Masaccio, « Saint Pierre distribuant les biens de l’Église »

Masaccio, Tommaso di Ser Giovanni Cassai dit (Castel San Giovanni, aujourd’hui San Giovanni Valdarno, 1401 – Rome, v. 1428)

San Pietro distribuisce i beni comuni della Chiesa e morte di Anania (Saint Pierre distribuant les biens communs de l’Église et mort d’Ananias), v. 1427.

Fresque, 230 x 162 cm.

Provenance : In situ.

Florence, Église de Santa Maria del Carmine, Chapelle Brancacci.

Tandis que Pierre distribue aux pauvres l’argent provenant de la vente des biens communs de l’Église, un homme, Ananias, gît au premier plan, foudroyé par la mort. Pour comprendre le sens de la scène, il convient de faire un détour par l’histoire et par les Textes. Au lendemain de la mort de Jésus, ses fidèles constituent un groupe d’une centaine tout au plus, réunis dans la première communauté chrétienne constituée. Celle-ci est « fixée à Jérusalem et animée par Pierre, Jean et Jacques. Cette communauté est composée des anciens compagnons de Jésus : les onze apôtres auxquels est venu s’ajouter Matthias choisi par eux pour remplacer le douzième, Judas Iscariote [1]Judas Iscariote s’est lui-même exclu du groupe des apôtres en trahissant et en livrant Jésus avant, peut-être, de se pendre., les parents de Jésus récemment gagnés à la nouvelle foi, quelques femmes qui l’ont connu, et des habitants de Jérusalem qui ont adhéré à sa prédication – tout au plus une centaine de personnes. Ils forment une communauté particulière au sein du judaïsme, continuant d’en observer fidèlement les prescriptions rituelles, mais y ajoutant des rites spécifiques : ainsi, chaque semaine, le lendemain du Shabbat, ils commémorent la résurrection de Jésus-Christ par une liturgie reprise en partie de la synagogue et qui se clot par une eucharistie, une action de grâces, reproduisant le dernier repas pascal pris par Jésus avec les Douze avant son arrestation. Par là ils affirment leur croyance que Jésus était bien le Messie qu’Israël attendait et qu’annonçait l’Écriture. »

« Le tableau que Luc dresse de cette communauté primitive dans le livre des Actes est, bien entendu, idéalisé. La ‘vie apostolique’ décrite constitue, en fait, un modèle à atteindre : unanimité, communion fraternelle, accord profond entre les disciples, qui mettent aussi en commun leurs biens matériels. » [2]Michel Meslin, « La vie quotidienne des premiers chrétiens », dans L’Histoire, 227, décembre 1998. On peut lire à ce propos dans le livre des Actes [3]Les spécialistes de la Bible considèrent l’ensemble de textes formé par l’Évangile selon Luc et les Actes des Apôtres dans le Nouveau Testament comme étant l’œuvre d’un unique auteur, l’apôtre Luc. Ces deux textes décrivent le ministère de Jésus de Nazareth ainsi que les vies des apôtres (et de Paul de Tarse à partir du chapitre 13). S’agissant de la … Poursuivre l’histoire édifiante de la mort d’Ananias, suivie quelques heures plus tard de celle de son épouse Saphira, tous deux condamnés par la colère de l’apôtre Pierre pour avoir conservé par devers eux une partie du fruit de la vente de terrains qui leur appartenaient après avoir fait croire qu’ils remettaient la somme totale à la communauté.

Notes

Notes
1 Judas Iscariote s’est lui-même exclu du groupe des apôtres en trahissant et en livrant Jésus avant, peut-être, de se pendre.
2 Michel Meslin, « La vie quotidienne des premiers chrétiens », dans L’Histoire, 227, décembre 1998.
3 Les spécialistes de la Bible considèrent l’ensemble de textes formé par l’Évangile selon Luc et les Actes des Apôtres dans le Nouveau Testament comme étant l’œuvre d’un unique auteur, l’apôtre Luc. Ces deux textes décrivent le ministère de Jésus de Nazareth ainsi que les vies des apôtres (et de Paul de Tarse à partir du chapitre 13). S’agissant de la communauté constituant l’Église primitive, on peut y lire que « […] ceux qui étaient devenus croyants avai[ent] un seul cœur et une seule âme ; et personne ne disait que ses biens lui appartenaient en propre, mais ils avaient tout en commun. C’est avec une grande puissance que les Apôtres rendaient témoignage de la résurrection du Seigneur, et une grâce abondante reposait sur eux tous. Aucun d’entre eux n’était dans l’indigence, car tous ceux qui étaient propriétaires de domaines ou de maisons les vendaient, et ils apportaient le montant de la vente pour le déposer aux pieds des Apôtres ; puis on le distribuait en fonction des besoins de chacun. » (Ac 4, 32-37) ; au chapitre 5, on apprend que, « cependant, un homme appelé Ananias, avec Saphira sa femme, vendit une propriété et garda une partie du prix, en accord avec sa femme. Il apporta le reste et le déposa aux pieds des apôtres. Pierre lui dit : ‘Ananias, pourquoi Satan a-t-il rempli ton cœur, au point que tu aies menti au Saint-Esprit et gardé une partie du prix du champ ? S’il n’avait pas été vendu, ne te restait-il pas ? Et, après l’avoir vendu, n’avais-tu pas le droit de disposer du prix? Comment as-tu pu former dans ton cœur un projet pareil ? Ce n’est pas à des hommes que tu as menti, mais à Dieu. » Quand Ananias entendit ces paroles, il tomba et expira. Une grande crainte s’empara de tous ceux qui l’apprirent. Les jeunes gens se levèrent pour envelopper le corps, puis ils l’emportèrent pour l’enterrer. Environ trois heures plus tard, sa femme entra sans savoir ce qui était arrivé. Pierre lui adressa la parole: ‘Dis-moi, est-ce bien à ce prix que vous avez vendu le champ ?’ ’Oui, répondit-elle, c’est à ce prix-là.’ Alors Pierre lui dit : ‘ Comment avez-vous pu vous mettre d’accord pour provoquer l’Esprit du Seigneur ? Ceux qui ont enterré ton mari sont à la porte et ils vont t’emporter, toi aussi.’ Elle tomba immédiatement aux pieds de l’apôtre et expira. Quand les jeunes gens rentrèrent, ils la trouvèrent morte et l’emportèrent pour l’enterrer à côté de son mari. Une grande crainte s’empara de toute l’Eglise et de tous ceux qui apprirent ces événements. » (Ac 5, 1-11).
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