Comme le souligne l’historienne Brigitte Marin, dans la définition du mot quartiere (quartier), le Grande Dizionario della lingua italiana, « dans de nombreux cas, la division en quatre quartieri “semble trouver son origine dans la structure typique du castrum romain dont les rues principales, perpendiculaires […], distinguaient l’habitat en quatre parties”. [1]Grande Dizionario della Lingua Italiana, Turin, Utet, 1990. À y regarder de plus près, ce ne sont pas, comme le laisse entendre cette définition, les axes principaux (decumanus et cardo) qui servent de limites aux quartiers et permettent de découper rigoureusement la ville en quatre parties à peu près égales. Ces rues principales et les portes sur lesquelles elles débouchent forment au contraire le cœur de ces quartiers. Ainsi, à Florence, “les limites des quartiers suivent grosso modo les diagonales de la ville romaine rectangulaire” (Fanelli 1980 : 10 [2]FANELLI, Giovanni, Firenze. Rome-Bari, Laterza, 1980, p. 10.). » [3]Brigitte MARIN, « Découpages territoriaux dans quelques villes italiennes », dans Christian TOPALOV (dir.), Les divisions de la ville, Paris, UNESCO/Éditions de la Maison des sciences de l’homme, 2002, p. 36.
« Notons en premier lieu la fréquence de l’association des mots désignant les quartiers au mot porta, et donc à l’enceinte. Cela s’explique par le découpage traditionnel des villes médiévales divisées per portas, et témoigne d’un ordre lié au périmètre défensif, et aux fonctions militaires qu’avaient ces circonscriptions (surveillance des portes, de l’enceinte, levée des milices). À Milan, le mot porta devient synonyme de quartiere, comme le montre l’expression de Serviliano Latuada, dans sa description de Milan en 1737 : « Chaque Porta de la Ville forme une compagnie de la milice » (Latuada 1737-1738, 5 : 163 [4]LATUADA, Serviliano, Descrizione di Milano, ornata con molti disegni in Rame delle Fabbriche più cospicue che si trovano in questa Metropoli. Milan, G. Cairoli, 1737-1738, p. 163.). Porta, dans ce cas, ne désigne plus la porte ouverte dans les remparts urbains, mais bien une portion de territoire en correspondance avec une porte, qui en prend le nom, et qui sert de base territoriale à l’organisation défensive de la Commune. La division en quatre quartieri caractérise, au Moyen Âge, de nombreuses villes d’origine antique, comme Florence ou Bologne par exemple. Le castrum romain était en effet percé de quatre portes correspondant aux extrémités du decumanus et du cardo ; ces quatre portes principales commandaient la partition de l’espace intra-muros en autant de portions. » [5]Brigitte MARIN, « Découpages territoriaux dans quelques villes italiennes », op. cit., p. 35
Notes
| 1↑ | Grande Dizionario della Lingua Italiana, Turin, Utet, 1990. |
|---|---|
| 2↑ | FANELLI, Giovanni, Firenze. Rome-Bari, Laterza, 1980, p. 10. |
| 3↑ | Brigitte MARIN, « Découpages territoriaux dans quelques villes italiennes », dans Christian TOPALOV (dir.), Les divisions de la ville, Paris, UNESCO/Éditions de la Maison des sciences de l’homme, 2002, p. 36. |
| 4↑ | LATUADA, Serviliano, Descrizione di Milano, ornata con molti disegni in Rame delle Fabbriche più cospicue che si trovano in questa Metropoli. Milan, G. Cairoli, 1737-1738, p. 163. |
| 5↑ | Brigitte MARIN, « Découpages territoriaux dans quelques villes italiennes », op. cit., p. 35 |
