Francesco di Giorgio Martini, « Susanna al bagno »

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Francesco di Giorgio Martini (Sienne, 1439 – 1502)

Suzanne au bain, vers 1460.

Tempéra sur panneaux (fragments d’un cassone), 30 x 40 cm.

Inscriptions : /

Provenance : ?

Sienne, Pinacoteca Nazionale.

Le thème, Suzanne au bain, ou Suzanne et les vieillards (ou encore, dans un souci d’extrême exactitude, Suzanne et les deux vieillards) se rencontre dans un épisode biblique qui figure au chapitre 13 du Livre de Daniel. Cet épisode relate l’histoire d’une jeune femme prénommée Suzanne qui, après avoir été été observée à son insu pendant qu’elle prenait son bain, refuse les propositions malhonnêtes de deux vieillards. Par vengeance, ces derniers l’accusent alors d’adultère et la font condamner à mort. Mais le prophète Daniel, encore adolescent, intervient pour prouver son innocence et fait, en revanche, condamner les deux vieillards. Ce qui n’est que justice.

La scène se passe dans les jardins d’une somptueuse demeure typique d’une Renaissance plus ou moins rêvée en peinture, et flanquée d’un splendide péristyle de style corinthien aux colonnes de section carrée. Suzanne, qui l’instant d’auparavant, prenait un bain après avoir abandonné sa serviette (orange) soigneusement pliée sur le parapet, vient d’être surprise par les deux vieillards dissimulés derrière une haie. Ces deux personnages libidineux vont s’avérer, dans la suite de l’histoire, être de sombres et coupables affabulateurs. L’attitude d’orante de Suzanne, debout dans la vasque où elle vient d’être surprise dans son intimité, ne laisse planer aucun doute sur sa volonté de préserver une chasteté appelée à entrer dans la légende. [1]

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Le stratagème mis en œuvre par Francesco di Giorgio (haie de végétaux supposés dissimuler la nudité de Suzanne, vue surplombante, qui rend visible l’ensemble des protagonistes) est très efficace ; il nous permet de contempler la totalité de la scène dans des conditions bien préférables, d’une certaine manière, à celles des deux voyeurs, lesquels ne bénéficient pas d’un point de vue aussi avantageux. Pour les jeune mariés, cependant, cette scène, dans la chambre nuptiale, signifiait, principalement à l’attention de l’épouse, un exemple de vertu.

Lire le texte intégral : Suzanne au bain

[1] On note avec une certaine surprise la présences de rayures laissées sur la silhouette de Suzanne par une pointe rageusement manipulée (fig. 1). Ce type de griffures est fréquemment visible sur les images du démon, ou des méchants, dans les retables longtemps exposées dans les églises au regard de fidèles sans doute trop simples d’esprit.