On appelle communément Petrose quatre poèmes dantesques traitant de l’amour difficile pour une femme nommée Pietra, qui, cependant, ne peut être identifiée à aucune femme réelle. Ces poèmes constituent en réalité des exercices stylistiques imitant les trobar clus provençaux, c’est-à-dire la poésie complexe d’Arnaut Daniel. La difficulté poétique provient du fait que, dans chaque poème, les mots rimés sont soit particulièrement durs, comme dans le premier chant Io son venuto al punto de la rota (Je suis arrivé au point de la roue) et dans le dernier, Così nel mio parlar voglio essere aspro (Ainsi, dans ma parole, je veux être dur) ; ou bien les mots rimant sont toujours les mêmes et se répètent dans chaque strophe dans un ordre différent, comme dans le deuxième chant, Al poco giorno et dans le troisième chant, Amor, tu vedi ben. Un tel exercice stylistique sera jugé négativement comme une fin en soi dans le De vulgari Eloquentia [1]« Il existe […] trois manières d’utiliser des rimes inappropriées pour un poète de style soutenu : la première consiste à marteler la même rime, à moins que le poète ne prétende ainsi apporter une touche de nouveauté et d’originalité ; alors, tel un chevalier le jour de son adoubement, il refuse de laisser passer l’épreuve sans un exploit particulier. … Poursuivre, mais la recherche sur les rimes dures sera reprise dans les derniers chants de l’Enfer, et la sextine qui compose ces vers âpres constituera la première ébauche des tercets enchaînés de la Comédie.
Notes
| 1↑ | « Il existe […] trois manières d’utiliser des rimes inappropriées pour un poète de style soutenu : la première consiste à marteler la même rime, à moins que le poète ne prétende ainsi apporter une touche de nouveauté et d’originalité ; alors, tel un chevalier le jour de son adoubement, il refuse de laisser passer l’épreuve sans un exploit particulier. C’est ce que j’ai tenté de faire ici : Amor, to vedi ben che questa donna [Amour, tu vois bien que cette dame]. La deuxième chose à éviter est ce type de rime superflue, dite « équivoque », qui semble toujours nuire, d’une manière ou d’une autre, au sens ; et la troisième est l’emploi de rimes à la sonorité dure, à moins qu’elles ne soient mêlées à des rimes douces – car c’est précisément ce mélange de rimes dures et douces qui confère à la tragédie toute sa splendeur. » Dante ALIGHIERI, De vulgari Eloquentia, II, XIII, 12. |
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