Memmo di Filippuccio, « La culla dell’amore : il matrimonio »

Memmo di Filippuccio (Sienne, documenté de 1288 à 1324)

La culla dell’amore (Le berceau de l’amour), v. 1303-1310.

Fresque

Provenance : In situ.

San Gimignano, Palazzo Comunale, Camera del Podestà.

La paroi est percée en son centre d’une porte qui permet d’accéder à l’espace de la chambre. Contrairement à celle du nord, et en raison de sa hauteur moindre, cette paroi ne comportait, à l’origine, que deux registres dans lesquels se trouvaient des scènes historiées. Au sommet du mur, trois scènes décrivent les joies de l’amour conjugal. Dans sa partie inférieure, ne demeurent qu’un large fragment d’une scène de chasse et quelques blasons ayant appartenu à des podestats, soit peints à fresque, soit en relief. Les scènes sont réparties de la manière suivante :

REGISTRE SUPÉRIEUR

La sposa condotta alla dimora dello sposo

Gli sposi al bagno

Gli sposi si coricano

REGISTRE INFÉRIEUR

Cavallo e albero

Blasons

  • La sposa condotta alla dimora dello sposo (L’épouse est conduite dans la demeure de l’époux)

Le registre se révèle être très différent de celui observé sur la paroi nord où règne l’amour profane. Sur la gauche, accompagnée par un groupe de familiers (?), la jeune mariée vêtue de blanc rejoint le domicile de son époux où elle est attendue. Sur le pas de la porte, celui-ci est en train de donner à la femme de chambre de sa maison d’ultimes recommandations. Dans ce contexte, le geste de cette femme de chambre ressemble autant à une invitation à entrer, adressée à l’épouse, qu’à faire le lien entre cette scène et la suivante. Doit-on comprendre la présence du petit chien blanc comme un symbole de fidélité ? Quoi qu’il en soit, ce sont bien, désormais, les joies de la vie conjugale qui sont mises en perspective. La maison apparaît dans l’image sur un mode allusif tant les éléments visibles de l’architecture sont succincts. D’une certaine manière, elle constitue symboliquement le lieu dans lequel les jeux de séduction entre les époux peuvent constituer à la fois le gage et la source du bonheur conjugal.

  • Gli sposi al bagno (Les époux au bain)

Il est bien, ici aussi, question de séduction. Selon une coutume en usage dans les riches demeures au Moyen Âge, les époux prennent un bain ensemble, dans la même baignoire pudiquement protégée par un tissu aux motifs géométriques très colorés destiné à préserver l’intimité des baigneurs. Au service du propriétaire des lieux, une femme de chambre, que l’on voit, sur le pas de la porte, faire la transition avec la scène précédente, s’est chargée de chauffer l’eau et de vérifier sa température dans le grand baquet faisant office de baignoire. Nous la retrouverons dans la scène suivante. Pour l’heure, l’image raconte les caresses et les regards complices qu’échangent les époux plongés tous deux dans une même eau chaude et voluptueuse.

  • Gli sposi si coricano (Les jeunes époux se mettent au lit)

Vient enfin, pour les jeunes mariés, le moment de se mettre au lit, un lit aux dimensions démesurées sur lequel a été étendu une couverture dont le motif quadrillé et les couleurs sont caractéristiques de la mode siennoise du Trecento : la jeune femme, déjà allongée les yeux clos (dort-elle ?), a précédé son mari. Celui-ci, que nous imaginons impatient de la rejoindre, soulève les couvertures afin de se glisser vers elle. Tous les deux sont nus mais portent cependant des calottes sur la tête, selon un usage propre à l’époque. La domestique de la maison, d’un geste large et quelque peu théâtral, vient d’attraper le large voile qui court le long du lit, parallèlement à la surface du mur sur lequel l’image est peinte, et s’apprête à le fermer, comme le ferait un rideau fixé sur le cadre d’une scène de théâtre pour isoler celle-ci de la salle et protéger ainsi l’intimité du couple des regards du spectateur. D’une certaine manière, l’emphase du geste de la servante induit, a contrario, la nécessité, pour le spectateur, d’être mis ici en position de voyeur à son corps défendant : car il importe qu’il puisse voir de ses yeux les effets – évidemment bénéfiques – des amours légales et autorisées.

Dans le registre bas :

  • Cavallo e albero (Cheval et arbre)

Devant un fragment aussi réduit, il est difficile, sinon impossible, de formuler une quelconque hypothèse : s’agit-il d’une scène de chasse ? la scène entretient-elle un rapport avec les autres représentations ? Tou juste peut-on inférer, avec Lorenzo Renzi, que ce qui pourrait être une « scène de chasse, s’il ne s’agit pas d’une nouvelle histoire, pourrait peut-être être la continuation de l’histoire précédente » [1]. Les seules certitudes avérées sont exprimées dans l’intitulé de l’image.