Dante Alighieri

Dante [1]Dante est le diminutif de Durante, nom de baptême de Durante di Alighiero degli Alighieri. Alighieri (Florence, 1265 – Ravenne, 1321) : poète, écrivain et homme politique, né dans une famille de la bourgeoisie ou de la petite noblesse de Florence, ville qui se trouvait alors dans une période d’expansion économique et culturelle, mais aussi de guerres entre les factions des guelfes guelfes (qui soutenaient le Pape) et des gibelins (qui soutenaient l’Empire). [2]Ces factions ont agité l’Italie à partir de la seconde moitié du XIIIe siècle. Dante, qui était engagé dans la vie politique de Florence, faisait en principe partie de la faction des guelfes blancs [3]Les Guelfes blancs, favorables à la seigneurie (*), étaient un groupe de familles ouvertes aux forces populaires, cherchant l’indépendance politique et prônant une plus grande autonomie vis-à-vis du pontife, refusant toute ingérence dans la gestion de la ville et dans les décisions de diverses natures. Les Guelfes noirs, en revanche, représentaient surtout les intérêts des … Poursuivre, quoiqu’il ait exprimé des idées plus proches de celles des gibelins dans ses œuvres. Pour cette raison, il a été exilé de Florence en 1301. Il y avait étudié les arts libéraux (grammaire et sciences) [4]Il est probable que Dante ait aussi fait des études à l’Université de Bologne, la plus ancienne et, à l’époque, la plus importante université d’Italie. et avait été disciple de Brunetto Latini, homme politique et érudit florentin qui, lui aussi, avait été exilé en France.

Dante composa d’abord des poésies dans la manière du dolce stil novo, dont il rassembla une partie dans La vita nuova [5]La vie nouvelle. (1293-1294), une autobiographie poétique, et dans le Convivio [6]Le Banquet. (1304-1307), un commentaire allégorique et philosophique de ses poésies. Ces deux œuvres traitent la question de la prééminence de la langue vulgaire. Cependant, son œuvre la plus importante en ce qui concerne l’histoire de l’italien est sans doute le traité théorique De vulgari eloquentia [7]De l’éloquence en langue vulgaire. écrit en 1303-1305. Cependant on pourrait dire qu’il inventa la linguistique romane en se rendant compte des rapports entre le français, l’occitan et l’italien en comparant des mots comme Dieucielamourmer, etc.

Qualifié de « Père de la langue italienne », le Sommo poeta (Poète suprême) ou, plus simplement, Il poeta (le poète), il est l’auteur de La Divina Commedia (La Divine Comédie) [8]Le titre original du poème dantesque est Commedia (Comédie). C’est Boccace qui qualifiera celle-ci de divine dans un commentaire écrit entre 1357 et 1362. L’épithète est définitivement consacré par Lodovico Dolce (Venise, 1508 ou 1510 – 1568 : écrivain et grammairien) au XVIe s., à l’occasion de l’édition de Gabriele Giolitti parue en 1555 à Ferrare sous le … Poursuivre, son immortel chef-d’œuvre et l’une des « trois couronnes » [9]Les « trois couronnes » : nom donné aux trois œuvres majeures d’écrivains florentins qui imposèrent le toscan comme langue littéraire : La Divine Comédie de Dante, le Canzoniere de Pétrarque et le Décaméron de Boccace. qui imposèrent le toscan comme langue littéraire. C’est à ce titre qu’il figure en première place dans un portrait de groupe peint par Vasari [10]Giorgio Vasari, Six Tuscan Poets. Minneapolis, Minneapolis Institute of Arts., où sont réunis six poètes et écrivains toscans de renom afin de célébrer l’âge d’or de la littérature italienne des XIVe et XVe siècles, ainsi que le rôle de ces six personnalités dans l’ennoblissement de la littérature et de la langue.

Aujourd’hui encore, il est possible de lire un commentaire qui, en sonnant comme un puissant hommage au poète, fait de celui-ci le chantre d’une italianité intemporelle dans laquelle les Italiens eux-mêmes semblent se reconnaître : « Notre identité est née avec Dante : “Ah, serve Italie, auberge de douleur, nef sans nocher dans la tempête […] [11]Cette violente diatribe contre l’Italie (Purgatoire VI, 74-78) est parmi les plus mémorables et les plus connues de la Comédie. Elle comporte trois vers : Ahì serva Italia di dolore ostello, nave senza nocchiero in gran tempesta non donna di provincie, ma bordello!  (Purgatorio, VI, 76-78). « Ah, serve (*) Italie, auberge de douleur, nef sans nocher (**) dans la … Poursuivre”. Ces deux vers, aujourd’hui encore, reflètent intimement le profil politique et culturel du pays.  » [12]Alberto FRACCACRETA, « La Trinità di Dante », succedeoggi. Cultura dell’informazione quotidiana. Mise en ligne : https://www.succedeoggi.it

Notes

Notes
1 Dante est le diminutif de Durante, nom de baptême de Durante di Alighiero degli Alighieri.
2 Ces factions ont agité l’Italie à partir de la seconde moitié du XIIIe siècle.
3 Les Guelfes blancs, favorables à la seigneurie (*), étaient un groupe de familles ouvertes aux forces populaires, cherchant l’indépendance politique et prônant une plus grande autonomie vis-à-vis du pontife, refusant toute ingérence dans la gestion de la ville et dans les décisions de diverses natures.
Les Guelfes noirs, en revanche, représentaient surtout les intérêts des familles les plus riches de Florence, étant étroitement liés au pape pour des intérêts économiques et acceptant son contrôle total sur les affaires internes de Florence, encourageant également l’expansion de l’autorité pontificale dans toute la Toscane.

(*) La seigneurie, institution apparue au Moyen Âge en Europe occidentale, était caractérisée par l’établissement de liens entre le détenteur d’une terre et ses habitants (manentes, d’où « manants » ; villani, d’où « vilains »). Ces liens relèvent du droit féodal et privilégient les rapports de dépendance d’homme à homme, y compris dans l’exercice de pouvoirs qualifiés aujourd’hui de « régaliens » comme le droit de justice.

4 Il est probable que Dante ait aussi fait des études à l’Université de Bologne, la plus ancienne et, à l’époque, la plus importante université d’Italie.
5 La vie nouvelle.
6 Le Banquet.
7 De l’éloquence en langue vulgaire.
8 Le titre original du poème dantesque est Commedia (Comédie). C’est Boccace qui qualifiera celle-ci de divine dans un commentaire écrit entre 1357 et 1362. L’épithète est définitivement consacré par Lodovico Dolce (Venise, 1508 ou 1510 – 1568 : écrivain et grammairien) au XVIe s., à l’occasion de l’édition de Gabriele Giolitti parue en 1555 à Ferrare sous le titre Divina Commedia. Par le mot Comédie, le poète entendait, suivant l’usage de son temps, une œuvre écrite en langue vulgaire moderne, par opposition à Tragédie, désignant une œuvre de l’Antiquité, écrite en une langue considérée comme plus savante et plus noble. De plus, la conclusion de son poème étant heureuse, justifiait aussi l’appellation de Comédie par opposition à celle qui se termine par un drame. Ainsi quand il parle de l’Enéide (Enfer, XX, 113), il l’appelle Tragédie.
9 Les « trois couronnes » : nom donné aux trois œuvres majeures d’écrivains florentins qui imposèrent le toscan comme langue littéraire : La Divine Comédie de Dante, le Canzoniere de Pétrarque et le Décaméron de Boccace.
10 Giorgio Vasari, Six Tuscan Poets. Minneapolis, Minneapolis Institute of Arts.
11 Cette violente diatribe contre l’Italie (Purgatoire VI, 74-78) est parmi les plus mémorables et les plus connues de la Comédie. Elle comporte trois vers :

Ahì serva Italia di dolore ostello,
nave senza nocchiero in gran tempesta
non donna di provincie, ma bordello! 

(Purgatorio, VI, 76-78).

« Ah, serve (*) Italie, auberge de douleur,
nef sans nocher (**) dans la tempête,
non reine de provinces, mais bordel (***) ! »

(Dante ALIGHIERI, La divine comédie [v. 1304-1321], éd. sous la direction de Carlo Ossola, trad. de Jacqueline Risset), Paris, Gallimard, coll. « Bibliothèque de la Pléiade », 2021, Purgatoire, VI, 76-78, pp. )

C’est à l’occasion de la rencontre de Virgile avec Sordello Mantovano, tous deux natifs de Mantoue, que cette invective est prononcée. Une note de l’édition mentionnée ci-dessus, l’inscrit formellement dans la lignée de formules dantesques caractéristiques : « Hélas ! serve Italie » (v. 76) est la réitération du cri d’Enfer, XXVI, 1-12 : « Jouis, Florence, puisque tu es si grande […] », et XXXIII, 79-90 : « Ah ! Pise, opprobre des hommes […] ». L’« auberge de douleur » (v. 76) est presque l’« hospice de douleur » d’Enfer, V, 16. Sur l’image de la « nef sans nocher» (v. 77), voir Épître VI, 3. Sur celle du « bordel (***) » (v. 78) : « comme dans un bordel on met en vente, sans aucune pudeur, la chair humaine, de même la ‘grande putaine’, à savoir la curie romaine et la curie impériale qui bazardent la liberté d’Italie (Benvenuto da Imola). » Ibid., p. 1044.

(*) Serve : esclave. 
(**) Nocher : timonier, conducteur d’une embarcation. Le choix de la traductrice n’est pas anodin puisque le vocable nocher, vieilli, et qui n’est plus guère usité qu’en poésie, renvoie p comme un écho à Charon (ou Caron), le passeur rencontré par D’ante et son guide au chant III de l’Enfer.
(***) Bordello (de l’ancien Français bordel : « maison », dérivé du franc borda : « cabanon » (cabane à outils) ») : « Pour Porena, compte tenu de la symétrie avec ‘donna di provincie’, l’expression « doit signifier […] en lettres grasse, prostituée ». D’autres auteurs traduisent bordello par « cabane », sémantiquement plus proche de l’étymologie (voir A. LEONETTI, « Della parola « bordello » nel Purgatorio di Dante », dans Lettere italiane, II (1950), pp. 235-238). Les deux occurrences du mot bordello se trouvent en rime. »

12 Alberto FRACCACRETA, « La Trinità di Dante », succedeoggi. Cultura dell’informazione quotidiana. Mise en ligne : https://www.succedeoggi.it

Laisser un commentaire

En savoir plus sur Guide artistique de la Province de Sienne

Abonnez-vous pour poursuivre la lecture et avoir accès à l’ensemble des archives.

Poursuivre la lecture