Fond d’or

Abondamment utilisé dans l’art pictural dès le Moyen Âge du fait même de son caractère précieux, l’or souligne le raffinement de l’œuvre tout autant que le caractère exceptionnel de l’image peinte, en particulier lorsque celle-ci évoque un fait religieux. Par ses qualités intrinsèques uniques, à la fois matière et vecteur de lumière, l’or est à même de définir des espaces purement lumineux qui symbolisent à eux seuls les lieux du sacré, quelque part entre plan et profondeur, et de rendre compte de l’éclat et du caractère incommensurable du monde divin dont il est devenu l’emblème le plus visible. [1]Cette dernière dimension devait être particulièrement visible sous la lumière mouvante des bougies placées sur les autels.

Au cours de la période qui s’est développée de la fin du XIVe siècle jusqu’au milieu du XVe siècle, à la charnière du Moyen Âge et de la Renaissance [2]L’époque, dont le style est qualifié de Gothique international, correspond à la phase tardive de l’ère gothique marquée par l’esprit courtois, où se mêlent les couleurs luxuriantes, les silhouettes élégantes et l’emploi de matériaux raffinés., l’or rare et coûteux inonde les objets d’art les plus somptueux aussi bien que la peinture [3]Benozzo Gozzoli avant, peu à peu, de céder la place à des paysages au naturalisme de plus en plus poussé et à des espaces organisés par la perspective dans lesquels peuvent se mouvoir plus aisément les personnages de la narration.

La plupart des panneaux italiens médiévaux sont dits à fond d’or car les figures s’y détachent sur une surface dorée et étincelante, totalement abstraite, métaphore du divin dont elle reflète la lumière. Les figures elles-mêmes se parent d’or, tant sur leurs auréoles que sur leurs vêtements. Les traités de peinture anciens accordent une large place à ces opérations de dorure et d’ornementation du panneau.

Une fois le dessin préparatoire réalisé, le peintre incisait le contour des figures pour délimiter clairement les zones à dorer. On posait alors une préparation destinée à faciliter l’adhésion sur le support de bois appelée bol d’Arménie sur laquelle on déposait délicatement les feuilles d’or, en les superposant légèrement les unes aux autres afin de constituer un fond doré homogène. Il fallait ensuite « brunir » ces feuilles, c’est-à-dire les frotter « gentiment » avec une dent ou une pierre semi-précieuse afin de révéler tout leur éclat. Enfin, avec des poinçons de divers motifs, on ornait les fonds et les bords du panneau, les auréoles des figures saintes, les bordures de leurs vêtements, etc.

La plupart des peintres de cette époque étaient formés à ces opérations que l’on pouvait aussi confier à des spécialistes dans le cas de projets importants ou au sein du travail de l’atelier.

Pour des raisons essentiellement affectives, les siennois, jaloux de défendre leur singularité, ont mis beaucoup de temps à abandonner purement et simplement le fond d’or d’origine byzantine. Ainsi, entre autres exemples significatifs, le pape Pie II lui-même, en 1460, exigera expressément la présence des fonds d’or dans chacun des cinq retables destinés à orner les chapelles du Duomo de Pienza nouvellement construit, et ce malgré leur encadrement exécuté dans un style qui est celui de la Renaissance dans sa forme la plus parfaite.

Notes

Notes
1 Cette dernière dimension devait être particulièrement visible sous la lumière mouvante des bougies placées sur les autels.
2 L’époque, dont le style est qualifié de Gothique international, correspond à la phase tardive de l’ère gothique marquée par l’esprit courtois, où se mêlent les couleurs luxuriantes, les silhouettes élégantes et l’emploi de matériaux raffinés.
3 Benozzo Gozzoli

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