
Giovanni di Paolo (Sienne, 1398 – 1482)
La Procession de saint Grégoire au château Saint-Ange à Rome durant la peste noire [1]Le sujet, autrefois, a été interprété à tort comme la Rentrée du pape Martin V au château Saint-Ange (1420) ou la Procession du pape Clément VI devant le château Saint-Ange (1348)., v. 1465-1470.
Compartiment de la prédelle d’un retable [2]La prédelle de ce polyptyque aujourd’hui dispersé comprenait, outre La Procession de saint Grégoire au château Saint-Ange à Rome durant la peste noire (Paris, Musée du Louvre), un Saint Jérôme apparaissant à saint Augustin (Berlin, Gemäldegalerie). Au registre supérieur du retable, figuraient peut-être, selon Pope-Hennessy et Kanter (1988), un Saint … Poursuivre ; tempéra et or sur panneau, 40 x 42,5 cm (surface peinte : 37,2 x 39,4 cm).
Provenance : inconnue.
Paris, Musée du Louvre.
Dans cette œuvre de dimensions réduites (il s’agit d’un compartiment de prédelle), se déroule une longue procession de prélats. Nous sommes à Rome, comme l’indique le parcours du Tibre serpentant à travers la ville, pour un spectateur particulièrement perspicace qui l’aurait déjà reconnu, mais beaucoup plus sûrement encore, du fait de la présence du mausolée d’Hadrien que l’on voit s’élever sur la rive droite du fleuve. Traversant le Tibre en empruntant un pont qui ne peut être que le pont le Pons Ælius [3]Le Pons Ælius a été bâti par l’empereur Hadrien, comme en témoignent les inscriptions dédicatoires retrouvées à chaque extrémité. La date exacte de sa construction est incertaine, malgré la découverte de marques de fabrication de quelques briques datant de 123. Richement orné de Victoires et de trophées, il offrait alors un accès majestueux au mausolée impérial construit … Poursuivre, futur pont Saint-Ange, la procession s’avance en direction du monument au sommet duquel vient d’apparaître une vision que la magie de la peinture rend distincte pour tous ceux qui se donnent la peine de la regarder : l’archange Michel, chef des milices célestes, replace l’épée devenue inutile dans son fourreau, signe que la colère de Dieu contre les hommes a cessé, et avec cette colère, la foudre de l’épidémie de peste qui frappait la ville jusqu’à cet instant. À qui est dû ce miracle tant attendu par les foules frappées par ce malheur ? La réponse se trouve au sommet des hampes brandies comme un étendard par deux officiants marchant un pas devant le pape Grégoire, ruisselant de joyaux dans sa chape papale : une toute petite image de la Vierge, convoquée pour intercéder en faveur de l’humanité souffrante auprès de son Fils vient d’exaucer les prières à la demande insistante de Grégoire le Grand qui a ordonné sa monstration à l’occasion de cette procession, ainsi qu’en atteste Jacques de Voragine dans la Légende dorée [4]Une peste qui sévissait à Rome, « si meurtrière que l’on croyait voir des flèches tombant du ciel », ayant fait mourir le pape Pelage, « le peuple entier élut pour pape Grégoire » qui refusa obstinément un tel honneur avant de s’enfuir, « transporté hors de la ville dans un tonneau » par des marchands compatissants et se réfugia dans la forêt où il resta caché. « les … Poursuivre.
Peinte vers 1465-1470, c’est-à-dire à l’aube d’une période artistique parfois qualifiée de seconde Renaissance, où l’on verra œuvrer Raphaël, Léonard et Michel-Ange, l’œuvre de Giovanni di Paolo brille par un archaïsme qui pourrait paraître incongru s’il n’était pleinement assumé pour sa pertinence, celui-ci étant estimé plus propre à traduire la légende chrétienne en images par un artiste dont la trajectoire hors des sentiers battus est caractérisée par une étrangeté d’une poésie parfois hallucinatoire. Celle-ci atteint un sommet dans le Saint Jérôme apparaissant à saint Augustin (Berlin, Gemäldegalerie), autre compartiment d’une même prédelle aujourd’hui dispersée.
Notes
| 1↑ | Le sujet, autrefois, a été interprété à tort comme la Rentrée du pape Martin V au château Saint-Ange (1420) ou la Procession du pape Clément VI devant le château Saint-Ange (1348). |
|---|---|
| 2↑ | La prédelle de ce polyptyque aujourd’hui dispersé comprenait, outre La Procession de saint Grégoire au château Saint-Ange à Rome durant la peste noire (Paris, Musée du Louvre), un Saint Jérôme apparaissant à saint Augustin (Berlin, Gemäldegalerie). Au registre supérieur du retable, figuraient peut-être, selon Pope-Hennessy et Kanter (1988), un Saint Ambroise (New York, The Metropolitan Museum of Art, The Robert Lehman Collection), un Saint Augustin (Cambridge, Fogg Art Museum), un Saint Grégoire (localisation actuelle inconnue), et au centre une Vierge couronnée par un ange (Mount Holyoke, M.H. College Art Museum), fragment d’un panneau plus important. |
| 3↑ | Le Pons Ælius a été bâti par l’empereur Hadrien, comme en témoignent les inscriptions dédicatoires retrouvées à chaque extrémité. La date exacte de sa construction est incertaine, malgré la découverte de marques de fabrication de quelques briques datant de 123. Richement orné de Victoires et de trophées, il offrait alors un accès majestueux au mausolée impérial construit sur l’Ager Vaticanus, sur la rive droite du Tibre. |
| 4↑ | Une peste qui sévissait à Rome, « si meurtrière que l’on croyait voir des flèches tombant du ciel », ayant fait mourir le pape Pelage, « le peuple entier élut pour pape Grégoire » qui refusa obstinément un tel honneur avant de s’enfuir, « transporté hors de la ville dans un tonneau » par des marchands compatissants et se réfugia dans la forêt où il resta caché. « les hommes envoyés à sa recherche aperçurent une colonne lumineuse qui descendait du ciel jusque sur l’endroit où il était caché ; et un moine reconnut, dans cette colonne, des anges qui montaient et descendaient. Aussitôt Grégoire fut pris et traîné à Rome par le peuple tout entier, et consacré en qualité de souverain pontife.
La peste continuant à sévir, il ordonna que, le jour de Pâques, on promenât en procession, autour de la ville, l’image de la sainte Vierge que possède l’église de Sainte-Marie Majeure, et qui fut peinte, dit-on, par saint Luc, aussi habile dans l’art de la peinture que dans celui de la médecine. Et aussitôt l’image sacrée dissipa l’infection de l’air, comme si la peste ne pouvait supporter sa présence ; partout où passait l’image, l’air devenait pur et vivifiant. Et l’on raconte que, autour de l’image, la voix des anges se fit entendre, chantant : “Reine des cieux, réjouis-toi, alléluia, carton divin fils est ressuscité, alléluia, comme il l’a dit, alléluia.” Et aussitôt saint Grégoire ajouta : “Mère de Dieu, priez pour nous, alléluia !” Alors il vit, au-dessus de la forteresse de Crescence, un grand ange qui essuyait et remettait au fourreau un glaive ensanglanté ; et le saint comprit que la peste était finie ; et en effet elle l’était. Et depuis lors cette forteresse prit le nom de Fort-Saint-Ange. » Jacques de Voragine, « Saint Grégoire, pape », La légende dorée (trad. par T. de Wyzewa), Paris, Perrin et Cie, 1910, pp. 165-179. |
