Sources écrites de l’épisode des Funérailles de la Vierge

Jacques de Voragine, La Légende dorée, chap. 115, « L’Assomption de la sainte Vierge Marie. »

Jean dit à Pierre : « Pierre, vous porterez cette palme devant le brancard ; car le Seigneur vous a mis à notre tête et vous a ordonné le pasteur et le prince de ses brebis. » Pierre lui répondit : « C’est plutôt à vous à la porter ; vous avez été élu vierge par le Seigneur, et il est digne que celui qui est vierge porte la palme d’une vierge. Vous avez eu l’honneur de reposer sur la poitrine du Seigneur, et vous y avez puisé plus que les autres des torrents de sagesse et de grâce, il paraît juste qu’ayant reçu plus de dons du Fils, vous rendiez plus d’honneur à la Vierge. Vous donc, devez porter cette. palme de lumière aux obsèques de la sainteté, puisque vous vous êtes enivré à la coupe de la lumière, de la source de l’éternelle clarté. Pour moi, je porterai ce saint corps avec le brancard et nos autres frères qui seront à l’entour célébreront la gloire de Dieu. » Alors Paul dit : « Et moi qui suis le plus petit d’entre vous tous, je le porterai avec vous. » C’est pourquoi Pierre et Paul enlevèrent la bière ; Pierre se mit à chanter : « Israël sortit de l’Egypte, alleluia. » Puis les autres apôtres continuèrent ce chant doucement. Or, le Seigneur enveloppa d’un nuage le brancard et les apôtres, en sorte qu’on ne voyait rien, seulement on les entendait chanter. Des anges aussi unirent leurs voix à celle des apôtres et remplirent toute la terre d’une mélodie pleine de suavité. Tous les habitants furent réveillés par ces doux sons et cette mélodie : ils se précipitèrent hors de la ville en demandant avec empressement ce qu’il y avait. Les uns dirent : « Ce sont les disciples de Jésus qui portent Marie décédée. C’est autour d’elle qu’ils chantent cette mélodie que vous entendez. » Aussitôt ils courent aux armes, et s’excitent les uns les autres en disant : « Venez, tuons tous les disciples et livrons au feu ce corps qui a porté ce séducteur. » Or, le prince des prêtres, en voyant cela, fut stupéfait et il dit avec colère : « Voici le tabernacle de celui qui a jeté le trouble parmi nous et dans notre race. Quelle gloire il reçoit en ce moment ! » Or, en parlant ainsi il leva les mains vers le lit funèbre avec la volonté de le renverser et de, le jeter par terre. Mais aussitôt ses mains se séchèrent et s’attachèrent au brancard, en sorte qu’il y était suspendu : il poussait des hurlements lamentables, tant ses douleurs étaient atroces, Le reste du peuple fut frappé d’aveuglement par les anges qui étaient dans la nuée. Quant au prince des prêtres, il criait en disant : « Saint-Pierre, ne m’abandonnez pas dans la tribulation où je me trouve; mais je vous en conjure, priez pour moi, car vous devez vous rappeler qu’autrefois je vous suis venu en aide et, que je vous ai excusé lors de l’accusation de la servante. » Pierre lui répondit : « Nous sommes retenus par les funérailles de Notre-Dame et nous ne pouvons nous occuper de votre guérison : néanmoins si vous vouliez croire eu Notre-Seigneur J.-C. et en celle qui l’a engendré et qui l’a porté, j’ai lieu d’espérer que vous pourriez être guéri de suite. » Il répondit : « Je crois que le Seigneur Jésus est vraiment le Fils de Dieu et (423) que voilà sa très sainte mère. » A l’instant ses mains se détachèrent du cercueil […].

Texte apocryphe du Pseudo-Jean :

OUTRAGE DE JEPHONIAS

46) Et voici, alors qu’ils le portaient, qu’un Hébreu du nom de Jéphonias, vigoureux de corps, s’élança et se saisit de la bière portée par les apôtres. Et voici qu’un ange du Seigneur, par une force invisible, avec une épée de feu, lui trancha les deux mains, les laissant pendre en l’air auprès de la bière.

47) Après cette merveille, tout le peuple des Juifs, qui avait vu, cria : « Il est un vrai Dieu, le fils qui a été enfanté de toi, Marie, Mère de Dieu, toujours vierge ! » Jéphonias aussi, sommé par Pierre de faire connaître les miracles de Dieu, se leva derrière la bière et cria :
« Sainte Marie, toi qui as donné naissance au Christ Dieu, aie pitié de moi. » Et, se tournant, Pierre lui dit : « Au nom de celui à qui elle a donné naissance, tes mains se rattacheront à tes bras, elles qui t’ont été enlevées. » Et, à l’instant même, selon la parole de Pierre, les mains, qui pendaient auprès de la bière de la Maîtresse, retournèrent en arrière et se rattachèrent à Jéphonias. Et il crut et lui aussi glorifia le Christ Dieu à qui elle avait donné naissance.