Francesco Bassano (attribuito), « Partenza di Canaan »

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Attribué à Francesco Bassano (Bassano del Grappa, 1549 – 1592)

Partenza di Canaan (Départ de Canaan), v. 1576 – 1579.

Huile sur toile, 94 x 120 cm.

Provenance : Collection Piccolomini Spannocchi. 

Sienne, Complesso Museale di Santa Maria della Scala (dépôt de la Pinacoteca Nazionale).

Le sujet est celui du départ d’Abram (qui ne s’appelle pas encore Abraham) de Canaan. Selon la Genèse, après sa séparation d’avec Loth, son neveu, Abram s’installa à Canaan et « poussa ses campements jusqu’à Sodome. Les gens de Sodome se conduisaient mal, et ils péchaient gravement contre le Seigneur » [1]Genèse (Gn 13, 12-13).. C’est pour cette raison que Dieu demanda à Abram de quitter Canaan et de traverser « le pays en long et en large » à sa découverte. Ce que fit Abram avant de s’installer finalement « aux chênes de Mambré, près d’Hébron. » [2]Abram quitte Canaan : « […] le Seigneur dit à Abram : ‘Lève les yeux et regarde, de l’endroit où tu es, vers le nord et le midi, vers l’orient et l’occident. Tout le pays que tu vois, je te le donnerai, à toi et à ta descendance, pour toujours. Je rendrai nombreuse ta descendance, autant que la poussière de la terre : si l’on pouvait compter les grains de … Poursuivre. L’interprétation exacte du sujet, longtemps considéré comme le Retour de Jacob à Canaan, est dû à Janet Cox Rearick (REARICK 1968, p. 245).

La scène se déroule à l’aube encore froide d’un jour que l’on voit poindre au delà des montagnes, et en présence de la figure de Dieu le Père observant depuis le ciel le mouvement qui s’opère au moment où la caravane quitte Canaan à sa demande. À bien y regarder, le petit chaos qui accompagne cette mise en branle est savamment organisé. Le mouvement vers la gauche, donné par le cheval qui, au centre de l’œuvre, nous montre une croupe splendide, est repris de proche en proche par l’ensemble des participants : hommes et bêtes se lancent à la suite d’Abraham qui ouvre la marche. Une servante s’apprête à placer un tout jeune enfant dans les bras de la cavalière qui trône elle aussi au centre, que l’on imagine être Sarah, l’épouse du Patriarche. N’était l’anachronisme de l’hypothèse, on serait tenté de voir à travers la figure de l’enfant que Sarah va accueillir dans ses bras, Isaac, le fils promis par Dieu à Abraham et miraculeusement né de Sarah après « quatre-vingt-dix ans » de stérilité. [3]« L’Éternel se souvint de ce qu’il avait dit à Sara, et l’Éternel accomplit pour Sara ce qu’il avait promis. Sara devint enceinte, et elle enfanta un fils à Abraham dans sa vieillesse, au temps fixé dont Dieu lui avait parlé. Abraham donna le nom d’Isaac au fils qui lui était né, que Sara lui avait enfanté ». Genèse (Gn 21, 1-3).

Une quantité d’ustensiles de toutes sortes, au formes et au matériaux variés, embarrasse le sol. Un serviteur est encore en train de les placer dans des ballots. Son travail, fort heureusement, n’a pas été suffisamment rapide pour empêcher le peintre d’offrir au spectateur le spectacle d’une nature morte à une échelle exceptionnelle.

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Jacopo Da Ponte, dit Jacopo Bassano (vers 1510 – 1592), « Partenza di Abramo per Canaan ». Huile sur toile, 96 x 131 cm. Modena, Museo Civico d’Arte.

Il existe de nombreuses répliques, parfois avec des variantes, peintes sur ce thème spécifique dans l’environnement proche de Bassano ou de son fils Francesco, ou encore, plus probablement, de l’atelier du Maître. Le prototype sur lequel se basent ces répliques est aujourd’hui conservé au Staatliche Museen de Berlin (fig. 1). On en trouve des exemplaires notamment au Kunsthistorisches Museum de Vienne et au Rijksmuseum d’Amsterdam (fig. 3), de la main de Francesco, à qui est également attribuée la version conservée aux Musei Civici de Padoue (fig. 4). Une réplique due à l’atelier est visible, enfin, à la National Gallery de Londres (fig. 2). Le nombre des répliques s’est encore accru substantiellement lorsque Francesco Bassano s’est installé à Venise en 1579, soutenant l’étonnante fortune des histoires bibliques du type de celle qui nous intéresse ici, dans laquelle la tonalité pastorale est particulièrement soutenue, et le sujet d’origine biblique penchant subrepticement vers la peinture de genre.

Notes

Notes
1 Genèse (Gn 13, 12-13).
2 Abram quitte Canaan : « […] le Seigneur dit à Abram : ‘Lève les yeux et regarde, de l’endroit où tu es, vers le nord et le midi, vers l’orient et l’occident. Tout le pays que tu vois, je te le donnerai, à toi et à ta descendance, pour toujours. Je rendrai nombreuse ta descendance, autant que la poussière de la terre : si l’on pouvait compter les grains de poussière, on pourrait compter tes descendants ! Lève-toi ! Parcours le pays en long et en large : c’est à toi que je vais le donner.’ Abram déplaça son campement et alla s’établir aux chênes de Mambré, près d’Hébron ; et là, il bâtit un autel au Seigneur. » Genèse (Gn, 13, 14-18).
3 « L’Éternel se souvint de ce qu’il avait dit à Sara, et l’Éternel accomplit pour Sara ce qu’il avait promis. Sara devint enceinte, et elle enfanta un fils à Abraham dans sa vieillesse, au temps fixé dont Dieu lui avait parlé. Abraham donna le nom d’Isaac au fils qui lui était né, que Sara lui avait enfanté ». Genèse (Gn 21, 1-3).