Ambrogio Lorenzetti, Fragments colorés

Ambrogio Lorenzetti

Fragments colorés

Fresque.

Provenance : In situ.

Chapelle de Montesiepi, Chiusdino.

Le risque est grand que ces quelques fragments de couleurs, récupérés lors de la restauration effectuée dans les années 1966-1967, passent inaperçus aux yeux du spectateur non averti de leur présence. Pour les voir, il faut se pencher vers le bas du mur sud-est, à droite de l’autel, où ils ont été positionnés pour y être conservés.

Ces fragments étaient dissimulés sous un repeint ancien réalisé à même le buste de la Vierge (photographie ci-dessous) qui figure en majesté dans la lunette nord-est, sur le mur du fond de la chapelle. Un examen attentif permet d’y distinguer nettement, au bas de la surface peinte, une main gauche vue en raccourci et soutenant un globe, noyée parmi les touches de couleurs vives et chatoyantes posées avec une liberté peu commune dans un travail réalisé à fresque. Cette main gauche appartenait à la Vierge dans une première version de l’œuvre où l’Enfant-Jésus n’apparaissait pas sur les genoux de sa mère et où l’attitude de celle-ci était différente au point de signifier tout autre chose. Cette main était dans le prolongement d’un bras que l’on distingue également dans un foisonnement de couleurs qui évoque le somptueux brocard dont la Vierge était vêtue.
La proximité des deux photos fait apparaître un ensemble de modifications importantes : la main droite de Marie que l’on voit posée sur l’épaule de l’Enfant vient remplacer celle qui, dans la version initiale, tenait un sceptre ; l’Enfant Jésus est lui-même difficilement logé dans l’espace étroit qui lui est imparti ; la main gauche restituée après les modifications paraît trop petite et maladroite.

Photographie de la figure de la Vierge avant la restauration de 1966-1967. D’après BORSOOK 1966, p. 76. L’Enfant Jésus se loge inconfortablement à l’emplacement où figurait initialement le bras gauche de la Vierge. Le bras droit est dissimulé sous un repeint.
Superposition des fragments récupérés avec la figure de la Vierge après la restauration de 1966-1967. D’après BORSOOK 1966, p. 78. Cet assemblage fait apparaître la parfaite adéquation des fragments avec la silhouette de la Vierge.

Comme nous y revenons dans l’article consacré à la Maestà, la découverte de ces fragments a apporté un éclairage nouveau à la fois sur l’iconographie de la scène, sur son originalité et sur la signification générale de l’ensemble tel que conçu initialement, rendant ainsi compte de l’extraordinaire liberté avec laquelle Ambrogio élaborait les œuvres qui lui étaient commandées et, plus généralement, avec laquelle il envisageait son rôle d’artiste.

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