Domenico Beccafumi, « Uccisione di Spurio Melio »

Domenico Beccafumi (Valdibiena [Montaperti], entre 1484 et 1486 – Sienne, 1551)

Uccisione di Spurio Melio (Mise à mort de Spurius Maelius), entre 1529 et 1535.

Fresque de la voûte de la salle du Consistoire.

Inscriptions :

  • (dans le cartouche sous la fresque) : « SPVRIVS MELIVS »

Provenance : In situ

Sienne, Palazzo Pubblico, Sala del Concistoro.

L’épisode du meurtre de Spurius Maelius, riche plébéien romain accusé de briguer le pouvoir royal, est principalement connu par le récit qu’en a donné Tite Live [1] :

« À cette époque Spurius Maelius, de l’ordre des chevaliers, et qui était prodigieusement riche pour le temps, donna le dangereux exemple d’une chose utile en elle-même, mais dénaturée par ses détestables intentions. Il avait, par l’entremise de ses hôtes et de ses clients, fait à ses frais des achats de blé en Étrurie (ce qui, je pense, rendit inutiles les mesures prises par l’état pour adoucir la disette), et il se mit à distribuer ces grains au peuple. Aussi, partout où il se montrait, la multitude, gagnée par ses largesses, lui formait un cortège tel que n’en avait jamais eu un simple particulier, et lui donnait espoir qu’il arriverait sûrement, par sa faveur, au consulat. Mais, comme le coeur humain ne sait pas se contenter de ce que lui promet la fortune, Maelius porta encore plus haut ses vues trop ambitieuses : voyant qu’il fallait arracher le consulat aux patriciens, il aspira au trône : c’était le seul prix digne de tant de combinaisons et de la lutte terrible qu’il allait soutenir [2] ».

On apprit enfin que Maelius amassait des armes dans le dessein de prendre seul en main les destinées de l’État, en un mot, de se faire roi. Le fait fut signalé au Sénat qui reprocha aux anciens consuls d’avoir inconsidérément autorisé des dons aussi peu désintéressés à la population de la part d’un particulier aux ambitions coupables, et aux consuls nouvellement élus de ne pas avoir découvert le complot.

Sur ces entrefaites, on propose la nomination d’un dictateur en la personne de Lucius Quinctius Cincinnatus, alors âgé de plus de quatre-vingts ans, qui accepte cette charge et nomme aussitôt Gaius Servilius Ahala maitre de cavalerie. [3]

Servilius convoque immédiatement Spurius Maelius devant le dictateur Cincinnatus. Apprenant cette nouvelle, Maelius tente de s’enfuir. Servilius le tue sur le champ, sans autre forme de procès.

« Le lendemain, après avoir placé des corps de garde, il descend sur le forum, et étonne le peuple par cet appareil inattendu. Maelius et ses partisans sentirent bien que c’était contre eux qu’était dirigée la puissance de cette redoutable magistrature ; mais les citoyens qui ignoraient leurs complots, se demandaient : ‘Quelle sédition, quelle guerre soudaine avait rendu nécessaire l’autorité dictatoriale, ou avait fait confier la direction de la république à Quinctius, qui était plus qu’octogénaire.’

“Cependant Servilius, le maître de la cavalerie, envoyé par le dictateur vers Maelius, lui dit : ‘Le dictateur te demande. – Que me veut-il ?’, répond Maelius tremblant. ‘Écouter la défense, répliqua Servilius, et te voir te justifier du crime que Minucius a déféré au sénat.’ Aussitôt Maelius se réfugie au milieu d’un groupe de ses complices, promène autour de lui ses regards, cherche à gagner du temps. Enfin, sur l’ordre du chef de la cavalerie, un appariteur l’arrête. Délivré par les assistants, il s’enfuit en implorant le secours de la multitude ; il dit que c’est une conspiration des patriciens qui l’oppriment, parce qu’il a fait du bien au peuple ; il le conjure de venir à son aide dans un danger si imminent, et de ne pas du moins le laisser égorger sous ses yeux. 

“Au milieu de ces clameurs, Ahala Servilius l’atteint et lui tranche la tête ; puis, couvert de son sang, entouré d’une troupe de jeunes patriciens, il va annoncer au dictateur que Maelius, cité devant lui, a repoussé l’appariteur, soulevé la multitude, et subi la peine due à son crime. Alors le dictateur : ‘Je te félicite de ton courage, Gaius Servilius, lui dit-il ; tu as sauvé la république.’ [4]

C’est exactement l’instant représenté par Beccafumi : le maître de cavalerie Servilius Ahala présente la dépouille de Maelius au dictateur Cincinnatus. A la vue du cadavre, Cincinnatus profère l’exclamation qui entrera dans la légende. Comme dans chacune des scènes historiées du cycle, un public nombreux participe à l’action en tant que témoin, à l’instar du spectateur. Plusieurs des personnages désignent les principaux protagonistes d’un geste qui souligne, si besoin était, l’action exemplaire qui vient de se dérouler sous leurs yeux. La composition de la scène s’articule selon une diagonale, principe cher à Beccafumi et exploité de manière répétée au plafond du Consistoire. Celle-ci conduit le regard de Cincinnatus accompagnant ses propos d’un geste oratoire, jusqu’au cadavre de Maelius, en passant par Servilius que l’on voit debout, dans une attitude martiale, tenant encore à la main son épée souillée de sang.

À droite, la figure féminine aux allures de nymphe adopte la pose appelée contrapposto, qui caractérise, parmi d’autres formes stylistiques, la peinture maniériste. Il n’est pas rare que Beccafumi utilise ce type de figure à la manière d’une seconde signature apposée à l’œuvre.

[1] Tite Live, Histoire romaine, publiée sous la direction de M. Nisard. Paris, 1864, tome 1, IV, 12-16. Une seconde source se trouve dans les fragments de Denys d’Halicarnasse, livre XII.

[2] Tite Live, op. cit., IV, 12, 1-4.

[3] D’après Denys d’Halicarnasse (Antiquités romaines, XII, 4), ni Cincinnatus ni Servilius Ahala n’auraient été désignés à ces titres, les sénateurs ayant eux-mêmes décidé la mise à mort de Maelius à la suite des accusations de Minucius, et chargé le jeune Servilius de cette exécution.

[4] Tite Live, op. cit., IV, 14, 1-7.