Rutilio Manetti, « Messa di san Cerbone »

Rutilio Manetti (Sienne, 1571 – 1639)

Messa di san Cerbone (Messe de Saint Cerbone), 1630.

Huile sur toile, 444 x 264 cm.

Inscriptions :

  • (dans un cartel, en bas à gauche) : « OPUS RUTILII MANE[TT]US SEN[ENSIS]. A.D. LDCXXX » [1]« Œuvre de Rutilio Manetti de Sienne, en l’an de l’Incarnation du Seigneur 1630 » (date et signature).

Provenance : In situ.

Sienne, Église de Santa Maria in Provenzano.

A l’origine, au centre de la toile, se trouvait une Madonna col Bambino, œuvre d’un « chompagno » de l’atelier de Lippo Memmi, dite Madonna della Staffa, qui se trouve actuellement dans la sacristie de l’église. Elle est remplacée dans l’œuvre de Manetti par une Visitation due à Antonio Buonfigli.

Cette toile de Rutilio Manetti est située sur l’autel situé dans le bras droit du transept. Selon Bandini Piccolomini [2]Francesco Bandini Piccolomini (Sienne, 1505 – Tivoli, 1588) : fils de Sallustio Bandini et de Montanina Piccolomini Todeschini, elle-même sœur du cardinal-archevêque Giovanni et nièce de Pie III, archevêque de Sienne (Bandini Piccolomini fut ordonné prêtre en 1529 ; cependant, il ne reçu sa consécration épiscopale qu’en 1538, selon les coutumes propres … Poursuivre, qui s’appuie sur des documents d’archives de l’église qui ne sont plus accessibles aujourd’hui, il s’agit d’une commande de Mgr Fabio Piccolomini, évêque de Massa Marittima, complétée par ses héritiers après sa mort (1629). [3]Cette information est confirmée par la présence des armoiries en onglet des Piccolomini sur les bases des colonnes de marbre de l’autel ainsi que par l’inscription dédicatoire située dans le fronton : « Deo Deiparae Virgini et Sancto Cerbonio Fabio Piccolomin. Ep[iscopu]s Masse et Popul[oni]e » (« À la Vierge, Mère de Dieu, et à saint Cerbone, Fabius Piccolomini, évêque de … Poursuivre La toile représente saint Cerbone, premier évêque de Populonia et Massa Marittima, en train de célébrer la messe devant un autel dédié à la Madone, en présence du pape Vigile, tandis que se produit l’apparition miraculeuse d’une multitude d’anges chantant le Gloria in excelsis Deo [4]La légende, particulièrement prolixe s’agissant du saint évêque Cerbone di Piombino, raconte que le pape Vigile (537-555) voulut assister en personne à la messe de l’aube célébrée par le saint, après avoir passé la nuit en prière avec lui, et qu’il put ainsi assister au miracle du chœur angélique qui s’éleva mélodieusement au moment de l’Eucharistie. A la … Poursuivre, ancienne hymne de la liturgie chrétienne également connue sous le nom d’Hymne des anges ou de Cantique angélique, en relation avec le chant des anges lors de la naissance de l’Enfant-Jésus, comme on peut le lire dans l’Évangile selon Luc (« […] gloria in altissimis Deo et in terra pax in hominibus bonae voluntatis : « Gloire à Dieu dans les lieux très hauts, Et paix sur la terre parmi les hommes qu’il agrée ! (Lc 2,14).)) L’étonnement et l’enchantement de l’événement miraculeux sont rendus très efficacement grâce à la composition dégradante à différents niveaux et au concert crédible des anges, presque un déguisement dans des vêtements adaptés à la cour céleste d’un sujet profane cher au cercle du Caravage.

La peinture impressionnante des vêtements liturgiques des clercs qui se distinguent par les combinaisons de rouges intenses et de bruns brûlés avec des blancs purs, fait de ce retable un exemple remarquable du haut degré de professionnalisme, c’est-à-dire de capacité picturale, auquel Manetti avait atteint.

Il s’agit également, comme l’indique Bagnoli, de l’une des rares œuvres tardives auxquelles on puisse faire référence à quelques dessins préparatoires : une première étude d’après nature pour les deux anges jouant respectivement de la viole de gambe et de l’archiluth et pour les deux clercs derrière San Cerbone (Sienne, Bibliothèque municipale : S.III.9/14v.) ; un deuxième alambic pour l’ange avec l’archiluth (Sienne, Bibliothèque municipale : S. III.9/91v.) ; enfin un troisième, jusqu’ici anonyme et inédit (Florence, Gabinetto Disegno e Stampe degli Uffizi : Inv. n. 15159F), à comparer à l’ange jouant du luth.

Ettore RomagnoliBiografia cronologica de’ bellartisti senesi, ms Siena BCS, Sienne, 1835, éd. anast. Florence, S.P.E.S., 1976.

Cesare BrandiRutilio Manetti. 1571 – 1639, Sienne, Lazzeri, 1931.

Federico ZeriLa Galleria Spada in Roma. Catalogo dei dipinti, Florence, Sansoni, 1954.

Mario Salmi, Il palazzo e la collezione Chigi-Saracini, Sienne, Monte dei Paschi, 1967.

Carlo del Bravo, « Una ‘Figura con natura morta’ del Seicento toscano », in Studio di storia dell’arte in onore di Roberto Longhi, Florence, Sansoni,  pp. 322-324.

Carlo del Bravo, « Due nature morte di Astolfo Petrazzi », dans Paragone, CXXXIX, 1961, pp. 58-59.

Martina Ingendaay Rodio, « Antonio Nasini nella Cappella di Santa Teresa in San Donato a Siena », dans Prospettiva, XXVII, 1981, pp. 90-98.

Martina Ingendaay Rodio, « Überlegungen zur Barockmalerei in Siena 1640 – 1750 », dans Storia dell’Arte, XLIX, 1983, pp. 191-209;

Martina Ingendaay Rodio, « Precisazioni su Antonio Nasini a Fontanellato », dans Bollettino d’arte, VI. 69, 1984, 25, pp. 85-88.

Timothy HymanSienese painting : the art of a city-republic (1278 – 1477), Londres, Thames & Hudson, 2003.

Fabio Bisogni e Marco Ciampolini (dir.) Bernardino Mei e la pittura barocca a Siena (cat. exp. Sienne 1987), Florence, S.P.E.S., 1987.

Bernardina Sani, « Cultura figurativa nella società senese del primo Seicento », dans Alessandro Angelini, Monika Butzek, Bernardina Sani (dir.), Alessandro VII Chigi (1599 – 1667), il papa senese di Roma moderna (cat. exp. Sienne, 2000),  Sienne, Maschietto e Musolino, 2000, pp. 40-47.

Enzo CarliLa pittura senese, Florence, Scala, 1982.

Marco PieriniArte a Siena, Firenze, Scala, 2002.

Giulietta Chelazzi Dini, Alessandro Angelini, Bernardina SaniPittura senese,  Milan, Motta, 1997. 

Notes

Notes
1 « Œuvre de Rutilio Manetti de Sienne, en l’an de l’Incarnation du Seigneur 1630 » (date et signature).
2 Francesco Bandini Piccolomini (Sienne, 1505 – Tivoli, 1588) : fils de Sallustio Bandini et de Montanina Piccolomini Todeschini, elle-même sœur du cardinal-archevêque Giovanni et nièce de Pie III, archevêque de Sienne (Bandini Piccolomini fut ordonné prêtre en 1529 ; cependant, il ne reçu sa consécration épiscopale qu’en 1538, selon les coutumes propres au népotisme de l’époque, après avoir obtenu la pleine possession de son diocèse l’année précédente, après la mort du cardinal Giovanni Piccolomini, son oncle.
3 Cette information est confirmée par la présence des armoiries en onglet des Piccolomini sur les bases des colonnes de marbre de l’autel ainsi que par l’inscription dédicatoire située dans le fronton : « Deo Deiparae Virgini et Sancto Cerbonio Fabio Piccolomin. Ep[iscopu]s Masse et Popul[oni]e » (« À la Vierge, Mère de Dieu, et à saint Cerbone, Fabius Piccolomini, évêque de Massa et Populonia. »).
4 La légende, particulièrement prolixe s’agissant du saint évêque Cerbone di Piombino, raconte que le pape Vigile (537-555) voulut assister en personne à la messe de l’aube célébrée par le saint, après avoir passé la nuit en prière avec lui, et qu’il put ainsi assister au miracle du chœur angélique qui s’éleva mélodieusement au moment de l’Eucharistie. A la suite de quoi, il accorda à Cerbone de continuer à célébrer la messe selon sa coutume, malgré les plaintes des fidèles, et de retourner parmi eux à Populonia. Voir Acta Sanctorum, octobris, V, Bruxellis 1786, p. 98).

Laisser un commentaire

En savoir plus sur Guide artistique de la Province de Sienne

Abonnez-vous pour poursuivre la lecture et avoir accès à l’ensemble des archives.

Poursuivre la lecture