Duccio di Buoninsegna, « Vetrata del Duomo »

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Duccio di Buoninsegna (Sienne, vers 1260 – vers 1318-1319)

Vitrail de la Cathédrale, 1287-1290.

Verre coloré et peint en grisaille, diamètre : 560 cm.

Provenance : Oculus de l’abside de la Cathédrale, Sienne

Sienne, Museo dell’Opera del Duomo.

Dans un document datant de 1287, on peut lire que l’église devait être embellie par la pose d’un vitrail dans la « […] fenestra rotunda magnae quae est post altare beate Marie Virginis ecclesie […] » [1], sans autre précision, notamment concernant le nom de son concepteur, tandis qu’une note de paiement conservée à l’Archivio di Stato de Sienne et publiée par Milanesi [2] indique ceci : « 1369. A maestro Jachomo di Chastello cinquanta e due fior d’oro e quattro soldi per una finestra dietro l’altare maggior. [3] » C’est sur la base de cette information que la critique a d’abord considéré que le grand oculus de la Cathédrale avait été réalisé par Jacopo da castello en 1369. Ce n’est qu’en 1911 que De Nicola, également historien de l’art, se rendit compte que les dimensions indiquées dans le document ne correspondaient pas à celles du vitrail.

Après un certain nombre de débats concernant son auteur durant les premières décennies du XXe siècle, Enzo Carli [4] avança le premier, en 1943, l’idée que la grande verrière de l’abside de la Cathédrale pouvait avoir été conçue par Duccio. Observant de près l’œuvre alors déposée en vue de la mettre à l’abris des événements liés à la guerre, il avança cette thèse en précisant que la verrière était attribuable de manière certaine à l’artiste, en la datant de 1280, c’est-à-dire au cours de la période de jeunesse de celui-ci [5]. L’œuvre fut réinstallée à sa place d’origine après la seconde guerre mondiale, et ce n’est qu’en 1995 qu’elle fut une nouvelle fois déposée en vue de subir une importante et longue restauration après laquelle elle fut définitivement installée dans le Museo dell’Opera del Duomo (Galerie des statues) et remplacée par une copie dans l’abside de la Cathédrale.

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Le programme iconographique du vitrail est fondé sur trois épisodes majeurs de l’histoire de la Vierge [6] : sa mort, sa montée miraculeuse dans les cieux, son couronnement. La référence est ici le texte byzantin du Pseudo-Mélite, qui est aussi l’une des sources de La Légende dorée de Jacques de Voragine. Les trois scènes sont, bien entendu, lisibles du bas vers le haut, dans un mouvement ascensionnel qui culmine en toute logique avec le Couronnement. Les quatre angles sont occupés par les figures des quatre évangélistes tandis que, sur la bande horizontale, sont disposés deux à deux les quatre Patrons de la ville. On notera que le premier, situé à gauche, n’est pas Vittore, comme on pourrait s’y attendre, mais Barthélémy qui ne lui céda la place que quelques années plus tard, ce qui imposa à Duccio de tenir compte de ce changement lorsqu’il peignit le grand panneau central de la Maestà.

On sait le rôle que joue, dans la Cathédrale, le décor conçu comme une savante scénographie. Dans ce contexte, on peut être tenté de considérer comme étant licite une hypothèse séduisante récemment formulée dans le champ de l’histoire de l’art. Cette hypothèse touche au grand polyptyque de la Maestà que peindra Duccio entre 1308 et 1311 et à sa relation avec le vitrail des années 1280. Dans la Maestà, l’absence du Couronnement de la Vierge sur la face avant où elle aurait dû se trouver, et généralement réputée perdue, a peut-être été volontairement omise par Duccio. Situé à l’arrière du polyptyque, en hauteur par rapport à ce dernier, le vitrail, pour qui songerait à lever les yeux, parachèverait ainsi, grâce à l’épisode céleste du Couronnement, l’histoire de la Vierge initiée plus bas dans le retable pour sa partie terrestre, selon une articulation entre les deux grands chef-d’œuvres que l’on se plait à imaginer ici comme résultant d’une intention de Duccio lui-même.

[1] Dans la « […] grande fenêtre ronde qui est située derrière l’autel de la bienheureuse Vierge Marie [l’autel majeur] de l’église […] ».

[2] MILANESI 1854-1856, I, p. 311.

[3] « 1369. À maître Jacopo di Castello, cinquante deux florins d’or et quatre sous pour une fenêtre derrière l’autel majeur. »

[4] CARLI 1943.

[5] Actuellement, les cartels du Museo dell’Opera assignent la réalisation de l’œuvre entre 1387 et 1390. L’attribution à Duccio, quant à elle, n’a jamais été remise en cause depuis 1943.

Rappelons ici que le Duomo de Sienne a été dédié à la Vierge bien longtemps avant que le thème de l’Assomption soit considéré comme un dogme, ce qui n’est le cas que depuis 1950, sous le règne de Pie XII.