Fenêtres médiévales

En histoire de l’architecture, le terme « baie » est préféré à celui de « fenêtre ».

« Il est d’usage, chez l’archéologue ou l’historien de l’architecture, écrit l’architecte du patrimoine Gilles Séraphin, de mettre à contribution l’aspect des ouvertures pour renseigner les strates des ouvrages dans lesquels elles s’inscrivent. Les datations auxquelles doit recourir l’approche de l’architecture médiévale reposent le plus souvent, en effet, sur des critères stylistiques et principalement sur la forme et le décor des baies, considérées avant tout comme des indicateurs chronologiques analogues aux fossiles directeurs des géologues. De fait, les progrès réalisés par les méthodes de datation absolue, de même que l’apport des textes, en infirmant dans certains cas les hypothèses déduites de la seule analyse formelle, montrent clairement les limites, voire les dangers de cette pratique. […]
Les baies en elles-mêmes, le plus souvent, n’ont retenu qu’accessoirement l’attention des chercheurs. Souvent, les monographies ne leur consacrent que des descriptions et une illustration succinctes. Or, bien évidemment, les fenêtres ne se réduisent pas aux simples repères stylistiques aptes à rendre compte des datations. Organes de l’habitation, à l’interface entre l’extérieur et l’intérieur, elles rendent compte avant tout d’une fonction dont la complexité surprend et dont le détail reste dans certains cas à élucider. Pour Viollet-le-Duc, le rôle primordial des fenêtres était de faire pénétrer le jour dans les intérieurs et, de fait, c’est au sein du chapitre consacré à l’éclairement de l’habitation que la question des fenêtres est abordée dans les ouvrages de synthèse. Mais le souci corollaire d’offrir des vues sur l’extérieur, essentiel dans le cas des turres castrales affectées au guet, ou encore celui de mettre en scène l’apparition du maître des lieux ont pu dans certains cas avoir la primauté sur le seul souci d’éclairer. Comptable d’un programme fonctionnel et distributif, la fenêtre rend compte plus généralement des modes de vie. Dans certains cas, elle semble avoir constitué en soi un lieu à part, que l’on verrait volontiers affecté à des activités spécifiques. Supposition d’autant plus légitime que l’épaisseur des murs, en augmentant l’ampleur des embrasures, leur conférait parfois les dimensions d’une pièce. En témoignent entre autres les graffitis, souvent conservés sur les parements des tableaux, de même que le jeu d’échec gravé dans l’appui de la grande fenêtre de Comarque. Œuvre architecturale notable, la fenêtre rend compte également des évolutions esthétiques, mais aussi techniques, dans les domaines respectifs du sculpteur, du tailleur de pierre, du maçon, du charpentier, du maître d’œuvre, mais aussi des artisans de second œuvre que sont entre autres les menuisiers, ferronniers, verriers, etc. Notons en effet qu’une fenêtre ne peut en aucun cas se réduire à cette coquille fossile vide qu’est le percement, généralement seul conservé. Elle se compose également des parties périssables que constituent ses dispositifs de fermeture, indispensables à une appréciation de la fonction même de la baie [1]Gilles SÉRAPHIN, « Les fenêtres médiévales : état des lieux en Aquitaine et en Languedoc », dans Mémoires de la Société Archéologique du Midi de la France (M.S.A.M.F.), hors série, 2002 (La maison au Moyen Âge dans le Midi de la France), pp. 145-201. ».

Notes

Notes
1 Gilles SÉRAPHIN, « Les fenêtres médiévales : état des lieux en Aquitaine et en Languedoc », dans Mémoires de la Société Archéologique du Midi de la France (M.S.A.M.F.), hors série, 2002 (La maison au Moyen Âge dans le Midi de la France), pp. 145-201.
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