Pietro Lorenzetti, « Madonna col Bambino »

Pietro Lorenzetti (Sienne, documenté de 1305 à 1345)

Madonna col Bambino (Vierge à l’Enfant), 1310-1320.

Tempéra sur panneau, 71 x 47 cm.

Inscriptions : /

Provenance : Pieve dei Santi Leonardo e Cristoforo, Monticchiello.

Pienza, Museo diocesano.

La Madone constituait, à l’origine, le panneau central du Polyptyque de Monticchiello destiné à l’autel de l’église des saints Léonard et Christophe de Montichiello, près de Pienza. Les quatre panneaux latéraux, ainsi que l’un des gâbles du polyptyque récemment acquis par la Commune de Pienza [1]Le San Luca est exposé dans le musée diocésain de Pienza, à proximité de la Madone, depuis le début du mois d’avril 2025, après son acquisition par la Commune de Pienza en 2024. sont identifiés et acceptés actuellement comme tels par toute la critique. Il s’agit des œuvres suivantes : Sainte Agathe (?), conservée au Musée Tessé (Le Mans), et les saints Léonard, Catherine et Marguerite (?), tous trois au Musée Horne de Florence. Parmi les points communs aux cinq panneaux, on notera en particulier le soin extraordinaire avec lequel Pietro rend compte du raffinement des vêtements portés par les personnages. Tous (excepté Léonard, bien entendu) portent de précieux habits à la mode des années 1310-1320, faits de tissus légers et soyeux, rehaussés, aux encolures et sur les manches, de broderies. Ces dernières ne sont pas sans évoquer les motifs au poinçon visibles dans les auréoles qui caractérisent les personnes sacrées. Un même raffinement se retrouve dans le chromatisme délicat et recherché des tissus dont le rendu semble avoir été l’une des préoccupations du peintre. De chacun des panneaux émane une forme de sophistication qui se retrouve jusque dans la pose inédite de l’Enfant Jésus.

fullsizeoutput_19ca

L’œuvre appartient au début du parcours de Pietro, vers la fin de la décennie 1310-1320, années au cours desquelles il se libère peu à peu de l’influence de Duccio, même si, à l’évidence, celle-ci demeure le fondement du style propre à l’ainé des frères Lorenzetti. Ici, la puissance expressive et plastique que l’on peut admirer est la même que dans les scènes d’Assise. Les plis des vêtements ne sont pas uniquement, loin de là, le prétexte à d’élégantes arabesques mais participent à la construction des formes et de leurs volumes.

img_4843

Le dialogue silencieux entre la Madone et l’Enfant acquière une force dramatique extrême. Leurs deux visages sont proprement rivés l’un à l’autre par la tension de leurs regards. La concentration de l’Enfant vers sa mère lui impose une attitude qui serait difficilement tenable de manière prolongée. Chose rare pour l’époque, l’Enfant est représenté parfaitement de profil.

Panneaux provenant du polyptyque de Pienza

Le maire Manolo Garosi commente : « Ce n’est pas seulement une œuvre d’art d’une valeur extraordinaire qui fait partie de notre patrimoine, mais c’est un élément important de notre histoire et de notre culture ». « Une partie de l’œuvre de Pietro Lorenzetti revient après plus de 200 ans (le polyptyque a probablement été démembré et partiellement volé par les troupes de Napoléon) – dit Giampietro Colombini, président de la Fondation San Carlo Borromeo, à propos de l’opération présentée à la Biennale des Antiquités du Palais Corsini de Florence – La communauté se réjouit d’un résultat inattendu obtenu grâce à la collaboration d’organismes publics et privés ». L’achat a été réalisé grâce à un appel d’offres de parrainage supérieur à 120 000 euros et avec l’intervention de deux sponsors, Distribuzione Italia et Fabbrica – Pienza. L’œuvre a été achetée par une galerie de la via Maggio à Florence. C’est le professeur Gabriele Fattorini, directeur du Musée diocésain de Pienza et professeur à l’Université de Florence, qui l’a identifié et l’a signalé à la Municipalité : « C’est une œuvre délicieuse de la phase juvénile et plus expérimentale du grand peintre siennois – explique-t-il – ». La contribution de l’historienne de l’art Machtelt Brüggen Israëls, professeur à l’Université d’Amsterdam, qui fut la première à proposer une reconstitution du polyptyque, est inestimable. Le panneau « augmente les éléments connus du Polyptyque de Monticchiello dont il faisait partie. Sa reconstruction est un roman policier qui s’étend de la région de Pienza en 1315 jusqu’à la Pise du XIXe siècle, pleine de collectionneurs et de restaurateurs, pour se terminer, pour le moment, à Florence ». [2]Gabriele Fattorini. Du retable démembré, on sait qu’en dehors de Pienza se trouvent au moins un trio de saints au Musée Horne de Florence (San Leonardo, Santa Caterina d’Alessandria et Santa Margarita), une Sainte Agathe au Musée de Tessé au Mans, en France, tandis que le second gâble connu à appartenu à l’historien de l’art Bernard Berenson et se trouve à la Villa I Tatti, sa résidence florentine, aujourd’hui propriété de l’Université de Harvard.

Notes

Notes
1 Le San Luca est exposé dans le musée diocésain de Pienza, à proximité de la Madone, depuis le début du mois d’avril 2025, après son acquisition par la Commune de Pienza en 2024.
2 Gabriele Fattorini.

Laisser un commentaire

En savoir plus sur Guide artistique de la Province de Sienne

Abonnez-vous pour poursuivre la lecture et avoir accès à l’ensemble des archives.

Poursuivre la lecture