Cennino Cennini et Taddeo Gaddi, « Nascita di Santo Stefano » ; « Santo Stefano portato via dal demone » ; « Il ritrovamento di Santo Stefano, allatato da una cerva »

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Cennino Cennini (Colle di Val d’Elsa, 1370 – Florence, 1427) et Taddeo Gaddi (vers 1300 – 1366)

  • Nascita di Santo Stefano (Naissance de saint Etienne)
  • Santo Stefano portato via dal demone (Saint Etienne enlevé par le démon)
  • Il ritrovamento di Santo Stefano, allatato da una cerva (Saint Etienne est retrouvé allaité par une biche)

Fresque.

Provenance : In situ.

Poggibonsi, Église de San Lucchese.

D’après la Vita fabulosa sancti Stephani protomartyris, dont le texte manuscrit du Xe s. est conservé au Mont Cassin, Etienne fut ravi le jour même de sa naissance par Satan qui l’emmena loin de la maison paternelle et le déposa à la porte d’un évêque nommé Julien, non sans avoir préalablement substitué au nourrisson un petit démon dans son berceau. L’évêque, alerté par des pleurs, sortit de chez lui et trouva l’enfant allaité par une biche blanche. L’animal prit alors la parole pour conseiller à l’évêque d’adopter le nouveau-né …

Les trois scènes superposées se lisent de haut en bas. Elles représentent trois épisodes de l’enfance légendaire du saint. Au Moyen-Âge, la dévotion à saint Etienne s’est fortement développée. Elle a été accompagnée, comme souvent, de l’invention de situations fabuleuses permettant de nourrir une légende. Cela nous donne des images ravissantes, souvent pleines d’un charme naïf et touchant, parfois empreintes, comme ici, d’une forme d’humour peut-être involontaire.

Au sommet de la paroi, si nous assistons à la naissance de l’enfant appelé à devenir le proto-martyre de la Chrétienté, nous sommes également face à une scène de la vie toscane qui pourrait s’être déroulée aux alentours de l’an 1300. Les femmes s’affairent autour de l’accouchée étendue sur son lit, et dont le geste semble manifester les fatigues de l’épreuve qu’elle vient de vivre. Derrière elle, une servante replie des linges tandis qu’au premier plan, on se prépare à donner au nourrisson encore emmailloté son premier bain : l’une des nourrices le prend des bras de son père (?) tandis que l’autre verse l’eau du bain dans le bassin qui va accueillir l’enfant. On note que celui-ci porte déjà l’auréole qui le désigne comme saint. Une seconde saynète permet, tout en alertant sur le caractère miraculeux de cette naissance, d’observer, à gauche de la maison paternelle, l’instant où un ange s’est présenté auprès de la femme que nous identifions comme la mère de l’enfant qui vient de naître, pour lui annoncer cette heureuse nouvelle. Il s’agit là d’un bel exemple du fonctionnement narratif au sein d’une œuvre picturale, et de son caractère réfractaire à la linéarité d’une lecture textuelle. Si la venue de l’ange s’est nécessairement déroulée plus tôt dans le temps historique (raison pour laquelle il est visible à gauche de la scène, conformément au sens gauche-droite propre à la lecture dans les cultures occidentales), c’est par un va-et-vient du regard assortit d’une certaine logique déductive, sinon de la connaissance préalable de la narration, que nous reconstituons la chronologie des faits.

Immédiatement au-dessous, le drame s’est noué. Pour être parfaitement intelligible depuis le lieu où on l’observe, les deux artistes ont représenté, à une échelle formidable, un bateau s’éloignant du rivage et emportant l’enfant qui vient d’être enlevé. De celui-ci, nous percevons parfaitement, grâce à l’échelle des personnages, la silhouette auréolée. Le navire, dont le vent gonfle abondamment les voiles et que des rameurs s’emploient eux aussi à entraîner vers le large, doit déjà filer à vive allure. A gauche, dans un étrange édifice crénelé (la maison familiale ?), on distingue sans difficulté (c’est l’une des magies de la peinture), dans un berceau à bascule, un sinistre enfant coiffé de deux cornes diaboliques. Le drame est noué.

Dans le troisième rectangle (fig. 1), à hauteur des yeux du spectateurs, l’évêque, Julien, entouré de figures masculines puissantes telles des monolithes, vient de découvrir entre les pattes de la biche agenouillée l’enfant emmailloté dont la bouche semble rivée au pis de l’animal. Aucun des spectateurs ne semblent s’émouvoir de la scène miraculeuse à laquelle il assiste.

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