Domenico Beccafumi, « La riconciliazione tra Marco Emilio Lepido e Fulvio Flacco per amor di patria »

Domenico Beccafumi (Valdibiena [Montaperti], entre 1484 et 1486 – Sienne, 1551)

La riconciliazione tra Marco Emilio Lepido e Fulvio Flacco per amor di patria (La réconciliation entre Marcus Emilius et Fulvius Flaccus par amour de la Patrie), entre 1529 et 1535.

Fresque de la voûte de la salle du Consistoire.

Inscriptions :

  • (dans le cartouche sous la fresque) : « M. CVRIVS ÆMILIVS LEPIDVS FVLVIVS FLACCUS CENSORES »

Provenance : In situ

Sienne, Palazzo Pubblico, Sala del Concistoro.

L’histoire légendaire de la réconciliation des deux censeurs par amour pour la patrie est rapportée par Valère Maxime [1] et par Aulu Gelle [2], qui tous deux évoquent la « haine » qui les sépare. Cependant, l’exactitude des faits est contredite par Tite-Live [3] grâce auquel nous apprenons que Marcus Aemilius Lepidus ayant été censeur en 179 et Quintus Fulvius Flaccus en 174, ils n’eurent nulle raison ni obligation de se réconcilier lorsqu’ils eurent à assumer cette haute fonction.

La légende est le fruit d’une confusion entre les noms de Fulvius Flaccus, d’une part, et de Marcus Fulvius Nobilior, de l’autre. En revanche, Marcus Æmilius Lepidus et Marcus Fulvius Nobilior furent bien élus tous deux censeurs en 179 av. J.-C. Et, en effet, ils se détestaient. C’est pourquoi, lorsqu’ils furent conduits au Champ de Mars pour la cérémonie d’investiture, Cecilius Metellus les somma de se réconcilier, au nom des intérêts supérieurs de la République.

Au centre, les deux ennemis ont symboliquement déposé les armes qu’ils ont laissées bien en vue, et s’embrassent tout en se serrant la main. Metellus, qui a créé l’événement, est représenté à droite, prenant encore conseil auprès d’un sénateur sur ce qu’il doit dire en cette circonstance.

Les deux censeurs commanditèrent notamment le Pont Palatin, ou Ponto Rotto, le plus ancien pont de Rome après le pont Sublicius, et le premier pont en pierre (à moins qu’il n’y ait eu confusion entre Lepidus et lapidus [la pierre]). N’est-ce pas ce pont qu’on voit derrière eux ?

[1] « M. Æmilius Lepidus qui fut deux fois consul et grand pontife et dont la haute vertu égalait les glorieuses dignités, nourrit une longue et violente haine contre Fulvius Flaccus, personnage non moins considérable. Mais dès qu’ils eurent été nommés ensemble censeurs, il renonça à ses dispositions sur le Champ de Mars même dans la pensée que des haines privées ne devaient point séparer des citoyens qui avaient été associés pour l’intérêt de l’état dans une haute magistrature. Cette opinion de Lepidus a excité l’admiration de son siècle et les anciens historiens nous en ont transmis le souvenir avec éloges. » (Valère Maxime, Faits et dits mémorables, Livre IV, chap. 2, § 1.

[2] « Emilius Lépidus et Fulvius Flaccus, tous deux nobles, comblés d’honneurs, et occupant dans Rome un rang distingué, furent longtemps animés l’un contre l’autre de la haine la plus violente. Mais un jour le peuple les nomma censeurs ensemble. Le héraut avait à peine proclamé leur nom, que, sur le lieu même, et en présence de l’assemblée, ils se jettent dans les bras l’un de l’autre, par un mouvement simultané. A partir de moment, l’amitié la plus étroite les unit, non seulement durant leur censure, mais encore pour le reste de leur vie. »Aulu Gelle, Nuits attiques, livre XII, chap. 8.

[3] « Les censeurs nommés furent le grand pontife M. Æmilius Lépidus et M. Fulvius Nobilior, qui avait triomphé des Étoliens. Ces deux illustres personnages étaient ennemis l’un de l’autre, et leur haine avait donné lieu plus d’une fois à de violents débats dans le sénat et devant le peuple. À l’issue des comices, les censeurs se rendirent au champ de Mars, et, suivant l’usage antique, prirent place sur leurs chaises curules auprès de l’autel de Mars. Les principaux membres du sénat vinrent aussitôt les rejoindre avec un grand concours de citoyens. QQ. Caecilius Métellus prit la parole en ces termes : “[…] À vous considérer chacun en particulier, M. Æmilius et M. Fulvius, nous ne saurions aujourd’hui trouver à Rome personne qui vous fût préféré, s’il nous fallait recommencer l’élection. Mais en vous examinant tous deux ensemble, nous ne pouvons nous empêcher de craindre que vous ne soyez mal assortis, et que la haine qui vous divise ne soit plus funeste à la république que les qualités personnelles qui vous ont conquis nos suffrages ne sauraient lui être utiles. […] C’est une maxime bien connue, et qui est passée en proverbe à cause de sa vérité, que les amitiés doivent être immortelles, et les haines passagères.” […] Alors, sur les instances de tous les assistants, ils se donnèrent la main, s’engagèrent à déposer et abjurer franchement leur haine, et, furent conduits au Capitole au milieu d’applaudissements unanimes. (Tite Live, XL, 46) 
Les censeurs se lancent alors dans une politique de grands travaux, pas toujours désintéressée : « Avec l’argent qu’on leur avait assigné et qu’ils s’étaient partagé, ils firent achever divers travaux. Lépidus construisit une digue auprès de Terracine : cet ouvrage fut mal accueilli, parce que le censeur possédait des terres dans le voisinage et qu’il semblait avoir dépensé dans son intérêt privé les deniers de l’État. […] On dut à M. Fulvius un plus grand nombre d’ouvrages dont l’utilité était plus réelle ; tels furent le port du Tibre et les piles d’un pont, dont quelques années plus tard les censeurs Scipion l’Africain et Mummius construisirent la voûte ; une basilique élevée derrière les nouvelles boutiques des changeurs et le marché aux poissons, et entourée de boutiques qu’il vendit au profit du trésor ; un forum et un portique en dehors de la porte Trigémine; un autre derrière l’arsenal ; enfin un temple d’Apollon Médecin, près de la chapelle d’Hercule, et derrière celle de l’Espérance sur les bords du Tibre. Les deux censeurs avaient en outre de l’argent à dépenser en commun ; ils l’employèrent à faire construire des aqueducs et des canaux » (XL, 51)