Giovanni Antonio Bazzi dit ‘Il Sodoma’ (Vercelli, 1477 – Sienne, 1549)
La Sacra famiglia con San Leonardo (La Sainte Famille avec saint Léonard), v. 1530.
Huile sur panneau, 181 x 176 cm [1]L’œuvre a été restaurée par le peintre Franchini en 1740 et, à nouveau, en 1949, par l’Istituto Centrale del Restauro di Roma..
Provenance : Cathédrale de Santa Maria Assunta (autel de San Callisto), Sienne.
Sienne, Palazzo Pubblico, Cappella de’ Signori.
Unanimement attribuée à Sodoma, et généralement jugée comme l’un des chefs-d’œuvre du peintre, cette pala d’altare (retable) est venue remplacer, en 1681 [2]Milanesi indique de manière erronée la date de 1704., un polyptyque plus ancien [3]Voir : Simone Martini et Sano di Pietro, Polyptyque de la Chapelle des Seigneurs. dans la Chapelle des Seigneurs, à l’intérieur du Palazzo Pubblico. Elle provient de l’autel dédié au saint pape Calixte I, alors situé dans la nef droite de la Cathédrale de Sienne, emplacement où Vasari a pu la voir avant de l’évoquer en ces termes : « Dans la cathédrale de [Sienne], en entrant dans l’église à droite, sur un autel, il y a une peinture à l’huile de sa main dans laquelle se trouve Notre-Dame avec son Enfant sur ses genoux, saint Joseph sur un côté, et de l’autre saint Calixte [4]Vasari confond ici le Saint représenté et celui à qui était dédié l’autel., laquelle œuvre est également considérée comme très belle, car on peut voir que Sodoma a utilisé beaucoup plus de diligence dans la coloration qu’il ne le faisait habituellement dans ses œuvres » [5]« Nel duomo della medesima città, entrando in chiesa a man destra, è di sua mano a un altare un quadro a olio, nel quale è Nostra Donna col Figliuolo in sul ginocchio, S. Giuseppo da un lato, e dall’altro S. Calisto, la qual opera è tenuta anch’essa molto bella, perchè si vede che il Soddoma nel colorirla usò molto più diligenza che non soleva nelle sue cose. » Giorgio … Poursuivre.
Cette description exacte mais succincte mérite quelques observations. S’il est vrai que la Madone est assise au centre de l’œuvre, on observe cependant que l’Enfant n’est pas installé sur les genoux de sa Mère mais que celle-ci le porte littéralement à bout de bras, dans un équilibre précaire, un pied sur le siège où elle est elle-même assise, l’autre dans la main de saint Léonard de Limoges, protecteur des prisonniers. Souriant comme s’il s’agissait d’un jeu enfantin, ou comme s’il était sûr de l’effet produit sur le spectateur avec qui il échange un regard complice, Jésus tente, comme s’il s’agissait d’un jouet, de s’emparer des entraves [6]Ces entraves de fer, bien que leur structure en diffèrent sensiblement, constituent purement et simplement les ancêtres des menottes imposées aux détenus. qui constituent l’attribut iconographique habituel de Léonard. Cette familiarité de l’Enfant avec le saint situé devant lui, un genou en terre, a probablement vocation à exprimer visuellement une affinité ou une sorte de proximité spirituelle qui unit les deux personnages, et leur rejet de toute forme abusive de privation de liberté, tout en attirant l’attention de l’observateur sur un instrument qui demeurerait à demi caché dans la pénombre sans ce petit stratagème.
Du côté opposé, Joseph assis proche de la Vierge, est plongé dans la lecture d’un gros volume rouge, du type de ceux que l’on voit généralement entre les mains des saints personnages pour les identifier comme tels. Détournant le regard vers lui, l’air presque amusé, Marie semble s’intéresser elle aussi à ce livre, à moins qu’elle n’observe son époux dont elle connaît le penchant au sommeil et aux songes.

A l’arrière-plan, au fond d’une épaisse et sombre forêt, pareille à une clairière, s’ouvre une plaine cernée de hautes montagnes sur la gauche, avant de s’étendre dans le lointain jusqu’à l’infini. Des ruines romaines parfaitement identifiables par leurs silhouettes évoquent la Ville éternelle : on reconnaît l’enveloppe ovale du Colisée et, plus à gauche, les trois nefs caractéristiques de la basilique de Maxence et Constantin.
Giulio Mancini [7]Giulio MANCINI, Alcune Considerationi Appartenenti alla pittura come di Diletto di un Gentilhuomo [1617-1621], pubblicate per la prima volta da Adriana Marucchi con il commento di Luigi Salerno, Rome, Accademia Nazionale dei Lincei, 1956-1957. rapporte qu’Annibaie Carracci fit en son temps l’éloge de cette peinture.
Notes
| 1↑ | L’œuvre a été restaurée par le peintre Franchini en 1740 et, à nouveau, en 1949, par l’Istituto Centrale del Restauro di Roma. |
|---|---|
| 2↑ | Milanesi indique de manière erronée la date de 1704. |
| 3↑ | Voir : Simone Martini et Sano di Pietro, Polyptyque de la Chapelle des Seigneurs. |
| 4↑ | Vasari confond ici le Saint représenté et celui à qui était dédié l’autel. |
| 5↑ | « Nel duomo della medesima città, entrando in chiesa a man destra, è di sua mano a un altare un quadro a olio, nel quale è Nostra Donna col Figliuolo in sul ginocchio, S. Giuseppo da un lato, e dall’altro S. Calisto, la qual opera è tenuta anch’essa molto bella, perchè si vede che il Soddoma nel colorirla usò molto più diligenza che non soleva nelle sue cose. » Giorgio VASARI, Le vite de’ più eccellenti pittori, scultori, e architetti, Gaetano MILANESI (ed.), Florence, G.C. Sansoni, 1878-1882. |
| 6↑ | Ces entraves de fer, bien que leur structure en diffèrent sensiblement, constituent purement et simplement les ancêtres des menottes imposées aux détenus. |
| 7↑ | Giulio MANCINI, Alcune Considerationi Appartenenti alla pittura come di Diletto di un Gentilhuomo [1617-1621], pubblicate per la prima volta da Adriana Marucchi con il commento di Luigi Salerno, Rome, Accademia Nazionale dei Lincei, 1956-1957. |

