
Agostino di Giovanni (Sienne, v. 1285 – v. 1347) ?
Due avambracci d’angelo (Deux avant-bras d’ange),
Bois sculpté et peint,
Provenance : In situ.
Sienne, Palazzo Pubblico, salle de la Mappemonde.
Ces deux objets sculptés insolites, difficilement visibles du visiteur si celui-ci en ignore la présence, sont cloués sur une poutre du plafond, à dix mètres environ du sol. Ces deux avant-bras constituaient la partie apparente d’un dispositif permettant la mise en œuvre d’une petite scénographie directement issue des mystères dont les représentations étaient particulièrement prisées au Moyen Âge. Un mécanisme très simple de poulies dissimulées permettait, à l’aide de cordes auxquelles elles étaient suspendues, de faire descendre deux lampes votives devant la Maestà de Simone Martini, comme si les cordes glissaient entre les mains d’anges, et comme si ces derniers, situés au-dessus des poutres du plafond, provenaient eux-mêmes des cieux.

Ces deux avant-bras appartenant à des anges sont sculptés dans des rondins compacts de bois de noyer, légèrement équarris dans la partie qui adhère à la poutre. Le modelé, richement polychromé, ne porte que sur la partie située entre le coude et le poignet, apparaissant sur les manches qui, a l’origine, bénéficiaient d’un traitement pictural aujourd’hui en partie perdu, lequel combinait la laque rouge du tissu avec la finesse du bord orné de feuilles d’or. Enzo Carli fut le premier à attirer l’attention sur ces sculptures insolites, en émettant l’hypothèse de leur installation sur place en profitant de la présence du haut échafaudage érigé pour permettre l’exécution de la fresque. Même s’il est impossible aujourd’hui d’établir avec certitude l’implication directe de Simone dans la création de ces deux avant-bras d’anges, il est néanmoins indéniable qu’ils apparaissent comme l’expression de la même sensibilité moderne que celle qui anime les œuvres du peintre. Leur retrait temporaire de la poutre où ils ont été fixés il y a près de huit siècles, a permis d’apprécier tout l’intérêt porté par leur auteur anonyme aux détails observés sur nature, telle la légère différenciation dans l’articulation des phalanges des doigts, ou la reproduction sur les manches de onze petits boutons en étain, invisibles du haut, qui dénotent une profond intérêt pour la réalité telle qu’elle est visible, en ligne avec les tendances italiennes contemporaines. Comme l’a souligné Alessandro Bagnoli, les deux bras sculptés présentent des similitudes significatives avec la sculpture siennoise de la deuxième décennie du XIVe siècle, avec une référence particulière à la première activité d’Agostino di Giovanni.

Vous devez être connecté pour poster un commentaire.