Duccio di Buoninsegna, « Presentazione al Tempio »

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Duccio di Buoninsegna (Sienne, vers 1260 – vers 1318/19)

Présentation au Temple

Tempera et or sur bois, 42,5 x 43 cm.

Sienne, Muse dell’Opera Metropolitana del Duomo.

La scène de la Présentation de l’enfant Jésus au Temple est représentée avec une grande fidélité aux textes bibliques. Jésus, que l’on voit dans les bras du vieillard Siméon, tend les bras vers sa mère qui s’apprête à le recueillir. A droite, Anne la Prophétesse tient un rouleau sur lequel ne figure aucune inscription. Faut-il y voir une image de son mutisme (elle ne prononce pas un mot dans la narration de la scène qui figure dans le seul Évangile de Luc) ? Joseph, quant à lui, apporte l’offrande que tous les parents doivent au Temple pour le rachat de leur fils premier né, ainsi que le précise Luc et après lui, le commentaire qu’en fait Jacques de Voragine : « La Vierge offrit pour lui [1] au Seigneur un couple de tourterelles, ce qui était l’offrande des pauvres, tandis que l’agneau était l’offrande des riches. »

L’action se passe en plein centre de l’édifice. Une succession concentrique d’arcs ornés de marbres rouge et vert semble se resserrer autour du centre de l’image, c’est-à-dire à l’endroit même où l’on voit Siméon remettre dans les bras de Marie un Enfant Jésus. Dans un geste enfantin d’une justesse qui ne peut que relever de l’observation préalable, celui-ci tend les bras vers sa mère et manifeste visiblement, sans doute tout aussi bruyamment, sa volonté de se libérer de l’emprise des bras du vieil homme qu’il ne connait pas. Et l’on comprend ici la belle formule de Luciano Bellosi : « Le naturel de la situation dépasse les exigences théologiques, qui voudraient que Jésus soit dès l’enfance, conscient de son être. » [2]

Les cercles concentriques de l’architecture imposent, par leur effet de ricochet, une focalisation sur le petit incident significatif qui vient d’être souligné. Il se trouve, et ce n’est pas un hasard, que cet mouvement de centralisation, fortement souligné, fait écho, au centre de la prédelle, à la position, également centrale, qu’occupe le panneau dans la succession des scènes. Souvenons-nous de ce décor architectural qui, à la limite de l’abstraction, évoque, en fait de temple, l’intérieur de quelque cathédrale médiévale ou le souvenir plus ou moins lointain de l’intérieur du Duomo siennois : nous le retrouverons, de manière significative, dans la Dispute de Jésus avec les docteurs qui, dans un moment, viendra conclure le cycle des sept épisodes de l’Enfance du Christ qui appartiennent aussi, c’est la raison même de leur présence sur la face avant du monumental polyptyque, à la vie de la Vierge.

[1] Pour Jésus, premier enfant de sexe masculin.

[2] BELLOSI 1998, p. 17.