Lettre de Lucien à toutes les Églises sur la révélation du corps d’Etienne, premier martyr

Le curé Luciano (Ve s.) aurait eu la révélation de l’emplacement de la dépouille et des reliques du Protomartyre Étienne lors d’une série de visions nocturnes au cours desquelles Gamaliel [1] lui serait apparu, À la demande de l’évêque de Jérusalem prénommé Giovanni, Luciano a rédigé une Lettre de Lucien à toutes les Églises sur la révélation du corps d’Etienne, premier martyr. Celle-ci a été publiée à la fin du XIXe s. par l’abbé Jacques Paul Migne, dans la Patrologia Latina [1, énorme somme de 217 volumes, qui constitue l’une des trois éditions monumentales auxquelles il a consacré son existence. Voici en quels termes cette lettre raconte la légende :

« Lettre de Lucien à toutes les Églises sur la révélation du corps d’Etienne, premier martyr, et d’autres, par Luciano, besogneux de la miséricorde de Dieu et le dernier entre tous les hommes, au presbytère de l’église qui est à Caphargamala, dans le territoire de l’Ordre des Gerosolimitani (Hiéronymites ?), salut dans le Seigneur et dans la sainte Église à tous les fidèles en Jésus-Christ.

  1. J’ai considéré nécessaire de communiquer à votre amour du Christ la vision qui apparut trois fois à ma pauvre personne de la part de Dieu, portant sur la révélation de l’emplacement des reliques du bienheureux et glorieux Protomartyre du Christ Étienne, de Nicodème, qui est cité dans les Évangiles et de Gamaliel, qui est cité dans les Actes des Apôtres, imploré et commandé [de le faire] par le saint homme de Dieu, le père Avito, prêtre, afin que moi, comme fils obéissant selon la foi au père qui le lui demande, avec toute la simplicité et sans paresse, j’ai indiqué intégralement toute la vérité ainsi que je l’ai connue.
  2. Donc, le jour de la Préparation – c’est-à-dire vendredi -, le 3 décembre [415], sous le dixième consulat de l’auguste Honorius, et le sixième de l’auguste Théodose, à la tombée de la nuit, pendant que je dormais dans mon lit dans le lieu saint du baptistère dans lequel il m’était coutumier de dormir et de garder les choses ecclésiastiques du ministère, à la troisième heure de la nuit – qui est la première garde des veillées – dans un demi-sommeil presque extatique, j’ai vu au loin un homme âgé, vénérable et digne prêtre, aux cheveux gris avec une longue barbe, avec une robe blanche éclatante de gemmes d’or, avec l’effigie de la sainte croix, et avec une verge d’or dans sa main.  [Quand je le vis, je me dis avec hésitation : ‘Qui penses-tu qu’il est ?  Cela vient-il de Dieu ou de l’adversaire ?  Je n’ai pas oublié les paroles de l’apôtre : ‘Même Satan se fait passer pour un ange de lumière’ (II Co 11, 14).  En le voyant marcher, j’ai commencé à penser dans mon cœur et à me dire : ‘Si cet homme vient de Dieu, il m’appellera trois fois ;  s’il m’appelle une seule fois, je ne lui répondrai pas.  Il vint aussitôt vers moi.] S’approchant, il s’arrêta sur ma droite et me toucha avec la verge d’or en m’appelant trois fois : ‘Luciano, Luciano, Luciano.’  Et il me dit en grec : ‘Va dans la ville appelée Elie – c’est-à-dire Jérusalem – et dis [de notre part] à Giovanni qui en est l’évêque : ‘Combien de temps resterons-nous enfermés et ne nous libèrerez-vous donc pas ?’  C’est précisément à l’époque de ton ministère sacerdotal qu’il convient que nous soyons révélés. Ouvre rapidement le monument où nos reliques sont négligées, afin qu’à travers nous, Dieu, son Christ et le Saint-Esprit puissent ouvrir la porte de leur miséricorde à ce monde. En fait, cette époque est en danger pour de nombreuses raisons qui se constatent au quotidien.  Et je ne suis pas aussi soucieux de moi que ceux qui sont couchés ici avec moi, saints et dignes de beaucoup d’honneur.  [Parce que l’endroit où nous sommes couchés est vraiment indigne]’.
  3. Je lui ai répondu en disant : ‘Toi, seigneur, qui es-tu ?  Et qui sont ceux avec toi ?’ Il répondit : ‘Je suis Gamaliel qui a instruit Paul, l’apôtre du Christ, et enseigné la Loi à Jérusalem ;  celui qui est avec moi couché dans la partie orientale du tombeau est mon seigneur Étienne, qui a été lapidé par les juifs et les prêtres à Jérusalem pour la foi du Christ, devant la porte qui est au nord, celle qui mène au cèdre, où il gisait jour et nuit, jeté pour ne pas être enterré, selon le mandat des chefs méchants, et son corps a été déchiré par des bêtes.  Cependant, par la volonté de Dieu, aucun d’eux ne l’a touché : ni fauves, ni oiseaux, ni chiens.  Moi, Gamaliel, souffrant avec le ministre du Christ, et avec le désir soucieux d’avoir une récompense et de me séparer du saint homme dans la foi, j’ai envoyé la nuit tous les religieux que je connaissais et tous les chrétiens vivant à Jérusalem parmi les Juifs et les ai exhortés et ai donné  l’indemnité nécessaire, et je les ai persuadés d’aller secrètement emmener son corps avec mon véhicule dans mon village qui est à Caphargamala (qui signifie ‘village de Gamaliel’), recevant vingt mille personnes de la ville ;  je les ai fait pleurer pendant quarante jours et ai ordonné qu’il soit placé dans le monument, dans la châsse placée vers l’orient, et leur ai ordonné que tout ce qui était nécessaire soit préparé pour ce deuil, avec mes substances. Le même seigneur Nicodème fut placé dans une autre châsse, celui-là même qui vint la nuit vers le Sauveur Jésus et fut évangélisé par lui avec ces paroles : ‘En vérité, en vérité, je te le dis, si un homme ne naît de nouveau, il ne peut voir le royaume de Dieu’ (Jn 3, 5).  Et en partant, il a été baptisé par les disciples du Christ.  Et sachant cela, les Juifs l’ont éloigné de son lieu de pouvoir et l’ont condamné et chassé de la ville.  Et moi, Gamaliel, qui avais presque souffert d’une persécution pour le Christ, je l’ai amené dans mon propre champ, et l’ai nourri, et lui ai donné de quoi s’habiller jusqu’à la fin de sa vie, et quand il est mort, je l’ai enterré honorablement avec le Seigneur Etienne.  De même aussi Abibas mon fils bien-aimé qui a reçu avec moi le baptême du Christ de ses disciples, a vécu vingt ans [très instruit dans la Loi, chaste et non entaché de femme, mais toujours présent dans le temple avec mon disciple Paul, immaculé jusqu’à la mort ]. Il est mort avant moi, et a été enterré dans le troisième tombeau, le plus élevé, dans lequel moi aussi j’ai été placé une fois mort. Ma femme Etna et mon fils aîné Selemia, puisqu’ils ne voulaient pas être chrétiens, ont été enterrés dans le village maternel, c’est-à-dire Capharsemelia.  Moi, l’humble prêtre Luciano, je lui ai demandé : ‘Et où te chercherons-nous ?’  Il a répondu : ‘Au milieu des faubourgs que l’on peut voir près du champ de la villa appelée ‘Delagabri’ [ou ‘Debathalia’, signifiant ‘possession d’hommes de Dieu’ ou ‘soldats’] qui sont ‘hommes de Dieu’.  [Ayant dit tout cela, il a disparu de ma vue].
  4. « Je me suis réveillé et j’ai prié le Seigneur en disant : ‘Seigneur Jésus-Christ, si cette vision vient de toi et n’est pas une illusion, fais-la apparaître une deuxième et troisième fois quand et comment tu le veux’.  J’ai alors commencé à jeûner et à manger de la nourriture sèche jusqu’au vendredi suivant [sauf le pain, le sel et l’eau, comme il convient de faire dans les jours saints du Carême].  Pour la seconde fois, l’illustre Gamaliel, avec le même aspect et dans la même modalité, m’apparut comme dans la première vision, en disant : ‘Pourquoi as-tu négligé d’aller référer au saint évêque Jean ?  [Ne vois-tu pas combien de sécheresse il y a sur la terre et combien de tribulations dans le monde ?  Et tu restes négligent !  Lève-toi donc, va dire à l’évêque qu’il nous ouvre et qu’il construise un lieu de prière, afin que le Seigneur par notre intercession ait pitié de son peuple]. Et j’ai répondu : ‘J’ai eu peur, seigneur, en rapportant ces choses à la première vision, de ressembler à un menteur.  Cependant j’ai prié pour que, si vous m’aviez été envoyé par le Seigneur, vous m’apparaissiez une deuxième et une troisième fois’.  Gamaliel m’a alors dit : ‘Fais confiance, fais confiance, fais-moi confiance’. [Cela dit, il a ajouté: « Écoute, prêtre.’ Et j’ai répondu : ‘Parlez, seigneur, parce que j’écoute.’  Il me dit : ‘Pourquoi as-tu hésité dans ton âme, en disant ‘Oui, même si je trouve le lieu, crois-tu que je trouverai tout le monde au même endroit ?  Si cela se produit, comment vais-je pouvoir reconnaître les reliques des différents individus ?’  C’est bien ce que tu pensais’.  Je n’ai pas pu le nier et j’ai dit : ‘C’est vrai, seigneur, j’ai pensé de cette façon.  Vous savez tout et rien ne vous est caché’.  Il m’a dit : ‘Nous ne sommes pas tous au même endroit, mais chacun de nous a le sien propre.  Fais attention à ce que je dis, et comprends-moi bien’.  Et je l’ai vu ouvrir les bras et prier le ciel.] Et il m’a encore dit : ‘Puisque tu as demandé comment et où les reliques des personnes sont placées, fais attention et regarde attentivement les choses qui te seront maintenant montrées.’  J’ai dit : ‘D’accord, seigneur.’ Et aussitôt il apporta quatre paniers, trois d’or et un d’argent. Trois d’entre eux étaient pleins de roses : deux contenaient des roses blanches et le troisième, des roses rouges comme du sang ;  le quatrième panier, en argent, était empli de fleurs de crocus très parfumées. Il les a placés devant moi. Et je lui ai dit : ‘Que suis-je, seigneur ?’  Il a répondu : ‘Ce sont nos reliques. [Ce sont les cercueils dans lesquels nous sommes couchés et les roses sont nos reliques. Et tu vois ce panier plein de belles roses sur ta droite, lorsque vous ouvrirez le lieu, tu trouveras la porte du sépulcre et, sur la droite, tu reconnaîtras saint Étienne. N’aie aucun doute : lui seul parmi nous a été couronné pour le martyre.] Celui qui a les roses rouges est l’illustre Etienne, qui est placé à droite vers l’est depuis l’entrée du monument. Le deuxième panier symbolise l’illustre Nicodème [néophyte] placé devant l’entrée.  [L’endroit un peu plus haut est le mien et celui de mon fils : parce que nous aussi étions des néophytes.] Le panier d’argent est pour mon fils Abibas, très instruit dans la Loi, immaculé comme il l’était lorsqu’il sortit du ventre de sa mère quand il vînt monde : il est donc apparu sous la forme d’un argent très pur.  Ne vois-tu pas le crocus qui y a une odeur très douce ?  Il est joint à mon panier dans un endroit plus élevé où nous étions tous les deux placés comme si nous étions jumeaux.’  Quand il eut dit cela, les choses disparurent de nouveau à mes yeux.
  5. « Après m’être réveillé, j’ai remercié Dieu Tout-Puissant, et me suis consacré aux jeûnes habituels jusqu’à la troisième révélation. Au cours de la troisième semaine, le même jour à la même heure, cet homme menaçant et tremblant vînt et me dit : ‘Pourquoi as-tu gardé le silence jusqu’ici, pourquoi n’as-tu pas voulu remplir le mandat et dire à monseigneur Giovanni les choses qui t’ont été dites et montrées ? Quelle excuse auras-tu auprès de Dieu et quel pardon peux-tu-espérer pour ce mépris, le jour du jugement ?  Peut-être que tu ne vois pas combien de sécheresses et de tribulations il y a dans le monde ? Et tu te comportes avec négligence !  Peut-être ne considères-tu pas que dans cet ermitage, il y a beaucoup de saints hommes meilleurs que toi, que nous avons mis de côté parce que nous voulions être reconnus par toi ?  C’est pourquoi nous voulions que tu sois transféré en tant que prêtre de l’autre village à celui-ci, afin d’être manifestés par toi.  Lève-toi, donc, va et dit lui dire de s’ouvrir à nous et de construire un lieu de prière, afin que grâce à notre intercession le Seigneur ait pitié de son peuple’.  Et moi, ayant commencé à trembler devant ses paroles, j’ai dit : ‘Je n’ai pas été négligent, mon seigneur, mais j’ai attendu votre troisième venue.  Maintenant j’obéirai sans attendre demain et je dirai tout ce que vous m’avez commandé’.  Et comme il était indigné contre moi, il me semblait presque en extase d’être venu à Jérusalem et de se tenir comme s’il était en présence de l’évêque Giovanni, lui racontant toute la vision.  Il m’a paru entendre celui-ci dire : ‘Si les choses sont comme tu dis, très cher ami, et que le Seigneur t’a révélé ces choses aujourd’hui, il convient que je prenne dans cette possession ce grand boeuf de labour qui convient à la fois au char et au soc.  Laboure, et que je te laisse l’usage de tous les autres’  Je lui répondis : « Qu’est-ce que cette possession pour moi, mon seigneur, si je n’ai pas ce bœuf grâce auquel la propriété est gérée et labourée ?’ L’évêque me répondit : ‘Il en est décidé ainsi, mon très cher ami, puisque notre ville est desservie par des moyens de locomotion et que nous n’avons pour cette grosse charrette que l’unique bœuf qu’on dit que tu caches dans ta propriété.  En fait, il vaut mieux le trouver dans une ville très connue que dans un petit domaine.  Peut-être que les deux petits bovins restants ne te suffisent pas pour cultiver la terre de ton véhicule ?’
  6. « Ayant entendu cela dans l’extase, c’est-à-dire dans un excès de l’esprit, je me suis immédiatement réveillé, j’ai béni le Seigneur et je suis allé en ville chez le saint évêque Giovanni.  Et après lui avoir dit toutes les choses que j’avais vues, je suis resté silencieux sur la vision du bœuf, attendant ce que j’allais entendre de lui.  En fait, j’ai compris que saint Étienne était le ‘gros bœuf’ et que les ‘chars’ dont il parlait étaient les églises saintes et que l’église de Sion était le ‘grand char’.  Puisque le saint évêque devait me demander les reliques du bienheureux Etienne, je n’ai pas voulu lui parler de la vision du bœuf.  En entendant ces choses, l’évêque Giovanni pleura de joie et dit :’Béni soit le Seigneur Dieu, Fils du Dieu vivant. Si ces choses, ainsi que tu me dis, mon très cher, tu les a entendues et que Dieu te les a révélées, il convient que je transfère le bienheureux Étienne, le premier martyr et archidiacre du Christ, qui a combattu le premier la guerre du Seigneur contre les Juifs et qui a toujours vu Dieu dans sa majesté dans le ciel, et est apparu comme un ange en parlant. Toutes ces choses, comme je peux le voir, sont arrivées et paraissaient cohérentes’.  Le saint évêque me dit encore : ‘Va, creuse dans le tumulus qui est au milieu du champ : et si tu le trouves, annonce-le-moi’.  Et je lui ai dit: ‘J’ai traversé le champ et j’ai vu un tas de petites pierres au milieu, là où je pensais qu’elles se trouvaient.’  Le patriarche m’a dit : ‘Je te l’ai déjà dit, va creuser et si tu le trouves, garde l’endroit assis là et fais-moi savoir par le diacre que j’y vienne’.  Et il m’a congédié.  Et après mon retour au village, j’ai envoyé des messagers pour que tous les villageois se lèvent à l’aube et creusent le monticule.
  7. « La même nuit, l’illustre Gamaliel apparut à un moine nommé Migezio, homme pur et simple, sous le même aspect où il m’est apparu et lui dit : ‘Va, dis au curé Luciano : ‘Tu travailles en vain dans ce monticule. Actuellement, nous ne sommes pas ici mais quand nous avons été placés ici, nous avons été pleurés selon la coutume des anciens, c’est pourquoi un monticule a été érigé ici en mémoire des pleurs funèbres.  Mais cherches-nous de l’autre côté qui est situé au nord à l’endroit qui est dit en syriaque ‘Debatalia’ qui se traduit en grec par ‘hommes forts’.  A l’aube, en me levant pour les hymnes, j’ai trouvé ce moine qui a donné la nouvelle à tous les frères.  Après avoir dit les hymnes, j’ai commencé à dire : ‘Allons au tumulus et creusons’. Ils me dire alors : ‘Écoute d’abord ce que dit le moine Migezio’.  Et une fois le moine Migezio convoqué, je lui ai demandé ce qu’il avait vu.  Il me raconta tous les signes que j’avais moi-même vus de l’illustre Gamaliel, et comment il avait vu vers le sud le champ et le monument dans un état négligé et presque en ruine, où il vit trois lits d’or préparés et l’un plus haut que les autres,  dans lequel deux personnes gisaient – un vieux et un jeune – et dans les deux autres lits, il n’y avait qu’une seule personne.  Celui qui était dans le lit le plus haut répondit en disant : ‘Va dire au prêtre Luciano que nous fumes les seigneurs de cet endroit : si tu veux trouver le plus grand de nous, et le plus juste, il a été placé à l’est’.  Et entendant ces choses du moine, j’ai glorifié le Seigneur parce qu’un autre témoin de la révélation avait été trouvé.  [Ces choses se sont passées comme je les avais vues.  Et tout semblait cohérent.]
  8. « Nous sommes alors allés au tumulus, mais en creusant, nous n’avons rien trouvé.  Nous nous sommes tournés vers le monument qui était apparu au moine cette même nuit et en creusant nous avons trouvé trois châsses, d’après ce qui m’était apparu dans le symbole des paniers.  Nous avons donc trouvé une plaque en très mauvais état, écrite en grosses lettres portant Keayea Celiel qui signifie ‘Serviteur de Dieu’, et Apaan Dardan qui signifie ‘Nicodème’ et Gamaliel.  [Mots hébreux écrits selon l’alphabet grec].  Cela a été traduit par le patriarche Giovanni, comme je l’ai moi-même entendu de la voix du même saint évêque.  J’ai immédiatement envoyé signaler la chose à l’évêque qu’il était à Lydda, c’est-à-dire à Diospolis, pour un synode.  Il prit avec lui deux autres évêques, Eleuthère de Sébaste et Eleuthère de Jéricho, et tous se rendirent sur place.  Alors qu’ils parvinrent devant l’illustre reliquaire d’Etienne, il y eu immédiatement un tremblement de terre et un parfum doux et suave se diffusa dans l’air tels qu’aucun ne se souvient avoir entendu ou senti : de sorte que nous aurions cru que nous étions placés dans l’agrément du paradis.  Il y avait avec nous une multitude de personnes dont de nombreux infirmes affligés par diverses maladies.  Et dans la même heure, soixante-treize âmes furent guéries par cette douce odeur.  D’autres expulsèrent des démons, d’autres cessèrent de saigner, d’autres ont été guéris de la scrofule et des furoncles, d’autres ont été guéris des fistules, d’autres de la fièvre tierce et quarte ;  la fièvre en a quitté d’autres ;  d’autres la maladie appelée jaunisse ;  d’autres ont été guéris de maux de tête et de migraines et beaucoup ont été libérés d’une douleur sourde dans les intestins.  Les hommes ont ressenti de nombreuses autres guérisons qu’il faudrait beaucoup de temps pour dénombrer.  Et après avoir embrassé les saintes reliques, ils les ont renfermées.  Et puis avec des psaumes et des hymnes, ils ont transporté les reliques du bienheureux Étienne dans la sainte église de Sion où l’archidiacre avait été ordonné : ils nous ont laissé des fragments des membres du saint, entre autres reliques, et la terre ainsi que la poussière où son corps avait été accueilli, et ils ont emporté tout le reste.
  9. « Puis j’ai transmis ces reliques à Votre Béatitude : en les recevant, priez pour ma pauvre personne, afin que je sois trouvé digne en présence du Seigneur, soutenu par les mérites du très bienheureux martyr Étienne et par vos prières.  Les reliques du martyr ont été transférées le 26 décembre. Et alors qu’à ce moment-là, il y avait une sécheresse éternelle et infinie, à cette même heure une grande pluie est tombée et la terre en a été abondamment enivrée : tous les présents glorifiaient le Seigneur pour son saint Etienne et pour son céleste trésor de miséricorde et de piété qu’il a daigné ouvrir au monde en danger Jésus-Christ notre Seigneur, qui avec le Père et le Saint-Esprit vit et règne pour toujours et à jamais. Amen. »

Jacques Paul Migne, “Epistola Luciani ad omnem Ecclesiam, de revelatione corporis Stephani martyris primi et aliorum”, Patrologia Latina (Patrologiae Cursus Completus, Series Latina), volume XLI, col. 807-818. Paris, 1844-1855.

[1] Gamaliel, qui apparaît dans les Actes des Apôtres, serait intervenu en leur faveur tandis qu’ils devaient comparaître devant le sanhédrin pour avoir continué à prêcher malgré l’interdiction édictée par l’autorité juive. Il aurait été baptisé en même temps que Nicodème par les apôtres Pierre et Jean.

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