Denys d’Halicarnasse

Denys d’Halicarnasse (Halicarnasse, v. 60 av. J.-C. Rome [?], 8 av. J.-C.) : rhéteur [1]La rhétorique est l’art de l’action du discours sur les esprits. Le mot provient du latin rhetorica, emprunté au grec ancien rhêtorikê tékhnê, « technique, art oratoire ». Plus précisément, selon Ruth Amossy, « telle qu’elle a été élaborée par la culture de la Grèce antique, la rhétorique peut être considérée comme une théorie de la parole efficace … Poursuivre et historien grec. « Denys d’Halicarnasse a connu, selon les siècles, des fortunes diverses. Ces fluctuations tiennent, en grande partie, à sa double personnalité littéraire. En effet, ce Grec originaire d’Asie Mineure est l’auteur de deux grandes œuvres : les Antiquités romaines histoire de Rome en vingt livres, qui couvre la période allant des origines de la cité jusqu’à la première guerre punique -, et les opuscules dits « rhétoriques », qui constituent le prolongement de l’activité de rhéteur que Denys exerça à Rome à partir de 31 av. J.-C. Or, si Denys semble avoir joui, en tant que professeur de rhétorique. d’une notoriété certaine auprès de ses contemporains lettrés, grecs et romains, en revanche rien ne nous permet d’affirmer que ses Antiquités romaines (parues en 7 av. J.-C.) aient eu, du vivant de leur auteur, un rayonnement équivalent à celui de ses Opuscules. Les siècles suivants, ont de même, semble-t-il, négligé l’œuvre historiographique de Denys au profit de son œuvre de critique littéraire : alors que les traités rhétoriques, et en particulier les traités atticisants de Denys, n’ont cessé d’être lus, sans interruption, jusqu’au Moyen Âge, les Antiquités ne sont que rarement citées par les écrivains grecs du Haut- et du Bas-Empire. Il faut en fait attendre la Renaissance pour que Denys, l’historien de Rome, accède à la célébrité, notamment grâce à la traduction latine de onze premiers livres des Antiquités romaines qui parut en 1480, à Trévise, sous le nom du Milanais Lapus Biragus, et qui connut un succès de librairie considérable. Ensuite, l’engouement des lettrés pour les Antiquités romaines ne cesse de croître, jusqu’à ce qu’éclate en 1723 la querelle des Anciens et des Modernes et que s’engage le débat « sur l’incertitude des premiers siècles de l’histoire romaine ». La gloire de Denys s’éteint alors brutalement, car on l’accuse en particulier d’avoir utilisé, sans esprit critique, des sources annalistiques « pleines de falsification », et de donner une idée erronée du gouvernement de Rome sous les rois et les consuls. Mais c’est surtout au XIXe siècle, avec le triomphe du positivisme et de l’hypercritique, que la disgrâce de Denys d’Halicarnasse devient complète. Car un nouveau grief vient s’ajouter aux précédents : on se met à reprocher à Denys son activité de professeur de rhétorique, jugée incompatible avec le travail d’un véritable historien. Depuis une [cinquantaine] d’années cependant, l’auteur des Antiquités romaines connaît un regain de faveur. » [2]Valérie FROMENTIN, « Denys d’Halicarnasse, historien grec de Rome », dans Histoire et historiographie dans l’Antiquité. Actes du 11ème colloque de la Villa Kérylos à Beaulieu-sur-Mer les 13 & 14 octobre 2000, Paris, Académie des Inscriptions et Belles Lettres, 2001, pp. 123-142. (Cahiers de la Villa Kérylos, 11).

Notes

Notes
1↑ La rhétorique est l’art de l’action du discours sur les esprits. Le mot provient du latin rhetorica, emprunté au grec ancien rhêtorikê tékhnê, « technique, art oratoire ». Plus précisément, selon Ruth Amossy, « telle qu’elle a été élaborée par la culture de la Grèce antique, la rhétorique peut être considérée comme une théorie de la parole efficace liée à une pratique oratoire » (*).

(*) Ruth AMOSSY, L’argumentation dans le discours, Paris, Nathan, 2000, p. 6.

2↑ Valérie FROMENTIN, « Denys d’Halicarnasse, historien grec de Rome », dans Histoire et historiographie dans l’Antiquité. Actes du 11ème colloque de la Villa Kérylos à Beaulieu-sur-Mer les 13 & 14 octobre 2000, Paris, Académie des Inscriptions et Belles Lettres, 2001, pp. 123-142. (Cahiers de la Villa Kérylos, 11).

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