Daniel Buren, « Sulle vigne : punti di vista »

Daniel Buren (né à Boulogne-Billancourt, en 1938)

Sulle vigne : punti di vista (Sur les vignes : points de vue), 2001.

Œuvre in situ, miroir, acier, marbre blanc, marbre noir, pierre, ciment, 25 x 2 m.

Provenance : In situ.

Castello di Ama (Gaiole in Chianti), Castello di Ama per l’Arte Contemporanea.

« Il y a une manière de toucher le lieu, non pas les choses qu’on ne voit pas mais de renforcer quelque chose de déjà vu […]. Il y a donc un paradoxe, un obstacle se construit et cet obstacle au fond donne plus. » Il n’y a généralement pas mieux que Daniel Buren pour évoquer une œuvre de Daniel Buren. L’œuvre conçue pour le Castello di Ama est pensée par l’artiste dans cette logique : il s’agit d’« encadrer » une nature spécifique, celle des vignobles du Chianti environnant, de la « renforcer » en construisant un obstacle : les matériaux pesants, miroirs, acier, marbre, pierre et béton créent une toile de fond évanescente qui cache le paysage et le révèle à la fois, et finalement le met en valeur grâce aux multiples effets visuels qu’il occasionne. Sur les vignes : points de vue, œuvre in situ, nous montre un paysage familier du Chianti et en même temps, nous projette à l’intérieur de l’œuvre grâce à ses surfaces en miroir. Ici, l’œuvre prend vie grâce à l’espace dans lequel elle s’inscrit, et grâce aux mouvements du spectateur, lui-même mis en position de profiter de ce rapport heureux, mouvant et sans cesse différent, entre l’œuvre et le lieu, de même que l’on « ne se [baigne] jamais deux fois dans le même fleuve, car c’est une autre eau qui vient à vous ; elle se dissipe et s’amasse de nouveau ; elle recherche et abandonne, elle s’approche et s’éloigne. Nous descendons et nous ne descendons pas dans ce fleuve, nous y sommes et nous n’y sommes pas. [1]Héraclite d’Éphèse, Fragments (F. J. Thonnard, Extraits des grands philosophes), Desclée & Cie, 1963, pp. 3-4. »

Seulement voilà : dans un souci louable de protection, l’œuvre est actuellement (septembre 2023) protégée par une enceinte électrique qui interdit l’accès à la pelouse d’un vert gorgé d’eau. Cette enceinte protectrice, qui interdit en même temps qu’elle protège, annule toute possibilité d’éprouver physiquement la vérité de l’œuvre. C’est donc purement virtuellement que le spectateur, mis dans l’incapacité d’en faire une expérience sensible, observera à distance les ombres portées et les jeux d’une lumière démultipliée se mouvant avec le soleil sur la surface verte, ainsi que la manière dont les vides des fenêtres ouvertes sur la nature projètent une ombre sur l’épais tapis vert, ce qui n’est pas rien puisque c’est un phénomène. Le spectateur pourra enfin deviner les effets de la réflexion des miroirs les uns avec les autres. Quant à l’encadrement de la nature promis par le concept même de l’œuvre, il lui faudra tenter de les imaginer, ce qui constituera une approche aussi paradoxale de l’œuvre que cette dernière peut l’être au regard du lieu qu’elle se promettait de « renforcer » pour le faire voir davantage.

Notes

Notes
1 Héraclite d’Éphèse, Fragments (F. J. Thonnard, Extraits des grands philosophes), Desclée & Cie, 1963, pp. 3-4.

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