soi que le pouvoir d’évocation et, plus encore, la poésie du polyptyque n’obéissent en aucune manière à la logique de cette énumération, comme nous l’avons vu plus haut.

Il existe une description ancienne du retable rédigée par P. Fomeis lors d’une visite à l’église de San Francesco en 1785, publiée en 1994 par Freuler [7]. Cette dernière [8] est particulièrement intéressante car elle donne une description de la totalité des éléments constitutifs de l’œuvre et, de ce fait, a été utilisée pour étayer le projet de reconstitution du polyptyque. [9]

« Dans cette église de San Francesco [de Montalcino], il y a un tableau d’autel qui représente la Sainte Vierge au ciel à la droite de Jésus qui lui pose la couronne sur la tête ; au-dessous, deux anges vêtus, l’un jouant du violon, l’autre d’une espèce de psaltérion ; les autres observent la scène ; et autour de Jésus et de Marie, quelques autres anges, de petites dimensions, qui, de même que les précédents, ne parviennent pas à la taille d’un braccio siennois [10] ; la Vierge quant à elle, de même que le Rédempteur, mesure deux braccia environ. Le tout est en bois doré et, dans l’épaisseur du petit encadrement au-dessous, figure, en lettres gothiques noires, l’inscription suivante : ‘BARTOLUS MAGISTRI FREDI DE SENIS PINXIT ANNO 1388’. Le format de ce panneau est en pyramide ; mais juste au-dessus des deux figures principales, qui se trouvent sommées d’un petit arc en ogive, sont représentés en demi figures, six Anges en train d’observer la scène dépeinte au-dessous. Plus haut, près du sommet de la pyramide, on voit Marie montée au ciel avec, en contrebas, une vue de sa tombe ouverte ; et tout autour, divers anges portant des instruments de musique, mesurant tous un demi braccio. Ensuite, à droite et à gauche du panneau qui vient d’être décrit, il y en a deux autres réalisés dans le même style, représentant divers mystères de la Sainte Vierge. Toutes les figures mesurent un demi braccio, et l’extrémité de chacun de ces deux panneaux se termine par deux petites tours pyramidales remplies de petites figures de la même dimension d’un demi braccio représentant divers saints et saintes avec leurs noms respectifs en dessous. La base, enfin, qui forme des petits tableaux peints avec des petits personnages dans le même style ». [iv]

  • Colonnette de gauche (dépôt de la Pinacoteca Nazionale de Sienne), de haut en bas, les saints :
    • Gérard et Augustin 
    • Blaise et Christophe 
    • Michel et Etienne 
    • Barthélémy et Jean l’Evangéliste
    • Base de la colonnette de gauche, de gauche à droite, les saints :
      • Antoine abbé (dépôt de la Pinacoteca Nazionale, Sienne)
      • Paul
      • Pierre
  • Pinacle gauche :
  • Volet gauche (dépôt de la Pinacoteca Nazionale, Sienne), de haut en bas :
    • Adieux de la Vierge aux Apôtres
    • Mariage de la Vierge
  • Panneau central [i], de haut en bas :
    • Assomption
    • Couronnement de la Vierge
  • Pinacle droit :
  • Volet droit (dépôt de la Pinacoteca Nazionale), de haut en bas :
    • Dormition de la Vierge 
    • Retour de la Vierge chez Anne et Joachim 
  • Colonnette de droite (dépôt de la Pinacoteca Nazionale, Sienne), de haut en bas, les saints :
    • Benoît, Filippino Ciardi 
    • Lucie, Catherine d’Alexandrie 
    • Nicolas, Matthieu 
    • Jean-Baptiste, Louis de Toulouse
    • Base de la colonnette de droite (de gauche à droite), les saints :
      • François
      • Léonard 
      • Macaire (dépôt de la Pinacoteca Nazionale, Sienne)
  • Prédelle, de gauche à droite :
    • Joachim chassé du temple (dépôt de la Pinacoteca Nazionale de Sienne)
    • Annonce à Joachim (Città del Vaticano, Musei e Gallerie Pontificie)
    • Déploration du Christ mort (dépôt de la Pinacoteca Nazionale, Sienne)
    • Naissance de la Vierge (dépôt de la Pinacoteca Nazionale, Sienne)
    • Présentation de la Vierge au Temple (Varsovie, Panstowowe Zbiory Sztuki na Wawelu) 

[i] La structure gothique du retable incline à penser que le volet central était également coiffé d’un pinacle aujourd’hui manquant.

[ii] FREULER 1985, FREULER 1994.

[iii] FREULEUR, 1994.

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