Luca Signorelli, « Evangelizzazione degli abitanti di Montecassino »

img_5949img_5950

Luca Signorelli (Cortone, vers 1450 – 1523)

Evangelizzazione degli abitanti di Montecassino (Évangélisation des habitants de Montecassino), 1497-1499.

Fresque

Inscription (sous la fresque) :

  • « COME BENEDETTO EVANGELIZZA GLI ABITANTI DI MONTE CASSINO » [1] 

Provenance : In situ

Chiusure (Asciano), Abbazia di Monte Oliveto Maggiore, Cloître principal.

Le récit des Dialogues relatif aux premiers temps de Benoît après son arrivée au mont Cassin insiste sur la destruction des idoles placées dans le temple d’Apollon et sur l’abattage de la forêt consacrée à Vénus, deux divinités païennes dont le culte s’était ravivé récemment. Il relate également les nombreuses tentatives réalisées par le démon en vue de nuire au saint. Ce sont principalement ces différentes scènes que Luca Signorelli peint lors de son séjour à Monte Oliveto où son contrat prévoyait qu’il travaille sur l’ensemble des lunettes du grand cloître.

Si la destruction des idoles est bien traduite à l’arrière-plan (on voit un groupe de moines tirant sur des cordes pour arracher l’idole de son piédestal), l’accent est davantage mis sur le travail d’évangélisation effectué auprès des habitants du Mont Cassin. Entouré par deux moines, dont l’un présente un reliquaire, Benoit a pris la parole devant un groupe compact d’habitants, parmi lesquels une femme et son enfant, nécessairement moins attentive que les hommes présents au premier rang.

Le démon, dont l’image est bien dégradée par une peinture posée a fresco sur le support, s’éloigne déjà des lieux et bientôt, au sommet de l’imposante montagne dont la masse équilibre celle du temps d’Apollon, surgira l’abbaye que Benoît projette d’y construire.

[1] « Comment Benoît évangélise les habitants de Montecassino ». L’épisode est relaté dans le Livre II des Dialogues, chapitre 10 :

« En émigrant ailleurs, le saint homme a changé de lieu mais pas d’ennemi. En effet, il eut à supporter par la suite des combats d’autant plus graves qu’il se trouva affronté directement au maître de la malice en personne. Voici les faits : le village fortifié appelé Cassin est situé sur les côtés d’un mont élevé dont le flanc s’élargit pour recevoir ledit village, mais ensuite, sur une distance de 3 milles, il prend de la hauteur et son sommet atteint pour ainsi dire les nuées : il y avait là un très ancien lieu de culte dans lequel, suivant une coutume héritée des païens de jadis, Apollon était vénéré par un peuple stupide de rustres. Et tout autour avaient poussé des bois sacrés dans lesquels une masse abrutie d’infidèles s’appliquait, avec force transpiration, à offrir des sacrifices sacrilèges.

Arrivant donc à cet endroit, l’homme de Dieu brisa l’idole, culbuta l’autel, coupa les bois sacrés à la base et dans le temple d’Apollon lui-même, il construisit un petit oratoire dédié à saint Martin. De plus, là où se trouvait l’autel du même Apollon, il construisit un petit oratoire à saint Jean. Quant à la multitude qui habitait alentour, par de continuelles prédications, il l’invitait à la foi.

Mais cela, l’antique ennemi ne pouvait le souffrir en silence et ce n’est pas qu’en tapinois ou dans un songe qu’il se manifestait, mais dans une claire vision il s’imposait aux yeux de ce Père. En poussant de grandes clameurs, il se plaignait d’être victime de la violence, à tel point que les frères entendaient sa voix bien qu’ils ne vissent nullement son image. Cependant, comme le vénérable Père le disait à ses disciples, l’antique ennemi se montrait à ses yeux de chair sous un aspect parfaitement horrible et tout en feu ; il faisait mine de se jeter sur lui avec une bouche et des yeux enflammés. Cependant, tous entendaient bien ce qu’il disait : Il l’appelait d’abord par son nom, et comme l’homme de Dieu n’avait cure de lui répondre, il éclatait aussitôt en invectives. En effet, lorsqu’à ses cris de ‘Benoît ! Benoît !’ il voyait que celui-ci ne donnait aucune espèce de réponse, il ajoutait incontinent : ‘Maudit ! Non Béni ! (Maledetto e non Benedetto). Pourquoi en as-tu avec moi ? Pourquoi donc me persécutes-tu ?’

Mais il faut s’attendre maintenant à de nouveaux combats de l’antique ennemi contre le serviteur de Dieu. Sa volonté était, bien sûr, de lui livrer des batailles, mais c’est contre sa volonté qu’il lui fournit des occasions de victoire. »

D’après http://www.abbayes.fr/lectio/Vie_Benoit/Introduction.htmn, consulté le 5 février 2020, et CAVALCA, Domenico, Volgarizzamento del Dialogo di San Gregorioreproduit dans Enzo Carli, Le storie di San Benedetto a Monte Oliveto Maggiore. Cinisello Balsamo (Milano), 1980, pp. 161-180.