
Palais Tolomei
Piazza Tolomei. Sienne.
Se rendre sur place :
L’élégantissime Palazzo Tolomei, de style gothique, construit en pierre grise, s’élève le long du Banco di Sopra, entre les ruelles de la Torre et du Coltellinaio, délimitant ainsi l’un des quatre côtés de la place. Il prend le nom d’une famille noble dont l’Histoire conserve les traces. En 1267, les propriétaires ayant été contraints à l’exil, l’édifice subit les effets de la colère des gibelins de Provenzano Salvani [1]Provenzano Salvani (Sienne, v. 1220 – Colle di Val d’Elsa, 1269) : condottière siennois, partisan des gibelins, il eut un rôle de premier plan à la bataille de Montaperti (1260) au cours de laquelle les troupes guelfes florentines furent miraculeusement vaincues. et fut à demi démoli avant d’être entièrement refait dans les années 1270-72, grâce à l’utilisation de matériaux de récupération collectés dans les ruines des maisons-tour des Salvani, abattues après la victoire des guelfes à Montaperti. Quelques années plus tard, en 1277, la résidence des Tolomei fut dévastée par un incendie. Malgré les différentes vicissitudes subies par le palais, celui-ci a conservé intacte sa façade au profil duecentesco [2]Duecentesco : du XIIIe s. À peine adouci, dans sa partie supérieure, par des formes architectoniques datant de la Renaissance, il a été admirablement restauré en 1971 et apparaît aujourd’hui comme l’un des nobles édifices les plus beaux de la ville. Une inscription, à l’angle du palais, rappelle l’infortunée Pia [3]« La tradition identifie la Pia protagoniste des derniers vers du Ve Chant du Purgatoire dantesque avec une descendante des Tolomei, Pia de’ Tolomei, même si cette filiation n’est pas documentée de manière décisive. Les commentaires anciens du poème de Dante l’ont d’emblée désignée comme une dame de la famille des Tolomei de Sienne, devenue épouse de Nello … Poursuivre, qui fut peut-être, si l’on en croit la légende, la plus célèbre des membres de la famille des Tolomei, et à qui Dante a dédié sept vers à la fin du cinquième chant du Purgatoire :
« Deh, quando tu sarai tornato al mondo,
e riposato de la lunga via,
seguitò ‘l terzo spirito al secondo,
Ricorditi di me, che son la Pia ;
Siena mi fé, disfecemi Maremma :
salsi colui che ‘nnanellata pria
disposando m’avea con la sua gemma. »
« “Ah ! Quand tu seras de retour au monde,
et reposé de ton long voyage”,
dit, après le second, le troisième esprit,
“souviens-toi de moi, qui suis la Pia.
Sienne me fit ; Maremme me défit ;
il le sait celui qui m’avait donné
d’abord, pour m’épouser l’anneau de gemme. » [4]Dante ALIGHIERI, Purgatoire, V, 130-136 (trad. F. Lammenais, Œuvres posthumes de Lamennais, Paris, Didier & Cie, 1863, p. 34. [5]Dante ALIGHIERI, Purgatoire, V, 130-136, La divine comédie (éd. sous la direction de Carlo Ossola, traduction de Jacqueline Risset). Paris, Gallimard (Bibliothèque de la Pléiade), 2021, pp. 312-313.
À l’angle de la façade, une plaque rapporte deux de ces vers.
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Notes
| 1↑ | Provenzano Salvani (Sienne, v. 1220 – Colle di Val d’Elsa, 1269) : condottière siennois, partisan des gibelins, il eut un rôle de premier plan à la bataille de Montaperti (1260) au cours de laquelle les troupes guelfes florentines furent miraculeusement vaincues. |
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| 2↑ | Duecentesco : du XIIIe s |
| 3↑ | « La tradition identifie la Pia protagoniste des derniers vers du Ve Chant du Purgatoire dantesque avec une descendante des Tolomei, Pia de’ Tolomei, même si cette filiation n’est pas documentée de manière décisive. Les commentaires anciens du poème de Dante l’ont d’emblée désignée comme une dame de la famille des Tolomei de Sienne, devenue épouse de Nello dei Pannocchieschi, seigneur de Castel di Pietra, dans la Maremme, podestat de Volterra et de Lucca, capitaine de la Taglia guelfa en 1284, qui vécut au moins jusqu’en 1322, année où il rédigea un testament dans lequel apparaissent ses liens politiques avec Sienne. Une fois devenu veuf, un second mariage, avec Margherita Aldobrandeschi, comtesse de Sovana et de Pitigliano, est documenté. En revanche, les archives sont silencieuses quant à l’identité de sa première épouse. C’est peut-être de manière tendancieuse que lui fut rattachée la figure de Pia de’ Tolomei. Nello aurait, en 1297, fait assassiner la dame en la faisant jeter depuis l’une des fenêtres du château de Pietra, dont il était propriétaire, après l’avoir longtemps tenue enfermée, peut-être en raison de la découverte de son infidélité, ou, plus prosaïquement encore, afin de se libérer d’elle pour pouvoir se remarier. » Serena PAGANI, « ‘RICORDITI DI ME’. PIA DE’ MALAVOLTI E NELLO DE’ PANNOCCHIESCHI (PURG V, 130-136) », Italianistica : Rivista Di Letteratura Italiana, vol. 44, n° 2, 2015, pp. 131–148. |
| 4↑ | Dante ALIGHIERI, Purgatoire, V, 130-136 (trad. F. Lammenais, Œuvres posthumes de Lamennais, Paris, Didier & Cie, 1863, p. 34. |
| 5↑ | Dante ALIGHIERI, Purgatoire, V, 130-136, La divine comédie (éd. sous la direction de Carlo Ossola, traduction de Jacqueline Risset). Paris, Gallimard (Bibliothèque de la Pléiade), 2021, pp. 312-313. |
