Giorgio Bandini, « Stemma di Casa Savoia accompagnata del veltro dantesco »

Giorgio Bandini  (Sienne, 1830 – 1899)

Emblème de la Maison de Savoie accompagné du vaultre dantesque, médaillon de la série des Précurseurs de l’Unité Italienne, 1886-1888.

Inscriptions :

  • (dans la médaille) : « JE ATANS MON ASTRE » [1]
  • (dans le cartouche) : “INFIN CHE’L VELTRO VERRÀ » [2]

Provenance : In situ.

Sienne, Palazzo Pubblico, Sala del Risorgimento.

Les paroles extraites du poème de Dante sont si célèbres que les concepteurs du décor de la voûte n’ont pas jugé utile d’indiquer à sa suite le nom de son prestigieux auteur.

Le vaultre (veltro) est un chien de chasse du type des lévriers. Dans cet extrait, le poète Virgile formule la première prophétie de la DivinComédie : un vaultre réussira à faire cesser pour toujours la cupidité, incarnée par la figure d’une louve insatiable. Le nom de celui qui, pour Dante, se cache derrière la figure allégorique du chien de chasse rencontré dans cette prophétie demeure incertain aujourd’hui encore : selon l’opinion la plus partagée, le vaultre fait allusion à l’empereur Henri VII en qui, pour Dante, l’homme politique autant que le poète, reposait l’espoir de voir l’Italie se réformer fondamentalement. D’autres interprétations ont également cours de nos jours, et un homme politique récent a fait l’objet de sarcasmes fondés sur le détournement de cette poésie célèbrissisme en Italie.

L’emplacement du vers dantesque à proximité de la paroi où se déroule le Transfert de la dépouille de Victor-Emmanuel II au Panthéon semble une fois encore désigner en la personne du roi savoyard le l’homme providentiel venu au secours de l’Italie.

[1] « Aspetto la mia stella » (« j’attends mon étoile »), telle est la devise que le roi Carlo Alberto fit graver, en 1843, sur une médaille qui reproduisait un sceau daté, quant à lui, de 1373. Ce dernier avait appartenu à Amédée VI de Savoie, dit le « Comte vert ». La version originale de la devise, telle qu’elle apparaît ici en ancien français, était : « Je atans [j’attends] mon astre. » Le revers du sceau d’Amédée VI représentait les armes parlantes du roi, un chien assis, coiffé d’un casque d’armure, avec un écu sur la patte avant et un aigle entre les jambes. Voir Giuseppe Fumagalli, Chi l’ha detto ? Tesoro di citazioni italiane e straniere, di origine letteraria e storica, ordinate e annotate. Milan, Ulrico Hoepli, 1989.

[2] « […] ché questa bestia, per la qual tu gride, non lascia altrui passar per la sua via, ma tanto lo ‘mpedisce che l’uccide; e ha natura sì malvagia e ria, che mai non empie la bramosa voglia, e dopo ‘l pasto ha più fame che pria. Molti son li animali a cui s’ammoglia, e più saranno ancora, infin che ‘l veltro verrà, che la farà morir con doglia. Questi non ciberà terra né peltro, ma sapienza, amore e virtute, e sua nazion sarà tra feltro e feltro. » : « Prends donc une autre route, me dit-il en voyant mes larmes, si tu veux fuir ce lieu fatal ; car la louve qui t’épouvante garde éternellement le passage de la colline ; et quiconque oserait le franchir y laisserait la vie : elle ne connut jamais la pitié, et la pâture irrite encore son insatiable faim. Dans ses amours, elle s’accouple avec différents animaux, et se fortifie de leur alliance. Mais je vois accourir le lévrier généreux qui doit la faire expirer dans les tourments ; il naîtra dans les champs de Feltro. » Dante Alighieri, Divina Commedia, “Inferno” I, 96-107 (traduction nouvelle, Paris, Barrois le Jeune, Libraire, 1783).