Domenico di Bartolo, « Governo e cura degli infermi »

Domenico di Bartolo (Asciano, vers 1400/1404 – Sienne, vers 1445/1447)

Governo e cura degli infermi (Garde et soin des malades), vers 1440/1441.

Fresque

Provenance : In situ.

Sienne, Santa Maria della Scala.

Sur le côté droit de la salle, faisant face aux scènes plus ou moins fantaisistes ou légendaires destinées à glorifier la grande institution siennoise, quitte à en enjoliver l’histoire, sont peintes des images qui racontent dorénavant le quotidien de la vie de l’Hôpital au plus près de la réalité parfois très prosaïque qui en fait la principale caractéristique, sans, pour autant, renoncer à une dimension tirant la réalité du côté de la légende.

La scène consiste en un véritable résumé des activités développées au quotidien en faveur des malades. Le lieu lui-même évoque, à n’en pas douter, l’Ospedale tel qu’il pouvait être au XVe siècle : si les salles ne peuvent être identifiées avec certitude [1], elle sont représentées avec un sens du détail qui ne peut qu’être le fruit d’une observation, et l’on est réellement est tenté de reconnaître dans cette peinture, les salles oblongues si caractéristiques que nous venons de traverser.

Une observation attentive de l’œuvre fait apparaître un fourmillement d’informations relatives à une organisation des activités hospitalières qui se trouvent être ici minutieusement documentée. Au premier plan, dans la partie centrale, un homme à demi-nu, assis sur un tabouret, exhibe malgré lui l’énorme plaie sanguinolente que l’on voit béante à sa cuisse. Tandis que l’un des frères laïcs est en train de l’envelopper à l’aide d’une couverture pour le protéger du froid qu’éprouve visiblement le malheureux, un second frère, agenouillé devant lui, un torchon posé sur les genoux comme on fait en pareil cas, essuie les pieds du blessé après lui avoir sans doute prodigué une toilette minutieuse. Derrière lui, le chirurgien s’avance pinces à la main pour réaliser l’opération de suture de la plaie. Au beau milieu de cette scène se détache l’image du Recteur, personnage décidément central à tous égards. Vêtu d’un manteau de couleur beige clair et coiffé de son bonnet noir, il veille attentivement au bon déroulement des opérations en cours dans la salle, entouré des membres de l’équipe qui le seconde au quotidien.

Tout-à-fait sur la gauche, un garçon de salle (que l’on reconnaît à sa blouse blanche (les frères laïcs portent, eux, un vêtement rouge) intervient auprès d’un malade très maigre et au teint livide, pour lui procurer un peu de confort, si toutefois cela est possible dans un brancard du type de celui où gît le malheureux. Ce dernier, dans un geste d’appel au secours plein de vérité, s’agrippe au bras de son bienfaiteur d’un moment. A l’arrière, un médecin et son assistant tenant en main un  flacon d’urine sont en train d’établir un diagnostique qu’ils effectuent visuellement (« Postea saignare, ensuita purgare …”).

A l’opposé, sur la droite, la figure massive et rubiconde d’un religieux attire l’attention ; que fait-il exactement, que nous avons quelque peine à identifier à distance ? Eh bien ! dans une attitude qui souligne à la fois le caractère privé et secret de l’opération et la conviction qu’y met le prêtre à l’allure rabelaisienne, il est en train de confesser un mourant que l’on devine, plus qu’on ne le voit [2], allongé sur un lit placé perpendiculairement à la paroi de la salle, comme on pourrait les imaginer, et comme ils l’ont été dans les salles de l’Hôpital pendant des siècles et jusque récemment. Au premier plan, sous une cuvette de cuivre posée sur un haut trépied dans un souci de fonctionnalité [3], le sempiternel couple du chien et du chat s’affronte dans une surprenante indifférence générale. L’histoire ne s’achève pas là : dans une configuration cinématographique avant la lettre, deux aides apportent sur leurs épaules un brancard sur lequel, cela ne fait aucun doute, gît un blessé. Le groupe se trouve un instant encore hors champ, mais le mouvement latéral des deux porteurs s’apprête à l’introduire dans l’image.

Avant de se détourner de cette œuvre émouvante à bien des égards, reste à jeter un coup d’œil sur un détail qui n’a pas encore été mentionné, qui pourrait symboliser à lui seul la somme des souffrances humaines vécues ici, et d’une certaine manière, la volonté de cette même humanité de venir toujours au secours d’elle-même. Une paire de gros chaussons certainement confortables, et répondant à un souci d’hygiène, soigneusement alignés – ici, on ne plaisante pas avec l’ordre et la discipline nécessaires – nous rappelle une nouvelle fois, à une échelle minuscule, la vocation qui est celle de l’Institution hospitalière née de la volonté de la cité de Sienne.

[1] Nombre de spécialistes ont étudié l’arrière plan de la scène, certains y ont reconnu l’actuelle salle appelée Passeggiata mais il n’y a aucune certitude sur ce point, hormis le fait que le peintre s’est très probablement référé directement aux espaces hospitaliers qu’il a lui-même parcouru lors de son séjour ici.

[2] Du fait du raccourci selon lequel il est représenté.

[3] Elle se trouve à hauteur d’homme.