Véran de Cavaillon (fin du VIe siècle) : saint, « Gaulois de naissance, et citoyen gabale [1]Gabale : nom d’un peuple de la Gaule celtique, puis de la province romaine de Gaule aquitaine. Le territoire des Gabales correspondait à celui du diocèse de Mende (avant 1790), soit le Gévaudan, pays qui recouvre assez précisément l’actuel département de la Lozère. La métropole de cette cité était Anderitum (Javols, Peyre-en-Aubrac, Lozère). » [2]Extrait de la Vie latine de saint Véran, trad. du latin par Véronique OLIVIER, « Un évêque raconté par des moines : Véran de Cavaillon et les abbayes de Fontaine‑de‑Vaucluse et de Saint‑Victor de Marseille », dans Simone BALOSSINO et François GUYONNET (dir.), Cavaillon au Moyen Âge, Avignon, Éditions Universitaires d’Avignon, 2022, pp. 25-34. Mise en ligne … Poursuivre, il est connu pour avoir été ermite, évêque de Cavaillon [3]« Le jour de la fête du très saint martyr Privat, qui est honoré chaque année en pays gabale, Véran passa toute la nuit sans dormir et ne voulut pas quitter le lieu où il s’était installé. Quand le matin fut venu, il alla respectueusement au-devant de l’évêque du lieu et lui demanda d’être admis au nombre des clercs. Ses cheveux ayant été taillés, il fut adopté chez les … Poursuivre, et pour avoir participé au concile de Mâcon II en 585 [4]« La première trace écrite qui soit parvenue de Véran se trouve dans les actes du deuxième concile de Mâcon dans lesquels il a apposé sa souscription3. À cette occasion se réunirent les évêques des royaumes de Neustrie et de Bourgogne alors sous l’autorité du roi Gontran en 585. » Véronique OLIVIER, « Un évêque raconté par des moines : Véran de Cavaillon et … Poursuivre. Grégoire de Tours le mentionne dans ses écrits. Une église et un monastère lui sont dédiés à Fontaine-de-Vaucluse, de même que la cathédrale de Cavaillon. Sa Vie latine (BHL 8536 [5]La Bibliotheca hagiographica latina (BHL) est un catalogue de documents hagiographiques latins – publié par la Société des Bollandistes (*) – qui comprend d’anciennes œuvres littéraires sur la vie des saints, leurs Passions, la translation de leurs reliques, leurs miracles, le tout classé par ordre alphabétique des noms des saints et numéroté … Poursuivre) a été écrite sous l’impulsion de saint Victor de Marseille lorsque le monastère de Fontaine-de-Vaucluse est entré dans son giron en 1034. » [6]Véronique OLIVIER, « Un évêque raconté par des moines : Véran de Cavaillon et les abbayes de Fontaine‑de‑Vaucluse et de Saint‑Victor de Marseille », dans Simone Balossino et François Guyonnet (dir.), Cavaillon au Moyen Âge, Avignon, Éditions Universitaires d’Avignon, 2022, pp. 25-34. Mise en ligne : https://doi.org/10.4000/books.eua.6285.
« Le très saint Véran, Gaulois de naissance, était citoyen gabale. Le jour de la fête du très saint martyr Privat, qui est honoré chaque année en pays gabale, Véran passa toute la nuit sans dormir et ne voulut pas quitter le lieu où il s’était installé. Quand le matin fut venu, il alla respectueusement au-devant de l’évêque du lieu et lui demanda d’être admis au nombre des clercs. Ses cheveux ayant été taillés, il fut adopté chez les clercs et il demeura là un grand nombre de jours, après quoi, de ce lieu, il gagna le pays de Cavaillon. Or, le peuple de Cavaillon, depuis plusieurs années, était opprimé par un très impur serpent, vulgairement appelé dragon, qui vivait dans la fontaine qui est désormais appelée Sorgue. Ayant entendu ceci, il prit le chemin vers la susdite fontaine. [Par le pouvoir de la prière, Véran chassa le dragon], puis, à la fontaine, il construisit un ermitage en l’honneur de la sainte mère de Dieu, Marie, où, avec son compagnon, il habita plusieurs jours, jusqu’à ce qu’il décide d’aller à Rome prier avec dévotion.
[Pour se rendre à Rome, Véran passa par Embrun et par un autre lieu qui n’est pas spécifié. Il arriva à Rome, y resta pendant quelques années à la demande du pape avant de reprendre le chemin vers sa patrie gauloise. Il passa alors par les villes de Ravenne, de Milan, d’Albenga, un village qui n’est pas nommé et le champ de Cassien. Partout, à l’aller et au retour, il s’illustra par des miracles que Dieu opéra par son entremise grâce au pouvoir de la prière. Ce voyage constitue environ un tiers du texte.]
Le roi Clotaire étant désormais mort, ses fils conduisaient le royaume des Francs divisé en quatre. Aripertus avait le royaume de Paris, Gontran régnait sur Orléans, Chilpéric sur Soissons et Sigebert sur Metz. Là, le peuple ayant appris la renommée des vertus de l’homme de Dieu, Sigebert convoqua Véran. Appelé auprès du prince, il l’honora quelques années de sa présence, brillant par ses vertus et ses miracles. Le célèbre prince, tandis qu’il courait par toutes les villes avec Véran, arriva à Cavaillon. Dans le même temps, l’évêque de Cavaillon mourut et le roi choisit Véran pour lui succéder, ce à quoi le peuple consentit. Ayant accepté la dignité de l’épiscopat, il continua à ramener à la santé les malades.
Afin que la longueur n’entraîne pas le dégoût des auditeurs, nous avons réduit de cet ouvrage les nombreux prodiges qu’il a accomplis et que nous avons décrits dans d’autres parchemins, mais nous avons eu soin de présenter fidèlement sa très sainte mort. Le saint confesseur Véran demandait constamment à Dieu qu’il lui fasse connaître sa fin, ce qu’il lui accorda. Lorsqu’il apprit que la mort de son corps approchait, il ordonna aux évêques voisins et à ses condisciples de venir à lui afin qu’il leur dise ce qu’il avait entendu du Seigneur. Rassemblés et pleurant auprès de lui, ils lui demandent : « Père, où as-tu prédestiné la sépulture de ton corps ? », ce à quoi l’homme de Dieu répondit : « Mes frères, cela n’est pas de mon arrangement, mais de Dieu. » Après ces paroles, le bien-aimé de Dieu rendit au Ciel son âme le 11e jour du mois de novembre. Comme il est de coutume, le très saint corps fut emporté, couvert entièrement avec un voile précieux et mis sur un brancard. Les évêques et les condisciples ignoraient où le corps devait être mis, mais, chose merveilleuse, tout à coup, le pallium avec lequel son très saint corps était recouvert, se soulevant dans les airs, ouvrit la marche. Il les conduisit jusqu’à la fontaine susdite, la Sorgue, et jusqu’au domaine du saint homme où il avait construit la cellule en l’honneur de sainte Marie toujours vierge où il subsisterait encore dans ce monde. Là, ils transmirent au tombeau le très saint corps en chantant les hymnes et les psaumes le 2 des ides de novembre [12 novembre]. » [7]Vie latine de saint Véran, trad. du latin par Véronique OLIVIER, « Un évêque raconté par des moines : Véran de Cavaillon et les abbayes de Fontaine‑de‑Vaucluse et de Saint‑Victor de Marseille », op. cit.
« 2La Vie de Véran met en scène l’époque mérovingienne. Elle situe Véran à l’époque du roi Sigebert, dont le règne sur l’Autrasie s’étend de 561 à 5752. La Vie se concentre principalement sur les gestes de Véran avant son accession à l’épiscopat. Le Véran présenté dans le texte est donc un Véran ermite plus qu’évêque. Or, les traces anciennes disponibles d’un Véran de Cavaillon sont contemporaines de son épiscopat. Elles n’ont pas été intégrées dans la Vie.
« 3La première trace écrite qui soit parvenue de Véran se trouve dans les actes du deuxième concile de Mâcon dans lesquels il a apposé sa souscription3. À cette occasion se réunirent les évêques des royaumes de Neustrie et de Bourgogne alors sous l’autorité du roi Gontran en 585. »
« 4Grégoire de Tours fait figurer l’évêque de Cavaillon dans deux de ses ouvrages : les Dix Livres d’histoire et les Miracles de saint Martin. Véran intervient dans l’épisode de la mort d’un aristocrate franc empoisonné par une coupe de vin offerte par la reine de Neustrie, Frédégonde, à qui il venait tout juste de reprocher le meurtre de l’évêque Prétextat de Rouen. Apprenant cela, le roi Gontran envoie auprès de son fils Clotaire les évêques Artemius de Sens, Véran de Cavaillon et Agricius de Troyes afin qu’ils trouvent qui avait commis ces crimes4.
« 5Véran était le parrain5 de Thierry, fils de Childebert II alors roi d’Austrasie, né en 5876. L’évêque de Tours mentionne au passage que « ce pontife [Véran] était alors doté d’une grande vertu miraculeuse si bien que souvent lorsqu’il faisait un signe de croix sur des malades, il leur rendait la santé par une grâce de Dieu7 ». Véronique OLIVIER, « Un évêque raconté par des moines : Véran de Cavaillon et les abbayes de Fontaine‑de‑Vaucluse et de Saint‑Victor de Marseille », dans Simone BALOSSINO et François GUYONNET (dir.), Cavaillon au Moyen Âge, Avignon, Éditions Universitaires d’Avignon, 2022, pp. 25-34. Mise en ligne : https://doi.org/10.4000/books.eua.6285.
ICONOGRAPHIE
« Représenté en évêque avec la mitre et la crosse, il terrasse un dragon enchaîné qu’il aurait dompté dans la forêt du Léberon et qu’on interprète comme un symbole soit de l’idolâtrie vaincue, soit de la peste maîtrisée. » [8]Louis RÉAU, Iconographie de l’art chrétien, III, 3, Paris, Presses Universitaires de France, 2959, p. 1311.
Notes
| 1↑ | Gabale : nom d’un peuple de la Gaule celtique, puis de la province romaine de Gaule aquitaine. Le territoire des Gabales correspondait à celui du diocèse de Mende (avant 1790), soit le Gévaudan, pays qui recouvre assez précisément l’actuel département de la Lozère. La métropole de cette cité était Anderitum (Javols, Peyre-en-Aubrac, Lozère). |
|---|---|
| 2↑ | Extrait de la Vie latine de saint Véran, trad. du latin par Véronique OLIVIER, « Un évêque raconté par des moines : Véran de Cavaillon et les abbayes de Fontaine‑de‑Vaucluse et de Saint‑Victor de Marseille », dans Simone BALOSSINO et François GUYONNET (dir.), Cavaillon au Moyen Âge, Avignon, Éditions Universitaires d’Avignon, 2022, pp. 25-34. Mise en ligne : https://doi.org/10.4000/books.eua.6285.op. cit. |
| 3↑ | « Le jour de la fête du très saint martyr Privat, qui est honoré chaque année en pays gabale, Véran passa toute la nuit sans dormir et ne voulut pas quitter le lieu où il s’était installé. Quand le matin fut venu, il alla respectueusement au-devant de l’évêque du lieu et lui demanda d’être admis au nombre des clercs. Ses cheveux ayant été taillés, il fut adopté chez les clercs et il demeura là un grand nombre de jours, après quoi, de ce lieu, il gagna le pays de Cavaillon. Or, le peuple de Cavaillon, depuis plusieurs années, était opprimé par un très impur serpent, vulgairement appelé dragon, qui vivait dans la fontaine qui est désormais appelée Sorgue. Ayant entendu ceci, il prit le chemin vers la susdite fontaine. [Par le pouvoir de la prière, Véran chassa le dragon], puis, à la fontaine, il construisit un ermitage en l’honneur de la sainte mère de Dieu, Marie, où, avec son compagnon, il habita plusieurs jours, jusqu’à ce qu’il décide d’aller à Rome prier avec dévotion. » |
| 4↑ | « La première trace écrite qui soit parvenue de Véran se trouve dans les actes du deuxième concile de Mâcon dans lesquels il a apposé sa souscription3. À cette occasion se réunirent les évêques des royaumes de Neustrie et de Bourgogne alors sous l’autorité du roi Gontran en 585. » Véronique OLIVIER, « Un évêque raconté par des moines : Véran de Cavaillon et les abbayes de Fontaine‑de‑Vaucluse et de Saint‑Victor de Marseille », op. cit. |
| 5↑ | La Bibliotheca hagiographica latina (BHL) est un catalogue de documents hagiographiques latins – publié par la Société des Bollandistes (*) – qui comprend d’anciennes œuvres littéraires sur la vie des saints, leurs Passions, la translation de leurs reliques, leurs miracles, le tout classé par ordre alphabétique des noms des saints et numéroté consécutivement. Dans la littérature spécialisée, cette recension est nommée en abrégé BHL. Les citations se font par référence au numéro dans le catalogue. Ainsi, BHL 8536 désigne l’entrée no. 8536 de la Bibliotheca (en l’occurrence, le texte de la Vita de Véran de Cavaillon). Le catalogue liste des manuscrits, des incipits et des ouvrages imprimés. (*) La Société des Bollandistes a été fondée à Anvers au temps des Pays-Bas espagnols par les Jésuites. La responsabilité en fut confiée en 1607 au Jésuite Jean Bolland. Le but premier de la Société des Bollandistes, plus ancienne société savante toujours en activité en Belgique, demeure l’étude critique de la vie et du culte des saints (Robert Godding, Les Jésuites, Histoire et Dictionnaire, Paris, Bouquins, 2022). |
| 6↑ | Véronique OLIVIER, « Un évêque raconté par des moines : Véran de Cavaillon et les abbayes de Fontaine‑de‑Vaucluse et de Saint‑Victor de Marseille », dans Simone Balossino et François Guyonnet (dir.), Cavaillon au Moyen Âge, Avignon, Éditions Universitaires d’Avignon, 2022, pp. 25-34. Mise en ligne : https://doi.org/10.4000/books.eua.6285. |
| 7↑ | Vie latine de saint Véran, trad. du latin par Véronique OLIVIER, « Un évêque raconté par des moines : Véran de Cavaillon et les abbayes de Fontaine‑de‑Vaucluse et de Saint‑Victor de Marseille », op. cit. |
| 8↑ | Louis RÉAU, Iconographie de l’art chrétien, III, 3, Paris, Presses Universitaires de France, 2959, p. 1311. |
