‘Il Pintoricchio’, « Enea Silvio nominato papa, fa il suo ingresso nella basilica di San Pietro »

1B5C7AE3-C60E-4033-8344-7761FBDCE229

Bernardino di Betto, dit ‘Il Pintoricchio’ (Perugia, vers 1452 – Siena, 1513)

Enea Silvio, nominato papa, fa il suo ingresso nella basilica di San Pietro

Fresque

Inscriptions : « CALISTO MORTUO AENEAS CADINALIS SENEN. ACCLAMATIONE PATRUM APERTISQ: SUFFRAGIIS PONT. DELIGITUR ET PIUS. II. NOMINATUR » [1]

Sienne, Duomo, Libreria Piccolomini.

La scénographie n’est pas le moindre des talents qu’exprime, dans ce cycle de fresques, l’habile Pintoricchio. Ici, l’effet est purement théâtral : la sedia gestatoria du pape nouvellement élu (le 19 août 1458) fait son entrée solennelle dans la basilique du Latran [2] par la gauche de l’image. Portée à dos d’homme, et dorénavant occupée le nouveau pape Pie II, elle n’est pas encore totalement visible puisque cette entrée est en cours, saisie par le peintre dans une immédiateté qui a quelque chose à voir avec l’instantanéité photographique, mais aussi avec le théâtre, où les passages qui se font des coulisses au plateau ne sont pas la moindre des préoccupations du metteur en scène. Le cortège qui précède l’arrivée du pape a déjà effectué un virage à quatre vingt dix degrés pour se placer dans l’alignement de la nef et se rendre jusqu’à l’autel où le nouvel évêque de Rome (que sont tous les papes) va célébrer sa première messe dans son nouveau rôle de souverain pontife. Pour l’instant, le siège papal, précédé des premiers porteurs du dais (ceux placés à l’arrière n’ont pas encore pénétré l’intérieur de l’église), glisse parallèlement à la surface de l’œuvre.

Du haut du baldaquin déjà frappé aux armes des Piccolomini, le pape bénit la foule. Aucune trace du conclave dramatique [3] qui vient d’avoir lieu n’est visible (ni même lisible dans l’inscription qui, au contraire, évoque les acclamations ayant accompagné l’élection). Au pied du baldaquin, un moine tonsuré, agenouillé devant le pape, brule la traditionnelle mèche d’étoupe [4] en prononçant la formule consacrée de longue date : « Sancte Pater, sic transit gloria mundi. » [5]

Au premier plan, à droite, deux personnages vêtus à la mode orientale, semblent se désintéresser de l’événement de manière affichée, avec peut-être même un peu d’ostentation.

[1] « À la mort de Callixte, Énée, cardinal de Sienne, par acclamations du collège des cardinaux et par un scrutin évident, est élu pape avec le nom de Pie II. »

[2] Selon les sources, la nef dans laquelle pénètre le cortège pontifical est tantôt celle de la basilique du Latran, tantôt celle de Saint-Pierre.

[3] Dans les Commentarii, Pie II fait le récit du conclave dont il fut l’élu contre le cardinal d’Estouteville ; il s’agit d’un morceau d’anthologie : « C’est Dieu qui donne le pontificat, ce ne sont pas les hommes. Or, ce sont des hommes qui ont conspiré pour demander le pontificat pour le cardinal de Rouen [concurrent malheureux d’Enea lors du scrutin] ; qui ignore la vanité de leurs projets ? C’est une chose bien trouvée que leur conjuration se soit faite dans les latrines : leurs efforts aboutiront à une impasse et, comme l’hérésie arienne, leurs machinations impies finiront dans ce lieu nauséabond. »

[4]  En raison, probablement, de la rapidité avec laquelle se consume une mèche d’étoupe (selon Littré, « l’étoupe est la partie la plus grossière de la filasse, produite à partir du chanvre »), ce rituel symbolise la vanité du monde et le caractère passager de toutes choses humaines. Tous les 14 septembre, dans la cathédrale de Saint-Martin de Lucca (Lucques, en Toscane), le feu de l’étoupe, vieux rituel toujours fascinant, continue à être pratiqué à l’occasion de la fête dite de l’Exaltation de la Croix.

[5] « Saint Père, ainsi passe la gloire du monde. »  Tels étaient, jusqu’au dernier quart du siècle dernier, les paroles prononcées à voix haute lors de la cérémonie d’intronisation d’un nouveau pape. La coutume voulait qu’un moine se présente par trois fois devant lui, en s’agenouillant, afin de brûler à ses pieds une mèche d’étoupe et de proférer, en forme d’avertissement, la formule consacrée. En d’autres termes, cela revenait à dire au nouveau pape : « vous n’êtes qu’un homme, vous n’êtes que de passage, de fait, gardez-vous de tout orgueil et de toute vanité. » Le rituel ancestral, qui était inspiré des triomphes de l’Antiquité au cours desquels un esclave se tenait aux côtés du général vainqueur pour lui murmurer « Hominem te esse », « Toi aussi tu n’es qu’un homme » a pris fin avec le pape Jean-Paul Ier, qui a renoncé à la tiare comme au cérémonial du couronnement.