Le parvis de la Cathédrale de Sienne

Au sommet de l’escalier qui monte vers l’église depuis la place, le parvis est orné d’incrustations de marbre du même type que celles que l’on peut voir au sol de la cathédrale. Deux colonnes, une à chaque extrémité, portent à la Louve Siennoise à leur sommet. [1]A l’origine, ces colonnes étaient placées au bas de la volée des marches de l’escalier.

Les marqueteries

Les marqueteries de marbres tricolores (blanc, noir et ocre rouge) sont développées sur deux registres parallèles à la façade et comportant comportant trois images placées dans l’axe de chacun des trois portails. [2]Il s’agit de copies des exemplaires originaux datant de 1450.

PORTAIL GAUCHE

1
4

PORTAIL CENTRAL

2
5

PORTAIL DROIT

3
6

Au centre du premier registre apparaît un temple de forme ronde (fig. 5), sur les marches duquel deux figures sont agenouillées en prière. L’image représente le publicain [3]Dans l’Antiquité romaine, le publicain était un personnage chargé de collecter l’impôt au titre de l’autorité civile. Généralement aisé, réputé coupable de fréquentes exactions, il était particulièrement impopulaire. d’un côté, et de l’autre le pharisien [4]Membre d’une secte puritaine d’Israël apparue au IIe s. avant J.-C., que les Évangiles accusent de formalisme et d’hypocrisie., selon une parabole christique que l’on ne trouve que dans l’Évangile selon Luc [5]« En ce temps-là, Jésus dit la parabole que voici à l’adresse de certains qui étaient convaincus d’être justes et qui méprisaient les autres : ‘Deux hommes montèrent au Temple pour prier. L’un était pharisien, et l’autre, publicain. Le pharisien se tenait debout et priait en lui-même : ‘Mon Dieu, je te rends grâce parce que je ne suis pas comme les autres hommes – … Poursuivre.

Dans les losanges situés de part et d’autre de la scène centrale (fig. 4 et 6), apparaissent deux vases. Sur l’un d’eux, on peut aujourd’hui lire le mot Mel (miel), et sur l’autre Lac (lait). Ces deux vases et leurs contenus sont souvent présentés comme une allusion à un rite ancien selon lequel on faisait goûter le miel et le lait aux nouveaux baptisés à l’âge adulte afin de signifier la nouvelle enfance acquise par le Baptême. Toutefois, l’explication du symbole est très différente. Témoin d’une époque particulièrement troublée, le Recteur Giovanni Borghesi, écrit Petra Pertici [6]Petra Pertici, « Latte e miele nel pavimento del duomo di Siena. Un caso di lectio facilior », dans Cum bona, tum mala, Quaderni dell’Opera, a cura di M. Lorenzoni, XII-XIV, 2009-2010, pp 141-153., fait ici « un choix iconographique très approprié [7]Ce choix iconographique est fait « avec la facilité à livrer le présent à l’histoire à travers des images inoubliables, trait caractéristique de la civilisation siennoise », note l’auteur. afin de restituer le sens profond des événements de l’époque, le climat généralisé de conspirations et les drames du moment. Les Siennois avaient de bonnes raisons de se confier à la providence divine, de réfléchir sur le sens de la vie et de s’interroger sur le pourquoi des souffrances infligées aux hommes. Même avec les images du parvis [de la cathédrale], qui aujourd’hui est en partie différente de ce qu’elles étaient alors, Giovanni Borghesi, préfigurant presque ce qui va arriver, s’adresse à ceux qui se sont sentis affectés en de telles circonstances. Il rappelle le péché originel, les luttes fratricides encouragées par l’orgueil et l’ambition et avertit qu’il faut accepter que le bien et le mal existent, symbolisés par les deux vases encore visibles devant les portails latéraux de l’église, celui de gauche avec l’inscription Mel et celle de droite, qui porte aujourd’hui l’inscription Lac. » On ignore quand et pourquoi la modification du Mel en Lac a été effectuée. Petra Pertici considère que cette dernière est le résultat d’un « malentendu survenu lors d’une restauration du XIXe siècle. Dans la version originale, en effet, Tizio témoigne et après lui à la fin des années 1700, Guglielmo Della Valle, qu’il était écrit Fel, fiel. Le mal, la malchance, auquel il faut se résigner. Selon les mots de Della Valle, qui a laissé une description du sol du parvis, il voulait ainsi ‘montrer que la vie humaine s’abreuve de la douceur et de l’amertume de ce monde’ ». Au début de 1900, Hobart Cust, auteur du premier ouvrage critique sur ces marqueteries, certifie que le changement d’inscription avait déjà eu lieu avant cette date.

C’est entre la fin de l’année 1448 et le début de l’année suivante, que le maître d’œuvre Giovanni Borghesi, alors proche de la fin de son mandat, fait recouvrir de marbre le parvis de la Cathédrale. Le chroniqueur siennois Sigismondo Tizio [8]Sigismondo Tizio (Castiglion Fiorentino, 1458 –  Sienne, 1528) : historien et chroniqueur. note à ce propos que celui-ci « fit faire le pavement de marbre devant les trois portes du temple de Sienne, ainsi que les marches en marbre de l’escalier qui y conduit » [9]« Pavimentum quoque marmoreum ante portas templi senensis trinas, scalis ascensis, e marmore sterni fecit. » S. Tizio, Historiae Senenses (1402-1459), a cura di P. Pertici, Rome, Istituto Storico Italiano, Rerum Italicarum Scriptores Recentiores, 1998, p. 261.. Après quoi, il rédige un commentaire qui livre en détail le sens enfoui derrière l’iconographie des différentes motifs figurés dans les marqueteries de marbre qui ornent la surface du parvis. Pour ce faire, cet homme lettré a recours à Boèce [10]« Car nous lisons chez Boèce, dans le deuxième livre de la Consolation de la Philosophie, dans sa deuxième prose déplorant les calamités : ‘N’as-tu pas appris, dans ton enfance, l’histoire des deux tonneaux remplis, l’un de maux, l’autre de biens, et placés à l’entrée du séjour de Jupiter ?’ » On trouve la même information dans l’Illiade … Poursuivre mais aussi à l’Ancien Testament [11]Dans le soixante-quatorzième Psaume, David lui-même dit : « Parce que Dieu est le juge, il abaisse les uns, les autres il les relève. Le Seigneur tient en main une coupe où fermente un vin capiteux ; il le verse, et tous les impies de la terre le boiront jusqu’à la lie. » (SI 75 (74), 9)..

Sur le seuil de la porte du milieu (fig. 2), ainsi que sur celui des portes latérales (fig 1 et 3), le sol est orné de trois panneaux dont les diverses figures représentent des fonctions ecclésiastiques telles que vestition et ordinations sacrées. Ceux-ci ont été conçus et exécutés vers 1540-1541 par Guasparre di Agostino, peintre et sculpteur, et par le Maestro Corso di Maestro Sebastiano de Florence. [12]Le récit représentant la Consécration de la Cathédrale gravé devant la porte latérale ouverte sur le flan sud-est de la Cathédrale, communément appelée la Porte du Pardon, est également l’œuvre de ces deux artistes.

Les colonnes aux Louves

De chaque côté de l’escalier, deux colonnes anciennes de granit oriental portent la Louve allaitant les deux jumeaux qui constitue l’un des symboles omniprésents de la ville où ils sont omniprésents. Les originaux de ces deux Louves sont aujourd’hui exposés au Museo dell’Opera. [13]Voir : Giovanni PisanoLa lupa che allatta i gemelli et Scuola seneseLa lupa che allatta i gemelli.

Notes

Notes
1 A l’origine, ces colonnes étaient placées au bas de la volée des marches de l’escalier.
2 Il s’agit de copies des exemplaires originaux datant de 1450.
3 Dans l’Antiquité romaine, le publicain était un personnage chargé de collecter l’impôt au titre de l’autorité civile. Généralement aisé, réputé coupable de fréquentes exactions, il était particulièrement impopulaire.
4 Membre d’une secte puritaine d’Israël apparue au IIe s. avant J.-C., que les Évangiles accusent de formalisme et d’hypocrisie.
5 « En ce temps-là, Jésus dit la parabole que voici à l’adresse de certains qui étaient convaincus d’être justes et qui méprisaient les autres : ‘Deux hommes montèrent au Temple pour prier. L’un était pharisien, et l’autre, publicain. Le pharisien se tenait debout et priait en lui-même : ‘Mon Dieu, je te rends grâce parce que je ne suis pas comme les autres hommes – ils sont voleurs, injustes, adultères –, ou encore comme ce publicain. Je jeûne deux fois par semaine et je verse le dixième de tout ce que je gagne’. Le publicain, lui, se tenait à distance et n’osait pas même lever les yeux vers le ciel ; mais il se frappait la poitrine, en disant : ‘Mon Dieu, montre-toi favorable au pécheur que je suis !’ Je vous le déclare : quand ce dernier redescendit dans sa maison, c’est lui qui était devenu un homme juste, plutôt que l’autre. Qui s’élève sera abaissé ; qui s’abaisse sera élevé. » (Lc 18, 9-14).
6 Petra Pertici, « Latte e miele nel pavimento del duomo di Siena. Un caso di lectio facilior », dans Cum bona, tum mala, Quaderni dell’Opera, a cura di M. Lorenzoni, XII-XIV, 2009-2010, pp 141-153.
7 Ce choix iconographique est fait « avec la facilité à livrer le présent à l’histoire à travers des images inoubliables, trait caractéristique de la civilisation siennoise », note l’auteur.
8 Sigismondo Tizio (Castiglion Fiorentino, 1458 –  Sienne, 1528) : historien et chroniqueur.
9 « Pavimentum quoque marmoreum ante portas templi senensis trinas, scalis ascensis, e marmore sterni fecit. » S. Tizio, Historiae Senenses (1402-1459), a cura di P. Pertici, Rome, Istituto Storico Italiano, Rerum Italicarum Scriptores Recentiores, 1998, p. 261.
10 « Car nous lisons chez Boèce, dans le deuxième livre de la Consolation de la Philosophie, dans sa deuxième prose déplorant les calamités : ‘N’as-tu pas appris, dans ton enfance, l’histoire des deux tonneaux remplis, l’un de maux, l’autre de biens, et placés à l’entrée du séjour de Jupiter ?’ » On trouve la même information dans l’Illiade : « Deux tonneaux sont placés sur le seuil de Jupiter, remplis des présents qu’il répand. L’un contient les maux, l’autre les biens. Lorsque Jupiter […] les mélange, l’homme qu’il sert ainsi reçoit tantôt du bien, tantôt du mal. » (Iliade, XXIV, v. 927, sq.).
11 Dans le soixante-quatorzième Psaume, David lui-même dit : « Parce que Dieu est le juge, il abaisse les uns, les autres il les relève. Le Seigneur tient en main une coupe où fermente un vin capiteux ; il le verse, et tous les impies de la terre le boiront jusqu’à la lie. » (SI 75 (74), 9).
12 Le récit représentant la Consécration de la Cathédrale gravé devant la porte latérale ouverte sur le flan sud-est de la Cathédrale, communément appelée la Porte du Pardon, est également l’œuvre de ces deux artistes.
13 Voir : Giovanni PisanoLa lupa che allatta i gemelli et Scuola seneseLa lupa che allatta i gemelli.
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