Le Physiologus (Physiologus de naturis animalium et bestiarum), initialement écrit en grec avant la fin du IIIe siècle, est l’une des œuvres les plus anciennes proposant une interprétation chrétienne de la création et utilisant le comportement animal (souvent imaginaire) comme modèle du comportement humain. Probablement composé en Égypte, ce premier bestiaire demeuré anonyme a connu une diffusion exceptionnelle. Avant la fin du premier millénaire, il a été traduit deux fois en latin, en syriaque et en arabe, une fois en arménien (et de là en géorgien) et en éthiopien, et il en existe également des traces en copte. Au cours du deuxième millénaire, le Physiologus a été traduit à plusieurs reprises dans diverses langues slaves et du latin en islandais, vieil anglais et vieux haut allemand, puis adapté dans presque toutes les langues vernaculaires d’Europe occidentale jusqu’à la Renaissance. Le Physiologus est l’un de ces textes dont l’influence sur l’imagination, la culture et l’art médiévaux et modernes est incommensurable.
L’ouvrage contenait quarante-huit ou quarante-neuf chapitres ; chacun de ces chapitres était consacré à un animal spécifique et incluait une illustration, une description de ses caractéristiques et une histoire, à la fois observation naturelle et anecdote imaginaire, concernant son comportement.
Le lion est par exemple le sujet de l’une de ces histoires. On disait que les lionceaux naissaient sans vie et que leur mère veillait sur eux jusqu’à ce que le père, le roi des animaux, arrive et leur insuffle la vie. Cette image donna lieu à une lecture allégorique empreinte de symbolisme chrétien : le lionceau ranimé par le père devint la figure du Christ ressuscité le troisième jour. Tandis que le lion incarnait des vertus nobles, d’autres créatures servaient d’avertissement. Ainsi le hérisson qui, croyait-on, grimpait dans les vignes, en faisait tomber les raisins, puis les empalait sur ses pics pour les rapporter à ses petits. Selon le Physiologus, ce récit avait une valeur édifiante : il invitait les chrétiens à veiller sur la vigne de leur âme. « Toi, Ô chrétien, abstiens-toi de t’occuper de tout, et veille sur ta vigne spirituelle, car c’est d’elle que tu remplis ta cave intérieure […]. Ne laisse pas le souci du monde et le plaisir des biens temporels t’absorber, car alors le diable hérissé de piquants, dispersant tous tes fruits spirituels, les transpercera de ses aiguillons et fera de toi la pâture des bêtes. »
