‘Il Sodoma’, « Miracolo della farina in abbondanza »

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Giovanni Antonio Bazzi, dit ‘Il Sodoma’ (Vercelli, 1477 – Sienne, 1549)

Miracolo della farina in abbondanza (Miracle de la farine en abondance), 1505-1508.

Fresque

Inscription (sous la fresque) :

  • « COME BENEDETTO OTTIENE LA FARINA IN ABBONDANZA E NE RISTORA I MONACI » [1] 

Provenance : In situ

Abbazia di Monte Oliveto Maggiore, Cloître principal.

Commençons par le miracle proprement dit. Il se passe dans l’atrium du monastère où se trouve Benoît, accompagné de trois frères. Le groupe vient de découvrir une grande quantité de sacs de farine mystérieusement parvenus jusque là. Le miracle tient à la manière dont cette grande quantité de farine est arrivée dans ces lieux mais aussi au fait que les moines traversent alors une période de grande pénurie. L’histoire précise que ce jour-là, il ne restait que cinq pains pour nourrir l’ensemble de la communauté (cinq pains : exactement le même nombre que ceux multipliés par Jésus dans le désert …). L’aubaine est donc grande pour le monastère et ses habitants qui vont, contre toute attente, pouvoir se restaurer et calmer leur faim.

La scène est surélevée aussi bien pour la reléguer vers l’arrière que pour résoudre une contrainte liée à la présence d’une ancienne porte d’accès au cloître aujourd’hui murée [2].

Le réfectoire des moines, situé à droite, est représenté selon une perspective qui creuse l’espace jusqu’à une porte ouverte sur l’extérieur, au-dessus de laquelle a été suspendue une Crucifixion qui semble être le prolongement en hauteur du paysage que l’on peut voir au delà de la porte ouverte. Dans cette salle profonde, les moines ont pris place autour d’une longue table présidée par l’abbé (Benoît) qui achève un geste de bénédiction. Devant chaque moine, sur la nappe immaculée, sont déposés deux poissons, un pain, un verre de vin, toutes choses traitées comme autant de petites natures mortes. 

Tout pourrait s’arrêter là si Sodoma n’avait pas saisi l’occasion de placer une anecdote comme il aime à le faire pour accompagner les histoires sérieuses qu’il a la charge de figurer. Celle-ci est révélatrice des petites faiblesses et des défaillances humaines, et amusante parce que symptomatique de comportements inattendus en pareil endroit et en pareille présence. L’anecdote, jouée par trois acteurs, est sans doute également prétexte à une leçon de vie pour qui la regarde avec les yeux d’un moine. Le frère qui sert debout la communauté observe en souriant. Il a remarqué le stratagème de celui que l’on voit assis en bout de la table : ce dernier est en train de subtiliser discrètement le pain de son voisin, tout en prenant hypocritement l’air d’être intensément préoccupé par autre chose. Le geste n’a pas échappé à son voisin qui manifeste sa surprise mais n’a pas encore réagi autrement. L’incident ne laisse paraître aucune trace dans l’attitude des autres convives, à moins que ceux-ci n’aient eux aussi tout vu et attendent de leur supérieur la réaction qui s’impose. Et qui ne devrait pas tarder puisque Benoît voit et entend ce qui échappe au tout venant.

Pendant ce temps, en attendant leur heure, des hirondelles ont pris position sur les tirants métalliques qui garantissent la solidité de la voûte. La lecture des textes du jour se poursuit du haut de la chaire, et, jouant à chien et chat, les bêtes se disputent déjà les reliefs du repas. Tout un petit monde bruisse doucement dans le calme apparent de la clôture monacale.

[1] Comment Benoît obtient de la farine en abondance et en restaure les moines ».

[2] À cet emplacement ont été posées deux plaques de marbre où figurent des inscriptions liées à l’histoire du couvent.