Guidoccio Cozzarelli, « Battesimo di Gesù »

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Guidoccio Cozzarelli (Sienne, 1450 – env. 1516)

Battesimo di Gesù, 1470

Tempéra sur bois, ?

Inscriptions :

  • sur le cercle situé autour le la colombe du Saint Esprit : « […] ECCE FILIUS MEUS DILECTUS »
  • dans l’auréole du Baptiste : « […]ANES BATISTT[…] »
  • dans l’auréole de saint Jérôme : « S. YERON[…] »

Provenance : ?

Sinalunga, Église du monastère de San Bernardino.

  • A gauche : Saint Jérôme
  • A l’arrière du Christ : Trois anges
  • Au centre, bénissant : Jean Baptiste
  • A droite : Saint Nicolas

Le Saint Esprit flotte, comme il se doit, dans le firmament, au-dessus de la scène. Il semble qu’une lumière surnaturelle émanant du cercle ouvert sur l’infini, et à travers lequel la colombe descend vers nous, soit à l’origine de la lumière  lunaire qui éclaire les personnages et jette une lueur blafarde sur les lointains du paysage.

Noter l’archaïsme de la représentation : le fleuve Jourdain prend ici l’apparence d’un ru. La solution, fréquemment utilisée par les peintres, permet de résoudre la difficulté rencontrée à représenter, dans le format contraint de l’œuvre, une scène qui nécessite une certaine ampleur (celle d’un paysage), et à montrer un événement qui se déroule en même temps, à la fois dans l’eau et sur les berges, et impose de rendre visible la transparence et la profondeur de l’une et la différence de niveau sur laquelle se situe l’autre, la rive et ses personnages indispensables à la représentation en tant qu’acteurs de la scène. Cette difficulté d’ordre technique en fait surgir une autre chez les puristes religieux pour lesquels l’immersion du corps du Christ à l’occasion de son Baptême doit être totale (ce qui est loin d’être le cas ici).

  • Parmi les trois anges qui assistent à la scène, l’un porte la tunique du Christ qui s’est dévêtu pour son baptême.
  • Saint Jérôme, qui porte le manteau rouge des cardinaux par-dessus son habit de moine, prend des notes face au spectacle, comme pour mieux en rendre compte par la suite.
  • Saint Nicolas, reconnaissable grâce à son costume d’évêque, et témoin tout aussi symbolique de l’événement en cours que l’est Jérôme, est en oraison.

L’anachronisme qui fait voisiner dans une même scène des personnages qui n’ont pas vécu à la même période est fréquent en peinture. Il permet de les y faire « converser » [1] et, notamment, d’augmenter en densité l’épisode représenté par l’ajout de figures sacrées particulièrement révérées dans le lieu où l’œuvre était destinée à être offerte au regard.

Le retable du Baptème du Christ est unanimement considéré comme le chef-d’œuvre de Guidoccio Cozzarelli dont l’activité notable, entre les années 1483 et 1485, est documentée pour le couvent de l’Osservanza (aujourd’hui église de San Martino) comme pour la cité de Sinalunga.

[1] C’est le sens même d’un type d’œuvre appelé sacra conversazione en Italie.