Arts mécaniques

« Art » est […] un mot équivoque. On opposait au Moyen Âge les arts libéraux enseignés à la faculté et les arts mécaniques, les opérations presque spéculatives de l’esprit et les opérations vulgaires de la main. La peinture faisait partie des arts mécaniques, et le poète Rutebœuf disait, au contraire : ‘Je ne suis ouvrier des mains.’ Mais dès la fin du XIVe siècle, à Florence, les peintres revendiquent pour la peinture nouvelle issue de Giotto le statut social d’un art libéral comparable, par son pouvoir de création et son imagination audacieuse, à la poésie. Et Léonard de Vinci ira plus loin encore en assimilant la peinture, cosa mentale, aux ‘raisonnements philosophiques’ et à l’exploration de la nature. Mais c’est seulement au XVIIe siècle que se précise la distinction entre artiste et artisan et que les beaux-arts deviennent autonomes par rapport aux arts mécaniques (cf. Les beaux-arts réduits à un même principe de l’abbé Batteux, 1746). La classification reste cependant incertaine, et ce flottement est déjà révélateur. L’artiste désigne d’abord un homme habile dans un art mécanique difficile (l’horloger par exemple), puis ‘celui qui travaille dans un art où le génie et la main doivent concourir’. Les beaux-arts, d’autre part, sont ‘enfants du génie’ ; ils ont la nature pour modèle, le goût pour maître, le plaisir pour but’ (Dictionnaire des beaux-arts de La Combe, 1752). Les beaux-arts, issus de l’imagination, font donc partie, comme la poésie, des arts libéraux, que d’Alembert dans l’Encyclopédie oppose à la fois à la philosophie et aux arts mécaniques. Mais Diderot, dans son éloge de Colbert et des arts mécaniques (art. ‘Art’), cite des peintres, des graveurs et des sculpteurs. » [1]Jean Lacoste, La philosophie de l’art, Paris, Presses Universitaires de France (coll. Que sais-je ?), 2008, pp 3-4.

La classification médiévale

On sait que les Latins classaient les savoirs humains en deux grandes catégories : les artes liberales et les artes mechanicae. Les premiers, ultérieurement divisés en trivium et quadrivium, s’appellent liberales parce qu’ils sont le fait et le privilège des hommes libres ; les autres concernent les techniques et les métiers, indignes des hommes libres. Dans cette nomenclature, subsistent en sous-sol, avec les traditions de l’¿yeúos maeia grecque, les éléments de la réflexion des philosophes sur l’ordre des disciplines humaines : le savoir se distribue selon la Pewpia (contempler), la mpâgts agir), et la moínats (fabriquer) ; tandis que les deux premières activités sont immanentes et vitales, de l’ordre de l’esprit, l’autre, l’activité de l’artisan, caractéristique du monde des corps, produit une œuvre extérieure et met l’ouvrier dans la dépendance de son ouvrage. [2]Marie-Dominique Chenu, « Arts ‘mécaniques’ et œuvres serviles », Revue Des Sciences Philosophiques et Théologiques, vol. 29, no. 2/4, 1940, pp. 313–15. JSTOR, http://www.jstor.org/stable/44413678. Accessed 25 Apr. 2024. »

Notes

Notes
1↑ Jean Lacoste, La philosophie de l’art, Paris, Presses Universitaires de France (coll. Que sais-je ?), 2008, pp 3-4.
2↑ Marie-Dominique Chenu, « Arts ‘mécaniques’ et œuvres serviles », Revue Des Sciences Philosophiques et Théologiques, vol. 29, no. 2/4, 1940, pp. 313–15. JSTOR, http://www.jstor.org/stable/44413678. Accessed 25 Apr. 2024.

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