Giuseppe Garibaldi

Nice, 4 juillet 1807 – Caprera, 2 juin 1882

“Joseph ou Giuseppe ? Si pour les hommes du XIXe siècle la traduction en français d’un prénom étranger n’a rien d’inhabituel, dans le cas de Garibaldi cette naturalisation est plus significative encore. Il entretient avec la France, son histoire et ses contemporains des relations complexes mais étroites. Qu’il suffise de rappeler que Garibaldi est né à Nice, qu’il devint le grand héros de Hugo et de Dumas, que lui et ses Chemises rouges ont remporté l’une des seules victoires françaises contre les Prussiens à Dijon, alors qu’il avait été meurtri par l’abandon de sa ville natale à la France. Son nom a été donné à de nombreuses rues de France, et sa statue s’élève dans d’autres villes que Nice où elle domine l’une des plus belles places de la cité. Mais au-delà même de ces rapports directs avec la France, Garibaldi a su apparaître à la fois comme le héros le plus populaire de l’Italie contemporaine, l’un de ses pères fondateurs, et l’Italien de ces deux derniers siècles le plus connu dans le monde. Personnage romantique par excellence, Garibaldi était déjà appelé de son vivant « héros des deux mondes » en raison de ses exploits militaires et politiques en Amérique et en Europe dans le sillage des idéaux de la Révolution française dont il savait se réclamer.

[…] En France, Garibaldi est entré de son vivant même dans le panthéon des héros romantiques. Si Victor Hugo n’a pu, comme il le projetait, livrer la biographie du « héros de la paix traversant la guerre » (Lettre du 20 décembre 1863), son ami Alexandre Dumas, lui, a esquissé plusieurs vies de Garibaldi : il fut le premier à en évoquer en 1850 la figure dans Montevideo ou Une nouvelle Troie avant de croiser son chemin lors de la traversée des Mille en 1860. Il a tiré de cette odyssée méditerranéenne plusieurs reportages dont Les Garibaldiens. Révolutions de Sicile et de Naples, (l’ensemble de ces chroniques fut exhumé par C. Schopp sous le titre Viva Garibaldi !). Enfin Dumas est l’un des rédacteurs et traducteurs français des Mémoires du général dont il s’enorgueillit d’être un ami proche.

Mais, si le portrait de Garibaldi trône sur la cheminée des paysans que visite George Sand, telle une « image sainte », l’Italien ne le doit pas seulement à sa naissance « française » ou à son étoffe de héros littéraire romantique. Garibaldi est bien à l’origine d’une tradition politique née de l’alchimie du XIXe siècle : la fusion entre le combat pour la liberté des nations et les idéaux internationalistes de la diplomatie des peuples contre celle des souverains et des cabinets. C’est en ce sens qu’homme du Risorgimento italien il est aussi l’homme de la gauche populaire et anticléricale française héritière de la Révolution de 89. Et comme chef des Chemises rouges et promoteur de la Nation armée, Garibaldi est au coeur du volontariat militaire international qui mêle l’aventure personnelle et l’engagement politique au service des idéaux de synthèse de la nation et de l’internationalisme. Au-delà de Garibaldi, il y a la famille garibaldienne, la sienne propre, celle de ses fils Ricciotti et Menotti ou de ses petits-fils venus combattre en France en 1870 et en 1914, puis la grande famille associative des garibaldiens qui se sont illustrés de la guerre civile espagnole à la Deuxième Guerre mondiale : signe éminent de la postérité d’un héros légendaire qui est aussi un mythe politique fondateur en France et dans le monde.”

Gilles Pécout, “Giuseppe Garibaldi “, Recueil des Commémorations nationales 2007 (https://francearchives.fr/fr/commemo/recueil-2007/39957, consulté le 18 avril 2020)